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Les États-Unis ont un avion qui a volé 47 fois au-dessus du Texas avec un réacteur nucléaire allumé à bord : il n’alimentait absolument rien

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Un bombardier américain a volé à quarante-sept reprises avec un réacteur nucléaire allumé à son bord, sans que celui-ci ne produise le moindre watt utile au vol. Entre 1955 et 1957, le Convair NB-36H, surnommé « Crusader », a sillonné le ciel du Texas et du Nouveau-Mexique avec, dans son ventre, un cœur atomique en fonctionnement. Le musée de l’air et de l’espace Smithsonian rappelle que cet appareil fut le premier avion à voler avec un réacteur nucléaire opérationnel à bord, effectuant 47 vols d’essai entre septembre 1955 et mars 1957. Un chiffre qui donne le vertige : près de deux ans d’essais pour un engin qui ne servait, au fond, qu’à prouver qu’on pouvait le transporter sans tout faire exploser.

À retenir

  • Un bombardier américain a volé 47 fois avec un réacteur nucléaire opérationnel, mais sans jamais l’utiliser
  • L’équipage était protégé par un cockpit blindé de 11 tonnes capable de supporter les radiations
  • Le programme s’est arrêté sans avoir jamais alimenté un seul moteur en énergie atomique

Sommaire

  1. Un pari fou né de la peur de la panne sèche
  2. Un cockpit blindé pour protéger l’équipage… du reste de l’avion
  3. Un réacteur allumé, mais jamais relié aux moteurs
  4. Pourquoi le rêve nucléaire s’est écrasé au sol

Un pari fou né de la peur de la panne sèche

L’histoire commence par un accident. Un B-36H fut assigné au programme en mai 1953, cet appareil ayant été sévèrement endommagé par une tornade qui avait frappé la base aérienne de Carswell en septembre 1952. Plutôt que de réparer un nez d’avion en miettes, l’armée de l’air y a vu une opportunité : autant reconstruire cette carlingue sacrifiée pour y loger un compartiment blindé destiné à un usage bien plus radical que le transport de bombes classiques.

L’objectif du programme, baptisé Aircraft Nuclear Propulsion, tenait en une promesse quasi magique pour l’époque : un bombardier capable de rester en vol pendant des semaines sans jamais se ravitailler, grâce à une propulsion atomique. En pleine guerre froide, l’idée d’un avion pouvant tourner indéfiniment au-dessus d’un adversaire sans jamais manquer de carburant faisait rêver les stratèges militaires. Le contexte de l’époque frôlait d’ailleurs l’insouciance totale face à l’atome : à la même période, des touristes se rendaient à Las Vegas pour observer des essais de bombes nucléaires depuis les hôtels, pendant que certains magazines scientifiques imaginaient déjà des voitures et des trains propulsés au nucléaire.

Un cockpit blindé pour protéger l’équipage… du reste de l’avion

Loger un réacteur dans un avion soulève un problème immédiat : comment protéger les pilotes des radiations sans alourdir l’appareil au point de l’empêcher de décoller ? La réponse de Convair fut spectaculaire. Le poste de pilotage d’origine fut remplacé par une section blindée massive, doublée de plomb et de caoutchouc, pesant onze tonnes, destinée à accueillir un pilote, un copilote, un ingénieur de vol et deux ingénieurs nucléaires, avec des vitres en verre au plomb de vingt-cinq à trente centimètres d’épaisseur. Autant dire un bunker volant greffé à l’avant d’un bombardier.

Le réacteur, lui, logeait plus en arrière. L’appareil était équipé d’un réacteur à refroidissement par air d’un mégawatt, pesant environ 35 000 livres, soit près de 16 tonnes. Une pièce si sensible qu’elle n’était même pas installée en permanence : selon le récit détaillé du programme, le réacteur, baptisé R-1, était un dispositif refroidi au sodium liquide hissé dans la soute de l’avion à chaque vol programmé, l’appareil décollant toujours grâce à sa propulsion chimique classique avant que l’équipage n’active le réacteur, puis revenant au mode chimique pour l’atterrissage, une procédure pensée pour limiter les risques de fuite radioactive en cas de crash. Un ballet millimétré, répété dizaines de fois, pour un appareil qui ne volait jamais vraiment « au nucléaire ».

Et le danger n’était pas qu’un mot. En cas d’accident, une équipe de marines suivait l’avion à bord d’un autre appareil, prête à parachuter pour sécuriser le site, une mission qui aurait probablement été sans retour. Voler avec un réacteur allumé au-dessus du Texas, ce n’était donc pas une simple démonstration technique : c’était un pari calculé avec, en toile de fond, l’hypothèse d’un sacrifice humain.

Un réacteur allumé, mais jamais relié aux moteurs

Voici le cœur du paradoxe : ce réacteur fonctionnait réellement en vol, mais il n’était branché à rien. L’appareil transportait un réacteur nucléaire destiné à tester le blindage protecteur pour l’équipage, sans jamais l’utiliser pour propulser l’avion. Le NB-36H volait grâce à une combinaison de six moteurs à pistons Pratt & Whitney Wasp Major et de quatre réacteurs General Electric J47, exactement comme n’importe quel B-36 classique. Le cœur atomique, lui, chauffait dans son coin, mesuré et surveillé, sans jamais faire tourner la moindre hélice.

Le bilan chiffré du programme donne la mesure de l’entreprise. Le NB-36H a réalisé 47 vols d’essai et 215 heures de vol, dont 89 heures avec le réacteur en fonctionnement, entre le 17 septembre 1955 et mars 1957, au-dessus du Nouveau-Mexique et du Texas. dans plus d’un tiers du temps total passé en l’air, un cœur radioactif tournait juste au-dessus de la tête des habitants texans, sans qu’aucune catastrophe ne survienne. Les vols d’essai ont montré qu’avec le blindage utilisé, l’équipage n’était pas mis en danger par les radiations du réacteur, mais qu’il existait un risque de contamination radioactive en cas d’accident.

Pourquoi le rêve nucléaire s’est écrasé au sol

Le programme n’a jamais dépassé ce stade expérimental. Sur la base des résultats des essais, l’ensemble du projet fut annulé, et l’appareil fut mis à la ferraille à Fort Worth en 1958. Le successeur prévu, le Convair X-6, censé cette fois voler réellement grâce à l’énergie atomique, fut abandonné en 1961. Les coûts pharaoniques du blindage, les risques en cas d’accident et l’émergence des missiles balistiques intercontinentaux, capables de frapper sans avoir besoin d’un bombardier en vol perpétuel, ont eu raison de l’idée.

Il reste de cette aventure une leçon presque plus intéressante que l’objet lui-même : un réacteur qui n’alimente rien n’est pas un réacteur inutile. Celui du NB-36H a permis de cartographier précisément comment les radiations traversent un fuselage, où placer le blindage pour un résultat maximal, et jusqu’où l’on pouvait pousser la miniaturisation d’une centrale volante. Un ingénieur ayant travaillé sur le projet a d’ailleurs relevé un détail contre-intuitif dans les archives du programme : un blindage placé près de l’équipage protégeait davantage qu’un blindage massé près du réacteur lui-même, un enseignement qui a ensuite nourri d’autres recherches sur la protection radiologique embarquée, bien après que le rêve du bombardier atomique se soit définitivement éteint.

Sources : thisdayinaviation.com | fourmilab.ch

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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