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L’onde de choc provoquée par la publication progressive des documents liés à Jeffrey Epstein continue de se propager bien au-delà des États-Unis. Cette fois, c’est le Québec qui se retrouve indirectement exposé, alors que le nom du dirigeant d’un partenaire stratégique de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) apparaît à des centaines de reprises dans les dossiers rendus publics par le département de la Justice américain.
Dans un article publié le 10 février 2026, signé Stéphane Blais pour La Presse canadienne et diffusé par CTV News, il est rapporté que la CDPQ a décidé de suspendre tout nouvel investissement avec l’entreprise portuaire DP World en raison des liens allégués entre son chef de la direction, Sultan Ahmed bin Sulayem, et le financier déchu Jeffrey Epstein.
La CDPQ met ses investissements « sur pause »
Selon le reportage de Stéphane Blais pour La Presse canadienne, c’est le Journal de Montréal qui a d’abord révélé que la CDPQ mettait « sur pause » tout « déploiement additionnel aux côtés de DP World ».
Dans un message transmis à la Presse canadienne, le directeur des relations médias de la Caisse, Jean-Benoît Houde, a confirmé l’information. Il a toutefois tenu à distinguer l’entreprise de son dirigeant :
« Il est aussi important de distinguer entre la compagnie DP World et Sultan Ahmed bin Sulayem, qui est en cause ici. »
Toujours selon Houde, la Caisse a indiqué à l’entreprise qu’elle s’attendait à ce que la situation soit « pleinement clarifiée » et que les mesures nécessaires soient prises.
La décision de la CDPQ n’implique pas un désengagement immédiat, mais elle constitue un signal fort : le fonds de retraite public québécois, l’un des plus importants investisseurs institutionnels au Canada, choisit d’attendre des éclaircissements avant d’aller plus loin dans sa relation d’affaires avec le géant portuaire.
Des échanges à connotation sexuelle, mais aucune mention de mineurs
Les documents publiés par le département de la Justice américain mentionnent le nom de Sultan Ahmed bin Sulayem à 336 reprises, rapporte La Presse canadienne. Plusieurs courriels échangés avec Epstein évoquent des jeunes femmes et des rencontres sexuelles explicites.
Par exemple, un message de novembre 2013 provenant d’une adresse correspondant à « Sultan bin Sulayem » indique que « l’Ukrainienne et la Moldave sont arrivées », exprimant une déception quant à l’apparence de l’une d’elles. D’autres messages décrivent des rencontres avec des femmes russes, ukrainiennes ou moldaves, mentionnant parfois leur âge, leur taille ou d’autres détails physiques.
Un courriel daté du 8 septembre 2005 — avant l’inscription d’Epstein au registre des délinquants sexuels en 2008 — fait référence à une visite sur « son île », demandant la date et l’heure de départ afin d’organiser l’agenda.
Toutefois, précise l’article, aucun des échanges examinés ne fait mention de mineurs ni n’implique directement le dirigeant dans les crimes confirmés ou allégués d’Epstein.
Une relation personnelle qualifiée de « fidèle »
Les échanges révèlent aussi une proximité personnelle entre les deux hommes. Dans un courriel de 2013, la personne derrière l’adresse « Sultan bin Sulayem » s’interroge sur la position du Coran concernant l’amitié entre juifs et musulmans — le sultan étant musulman et Epstein juif.
Epstein lui répond :
« Tout ce que je sais, c’est que tu es l’un de mes amis les plus fidèles, dans tous les sens du terme — tu ne m’as jamais laissé tomber, pas une seule fois. »
Le ton des échanges laisse transparaître une relation suivie sur plusieurs années, y compris après la condamnation d’Epstein et son inscription au registre des délinquants sexuels en 2008.
Un partenaire stratégique du Port de Montréal
Au-delà de la dimension personnelle, les dossiers mettent en lumière l’intérêt partagé des deux hommes pour les infrastructures portuaires. Le nom de DP World apparaît dans 225 documents liés au dossier Epstein, rapporte The Canadian Press.
DP World exploite des dizaines de terminaux maritimes à travers le monde. En 2016, la CDPQ a acquis une participation de 45 % dans les terminaux à conteneurs de DP World à Vancouver et Prince Rupert.
L’entreprise est également appelée à jouer un rôle majeur dans l’expansion du Port de Montréal, notamment dans le projet de Contrecœur. Selon le reportage, DP World doit superviser la construction du terminal — incluant la cour à conteneurs, les bâtiments, les services publics et la liaison ferroviaire — puis en assurer l’exploitation et l’entretien pour une période de 40 ans.
Interrogée par The Canadian Press, l’Administration portuaire de Montréal a indiqué qu’elle s’alignait sur la position de la CDPQ :
« Comme la Caisse a demandé des clarifications, nous attendrons les résultats de ce processus avec intérêt. »
Des réseaux d’influence internationaux
Les échanges entre Epstein et l’adresse associée au dirigeant de DP World dressent également un portrait de réseaux d’influence étendus.
En mars 2012, Epstein écrit qu’il se trouve à Berlin avec le ministre israélien de la Défense et mentionne qu’il a parlé de « vous et Sheikh Mohammed ». En mai de la même année, il évoque la présence de Bill Gates à Dubaï.
En janvier 2017, « Sultan bin Sulayem » demande conseil à Epstein après avoir reçu une invitation à l’investiture présidentielle de Donald Trump : « Penses-tu qu’il sera possible de lui serrer la main ? »
Ces échanges, souligne The Canadian Press, s’échelonnent sur plusieurs années, jusqu’avant la mort d’Epstein.
Un enjeu de réputation pour le Québec
Pour la CDPQ et pour le Port de Montréal, l’enjeu est d’abord réputationnel. Aucun élément publié ne lie DP World aux crimes d’Epstein. Mais la présence répétée du nom de son chef de la direction dans les dossiers, combinée au contenu explicite de certains courriels, suffit à créer un malaise.
En suspendant temporairement tout nouvel investissement, la CDPQ envoie un message de prudence : dans un contexte où la gouvernance et l’éthique des partenaires internationaux sont scrutées de près, l’institution québécoise préfère attendre que la lumière soit faite.


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