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Life 24/06/2026 15:15
Plus de six femmes sur dix et près d’un homme sur cinq s’estiment aujourd’hui trop gros, selon une étude Ifop. Des chiffres en nette progression sur les 30 dernières années.

ondacaracola photography / Getty Images
En 2026, 61 % des Françaises interrogées avouent se trouver « trop grosses », alors qu’elles n’étaient que 41 % en 2001 et 36 % en 1997 à partager ce sentiment.
À l’ère des réseaux sociaux et de l’avènement des médicaments anti-obésité Ozempic, Wegovy et Mounjaro, les Françaises et les Français ont-ils enfin fait la paix avec leur corps ? Pas vraiment, si l’on en croit un sondage Ifop pour Darwin Nutrition mené auprès de 3 004 personnes. Dévoilé ce mercredi 24 juin, il montre au contraire que l’insatisfaction corporelle des Français n’a jamais été aussi élevée depuis cinquante ans.
« Près de dix ans après #MeToo et l’essor d’une parole féministe sur le corps, et en plein moment “body positive”, on aurait pu s’attendre à un apaisement du rapport des Français à leur poids. C’est l’inverse que révèle cette étude », analyse François Kraus, directeur du pôle Politique/Actualité à l’Ifop.
Les chiffres du sondage illustrent bien cette prégnance de la culture de la minceur. Ainsi aujourd’hui, 61 % des Françaises interrogées avouent se trouver « trop grosses », alors qu’elles n’étaient que 41 % en 2001 et 36 % en 1997 à partager ce sentiment. Elles sont aussi deux fois plus nombreuses en 2026 (63 %) à être mécontentes de leur poids qu’il y a une trentaine d’années (37 % en 1998).
Cette insatisfaction corporelle des femmes est d’autant plus inquiétante qu’elle débute très tôt : elle concerne 44 % des femmes de moins de 25 ans, et n’épargne pas celles qui n’ont pas une forte corpulence : 36 % des femmes ayant un IMC « normal » ont l’impression d’être trop grosses, comme 18 % des femmes « maigres ».
Les hommes aussi ont des complexes
L’étude montre que les hommes sont aussi gagnés par les complexes. Près d’un sur deux (48 %) se considère « trop gros », contre un sur trois (34 %) il y a 25 ans. Selon François Kraus, c’est bien le « signe que l’injonction esthétique n’est plus réservée aux femmes ». Mais, contrairement à ces dernières, c’est moins à l’adolescence que dans la fleur de l’âge que les complexes surviennent. Ainsi, Xavier, 48 ans, confie au Parisien être « jaloux » des muscles de son fils adolescent : « J’ai beau me moquer de ses séances à la salle, il est discipliné et très bien foutu. »
Parmi les zones corporelles les moins aimées tant par les femmes que par les hommes, se trouve en premier lieu le ventre (respectivement cité à 78 % des femmes et 72 % des hommes). Le nombre de Français souhaitant avoir une taille plus mince a doublé depuis 1979, passant de 23 à 48 % en moins d’un demi-siècle.
Les autres zones du corps, comme les fesses, les hanches et les cuisses font surtout l’objet de complexes de la part des femmes : elles sont 33 % à déclarer vouloir mincir des fesses, contre seulement 10 % des hommes. Pour l’Ifop, c’est le signe que « l’anxiété corporelle se masculinise par l’abdomen, ce “ventre” tant valorisé par la culture du gainage, de la salle de sport et du Summer body masculin », tandis que le corps féminin, lui, reste scruté « par zones », ce qui est « symptomatique de la persistance d’une objectivation du corps des femmes » malgré la vague #MeToo.
La fin du body positivisme
Comment expliquer cette explosion des complexes physiques, tant chez les femmes que chez les hommes ? Pour l’Ifop, les réseaux sociaux, qui diffusent et amplifient les injonctions corporelles, sont évidemment fautifs. « Cette mésestime de soi croissante à propos du poids nous paraît symptomatique d’une inflation de la norme de minceur, attisée par une surexposition numérique à des corps parfaits qui creuse, chez beaucoup, l’écart entre le corps réel et le corps idéal », notent les experts.
Ces injonctions à la minceur deviennent plus fortes à mesure que l’été approche. Résultat, près d’une Française sur deux (46 %) souhaite perdre du poids afin d’atteindre le fameux « Summer body », même celles présentant un IMC considéré comme « normal » (33 % des répondantes).
Parmi les techniques utilisées pour maigrir, se trouve l’indétrônable régime alimentaire : 56 % des femmes et 32 % des hommes disent en avoir déjà suivi un au cours de leur vie, suivi par le sport. En revanche, le recours aux médicaments type GLP-1 reste marginal, puisque seuls 10 % l’envisagent pour atteindre leur poids idéal cet été.
Reste que le body positivisme, prôné il y a encore quelques années semble bien passé de mode. D’après François Kraus, il n’a fait reculer « ni les complexes, ni les régimes, ni la consommation de corps “parfaits” ». « Tout se passe comme si l’acceptation des corps était devenue un mot d’ordre que l’on partage volontiers… Sans jamais cesser de se trouver trop gros. Plus tolérants en paroles, les Français n’en sont pas moins, dans le secret du miroir, plus complexés que jamais », conclut François Kraus.


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