NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Une opinion d'Ilan Manouach, auteur, chercheur postdoctoral en créativité computationnelle à l'Université de Liège, chercheur affilié au métaLAB de Harvard et au Labo Paragraph de Paris VIII
Le 25 mai 2026, le pape Léon XIV a publié Magnifica Humanitas, sa première encyclique, entièrement consacrée à l'intelligence artificielle. Le texte, long de près de quarante mille mots, porte sur "la protection de la personne humaine à l'ère de l'intelligence artificielle". Une encyclique est l'un des documents les plus solennels qu'un pape puisse produire : adressée à l'ensemble des fidèles et, au-delà, au monde entier, elle est destinée à faire référence pour des décennies. Celle-ci a rapidement débordé les cercles catholiques. Elle est devenue virale, a été citée au Parlement britannique, saluée par des économistes, des syndicalistes, des technocritiques laïcs, et commentée dans la presse de tous les continents.
Ce qui retient l'attention n'est pas seulement le texte, c'est la scène de sa présentation. Léon XIV a choisi de présenter lui-même son encyclique, rompant avec des siècles de protocole. Mais l'homme assis à quelques mètres de lui ce matin-là mérite qu'on s'y arrête : Christopher Olah, 33 ans, cofondateur d'Anthropic — la start-up américaine qui développe Claude, l'un des principaux modèles d'intelligence artificielle en concurrence directe avec ChatGPT —, milliardaire canadien, athée déclaré. Sa présence n'était pas une coïncidence diplomatique. C'était un calcul. Le même jour, Bloomberg annonçait qu'Anthropic était en passe de finaliser une levée de fonds colossale, qui se clôturerait trois jours plus tard à 65 milliards de dollars pour une valorisation de 965 milliards, dépassant OpenAI. L'homme qui partageait l'estrade avec le pape pour "désarmer" l'intelligence artificielle dirigeait l'entreprise d'IA la plus valorisée de la planète.
Un paradoxe révélateur
Ce paradoxe inaugural mérite d'être pris au sérieux, non pour disqualifier le texte, mais pour comprendre ce qu'il révèle malgré lui.
Magnifica Humanitas est une encyclique sur l'IA qui dit du vrai sur la concentration du pouvoir. Le pape affirme que "la technologie n'est jamais neutre, car elle prend le visage de ceux qui la conçoivent, la financent, la régulent et l'utilisent". Il appelle à "désarmer" l'IA, c'est-à-dire à "discréditer le présupposé selon lequel la puissance technique confère automatiquement le droit de gouverner". Ces formules sont justes. Elles décrivent avec précision le mécanisme par lequel quelques acteurs privés, dotés de ressources supérieures à celles de nombreux États, ont capté le pouvoir de façonner les conditions de la vie collective, du travail, de la mémoire, de la délibération démocratique. Sur ce point, le diagnostic pontifical rejoint celui des économistes hétérodoxes, des syndicalistes, des régulateurs européens.
C'est précisément là que l'affaire devient intéressante.
Bannon et la gauche syndicale belge. Les ingénieurs d'Anthropic et les défenseurs des droits trans. Les régulateurs de Bruxelles et les cardinaux romains. Tous dans le même camp, pour un soir.
Le même texte a été salué simultanément par Steve Bannon, l'ancien conseiller stratégique de Donald Trump, théoricien du nationalisme populiste américain et catholique fervent, qui a envoyé dans les mêmes jours une lettre ouverte au président sur le thème "Humans first" ; par la Fondation européenne pour les études progressistes, qui y voit "un cadre cohérent pour résister à la déshumanisation à l'ère numérique" et appelle la gauche sociale-démocrate à ne pas le "laisser sur l'étagère du Vatican" ; par des journalistes laïcs qui déclarent avoir "de graves désaccords avec le pape sur les droits des trans et l'ordination des femmes" mais être "profondément reconnaissants" que le texte existe ; et par OpenAI, Google DeepMind et Microsoft, qui ont publié des communiqués soigneusement calibrés "exprimant de l'intérêt sans prendre d'engagement, du respect sans reconnaître d'obligation" — le langage, a noté un observateur, "d'entreprises qui savent qu'elles ne peuvent pas ignorer une institution représentant 1,4 milliard de fidèles, mais surtout ne veulent pas que ce dialogue ait des conséquences pratiques".
Coalition hétéroclite
Bannon et la gauche syndicale belge. Les ingénieurs d'Anthropic et les défenseurs des droits trans. Les régulateurs de Bruxelles et les cardinaux romains. Tous dans le même camp, pour un soir.
Cette coalition hétéroclite ne témoigne pas de la sagesse universelle du texte. Elle témoigne de la faillite universelle de toutes les autres institutions à produire un langage commun sur la transformation en cours. Quand un seul document peut servir simultanément de manifeste souverainiste, de plateforme social-démocrate et de couverture éthique pour une entreprise valorisée à près de mille milliards, ce n'est pas qu'il dit la vérité : c'est qu'il est assez solennel pour donner de la dignité à n'importe quelle résistance, et assez vague pour ne menacer aucun intérêt particulier.
Pourquoi le magicien Gandalf, vieux sage du"Seigneur des Anneaux", prend-il la parole dans l'encyclique du Pape ?Le mécanisme est ancien. L'Église a toujours su identifier les fractures que les États et les partis refusent de nommer, et proposer un vocabulaire de recours là où le politique s'est vidé de substance. Rerum Novarum, publiée en 1891 par Léon XIII au cœur de la révolution industrielle, avait fait exactement cela : face aux conditions de travail désastreuses des usines, à la misère du prolétariat urbain et à la montée simultanée du capitalisme sans régulation et du socialisme révolutionnaire, l'Église avait pris position pour la dignité du travailleur, le droit à un salaire juste et la légitimité des associations ouvrières, posant les bases de ce qu'on appellera plus tard la doctrine sociale de l'Église. Ce texte n'a pas résolu la question ouvrière : il a occupé le terrain moral pendant que les gouvernements temporisaient. Magnifica Humanitas opère le même mouvement. Elle nomme correctement la concentration du pouvoir technologique. Elle ne propose aucun mécanisme pour la défaire. Elle ne désigne aucun responsable. Elle ne menace aucune fortune. Elle demande du "discernement".
Un intérêt à cette concentration
Ce qui manque dans ce texte, c'est précisément ce que la situation exige : non pas un vocabulaire moral partageable par tous, mais une analyse des intérêts qui s'opposent. L'IA ne concentre pas le pouvoir par défaut de sagesse ou excès d'hubris technique. Elle le concentre parce que des acteurs précis, avec des intérêts précis, dans des conditions juridiques et fiscales précises, ont intérêt à cette concentration. Nommer la "dignité humaine" sans nommer ces acteurs, c'est pratiquer exactement ce que l'encyclique reproche à l'IA : produire une réponse fonctionnellement utile à partir de données incomplètes, en faisant croire à une compréhension qu'on n'a pas.
IA : le faux problème de la transparenceLe pape a raison : l'IA change la structure du pouvoir. Il a tort de croire que la réponse à un problème de structure est un appel à la conscience. Olah, en serrant la main du pape ce matin-là, a compris quelque chose que Bannon et la Fondation européenne pour les études progressistes n'ont pas voulu voir : qu'une institution capable de mobiliser 1,4 milliard de personnes autour d'un vocabulaire moral commun est, pour une entreprise d'IA en pleine bataille de légitimité, la ressource la plus précieuse qui soit. Pas une menace. Une alliance.
Le vide politique que l'IA a creusé est réel. L'encyclique ne le comble pas. Elle l'occupe.
→ Titre original: "Le Vatican occupe le vide"
Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n'engagent pas la rédaction.


1 week_ago
14



























.jpg)






French (CA)