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Chaque homme a son prix, paraît-il. Chaque femme aussi, apparemment. Danielle Smith aura droit à un pipeline. Dans le cas de Christine Fréchette, le prix est de 10 milliards de dollars.

La nouvelle première ministre était tout sourire pour annoncer, en compagnie de son vis-à-vis fédéral, Mark Carney, « l’un des investissements les plus importants de l’histoire du Québec ». Encore une fois, elle aura fait débloquer un dossier qui semblait bloqué sous « le gouvernement précédent ».

Si François Legault et son ministre responsable des Relations canadiennes, Simon Jolin-Barrette, refusaient de signer ces cinq ententes dans autant de domaines relevant de la compétence exclusive du Québec (transport collectif, santé, enseignement supérieur, logement, électricité), c’était peut-être parce qu’elles contreviennent de façon flagrante au credo autonomiste de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Le Nouveau projet pour les nationalistes du Québec, daté de 2015, qui tenait lieu de politique constitutionnelle pour le gouvernement Legault, prévoyait que le Québec soit le maître d’œuvre dans le choix des priorités en matière d’infrastructure. Autrement dit, qu’il décide des secteurs qu’il voulait privilégier.

Cela impliquait un « transfert en bloc » de tous les fonds fédéraux destinés au financement des infrastructures, plutôt que leur éparpillement dans diverses ententes sectorielles. Dans le nouveau « partenariat » dont se réjouit Mme Fréchette, c’est Ottawa qui demeure le maître d’œuvre, même si Québec a son mot à dire sur les projets à subventionner.

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L’ineffable successeur de M. Jolin-Barrette aux Relations canadiennes, Jean Boulet, s’est réjoui que les champs de compétence du Québec aient été préservés « de manière optimale », expliquant qu’il y a simplement eu des « ajustements » afin d’assurer une meilleure « flexibilité ».

C’est comme s’il laissait à son voisin le soin de dessiner les plans de sa nouvelle maison, mais qu’il avait conservé le droit de choisir la couleur des murs. La version caquiste du cocu content de Molière.

Le Nouveau projet pour les nationalistes du Québec prévoyait aussi « l’encadrement du pouvoir fédéral de dépenser dans les champs de compétence des provinces », comme tous les gouvernements du Québec, même les plus fédéralistes, l’ont réclamé en vain depuis Maurice Duplessis et dont cette entente de 10 milliards de dollars constitue une démonstration spectaculaire.

En 1956, Duplessis avait interdit aux universités québécoises d’accepter les subventions directes d’Ottawa, mais il serait aujourd’hui impensable de lever le nez sur l’argent fédéral, en réalité le nôtre, alors que les infrastructures tombent littéralement en ruine.

Aussi bien se faire une raison ; aucun gouvernement canadien, peu importe quel parti le dirige, ne renoncera à son pouvoir de dépenser, qui constitue le moyen le plus efficace d’uniformiser la fédération. Il peut être utilisé avec plus ou moins de modération selon les cas, mais le seul moyen de s’y soustraire totalement est de la quitter.

Qu’il s’agisse du Transfert canadien en matière de santé ou des infrastructures, le gouvernement Legault multipliait les barouds d’honneur, qui consistaient simplement à être les derniers à capituler. Christine Fréchette est trop pressée par le temps pour le perdre en simagrées de ce genre.

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Alors que la campagne électorale approche à grands pas, l’entente sur les infrastructures lui permet de cultiver l’image d’une femme capable de régler des dossiers qui traînaient sans s’enfarger dans les fleurs du tapis ; 10 milliards est un chiffre qui frappe.

Cela contribuera aussi à faire oublier ses déboires de la semaine précédente, alors que les nouvelles mesures destinées à compenser la hausse du coût de la vie ont été vivement critiquées, y compris par son propre ministre des Finances, et qu’elle a été incapable de chiffrer la dette du Québec.

M. Carney est évidemment bien conscient du service qu’il lui rend. Manifestement, ces deux-là ont des atomes crochus. Peut-être le premier ministre canadien espère-t-il aussi que cela permettra de mieux faire passer la pilule, si Toronto hérite du siège de la future Banque de défense.

Paul St-Pierre Plamondon a vu dans cette entente la preuve que M. Carney craint l’élection du Parti québécois (PQ). En effet, c’est sans doute la dernière chose que ce dernier souhaite, mais donner un coup de pouce à la CAQ n’est pas nécessairement une mauvaise chose pour le PQ si cela permet d’enlever des votes aux libéraux.

Le plus dépité était Charles Milliard. Voir le grand frère fédéral faire une aussi belle fleur à sa rivale est certainement enrageant, mais il est bien forcé de se réjouir de cette manne qui s’abat sur le Québec et du bon fonctionnement du fédéralisme. Un autre cocu qui n’a pas d’autre choix que d’être content.

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