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Le testament de Gottlieb Wehle : Le plus récent écrit par un juif sabbatéen qui n’a jamais renié les principes de la doctrine des Frankistes ✡ ✡ ✡Le juge de la Cour suprême des États-Unis, Louis Dembitz Brandeis, était un crypto-juif issu d’une famille du mouvement frankiste sabbatéen ✡ ✡L’influence du frankisme sabbatéen sur l’état du monde actuel : le mouvement messianique juif hérétique propagé aux XVIIIe et XIXe sièclesJe partage une vidéo intéressante de Christ The King, intitulée Jacob Frank : Le faux converti juif qui a introduit une secte secrète dans l’ÉgliseL’histoire qu’on nous raconte au sujet de saint Carlo Acutis, « l’influenceur de Dieu » et patron d’Internet, n’était-elle qu’une pure invention ?Selon ce qu’écrivait le pasteur Theophilus Gale dans son chef-d’œuvre, La Cour des Gentils, les Juifs étaient qualifiés par Hérodote de PhéniciensDébat virulent entre le professeur Mohammed Marandi et l’avocat Alan Dershowitz concernant la guerre en Iran et à Gaza, avec Piers MorganEXCLUSIF — La traduction française du livre du Pr Ariel Toaff, « Pâques de sang », est désormais disponible aux membres du Club VIP ‒ [Intégral]Téléchargez mon application Android et suivez toutes mes actualités sur votre téléphone et votre appareil mobile peu importe où vous êtesLe Dr Paul Garnault nous offrait une critique du livre du théologien Hermann Leberecht Strack sur le sang et les meurtres rituels des IsraélitesLa société « Greenleaf Book Agency » m’a aidé à améliorer le référencement et la visibilité de mon livre, “La Société fabienne”, chez AmazonJ’ai réédité le livre de l’abbé J.-Antoine Huot, Le fléau maçonnique, initialement publié en 1906, suivi de l’ouvrage : Le poison maçonnique (1912)Grande réduction sur certaines œuvres de mes séries intitulées : “Hommage au frère Jérôme”, “Géométrie variable” et “Fenêtres sur l’espace”Le fondateur du « Trends Research Institute », Gerald Celente, devient rouge de colère contre les politiciens qui mènent le monde à la guerreLa biographie s’intitulant « Guy Boulianne : Un Prince en Exil – Poète, Éditeur et Chroniqueur des Temps Troublés » est maintenant disponibleLe lancement de la biographie “Guy Boulianne : Un Prince en Exil” de Fabien Lacroix, qui devait avoir lieu à Saint-Sauveur au Québec, est annuléLe film de Ken Russell, “Au-delà du réel” (1980), est un voyage irréel aux frontières de l’esprit et de la perception de notre état d’être humain 🎥Un collectionneur dit de “Fragmentation” : « J’en ai encore des frissons ! Le seul mot qui sort de ma bouche quand je le regarde, c’est OUF ! » 🎨En 1905, le Washington Times expliquait dans un long article que la mission de Lady Blount dans la vie était de prouver que la Terre est plate… 🌎« Le Palais du Livre » raconte l’épopée de Pierre-Roger Nadeau, le fondateur de la plus grande foire de livres au monde. Maintenant disponible
Comme nous l’avons vu dans mon article précédent, Louis Brandeis (1856 – 1941), juge de la Cour suprême des États-Unis, était issu d’une des familles sabbatéennes / frankistes les plus influentes de Prague. Le grand-oncle maternel de Brandeis, Gottlieb Wehle (1802-1881), rédigea un testament spirituel dans lequel il exhortait les membres de sa famille à « respecter la tradition de leurs ancêtres, marquée par un mépris antinomien pour le judaïsme normatif des rabbins traditionnels ». Ce sont les proches du juge Brandeis qui révélèrent une copie d’une partie de ce testament à Gershom Scholem, lequel le publia dans son livre “The Messianic Idea in Judaism and other Essays on Jewish Spirituality” (Le messianisme juif: Essais sur la spiritualité du judaïsme). Gottlieb Wehle était un commerçant juif originaire de Prague, célèbre pour son émigration aux États-Unis en 1849 et pour son testament qui documente l’histoire du sabbatianisme et du frankisme.
Né le 27 juillet 1802 à Prague (Bohême), Wehle est issu de la famille Wehle, une lignée de marchands très influente et fortunée. À la suite des émeutes et des manifestations antisémites qui éclatent à Prague lors des révolutions de 1848, il décide de quitter l’Europe. En 1849, il traverse l’Atlantique et s’établit aux États-Unis avec sa femme Eleonore Feigl et ses nombreux enfants. La famille s’installe d’abord à Madison, dans l’Indiana, où Gottlieb dirige la petite communauté juive locale naissante, avant que des membres de sa famille ne s’établissent à New York. Il meurt le 14 février 1881 à New York.
Gottlieb Wehle appartenait à un réseau familial de l’élite juive d’Europe centrale interconnecté avec plusieurs figures majeures, Il était le cousin germain du rabbin Zacharias Frankel, l’un des pères fondateurs du judaïsme conservateur. Sa nièce, Frederika Dembitz, s’est mariée avec Adolph Brandeis. Ils sont les parents de Louis Dembitz Brandeis (1856-1941), qui deviendra le tout premier juge de confession juive à siéger à la Cour suprême des États-Unis. L’importance historique de Gottlieb Wehle repose en grande partie sur son testament éthique (ou testament frankiste), étudié en profondeur par le célèbre historien du mysticisme juif, Gershom Scholem.
- Héritage sabbatiste : La famille Wehle faisait partie des adeptes secrets du sabbatianisme (et du mouvement dissident de Jacob Frank), un courant messianique juif hétérodoxe et mystique.
- Contre l’orthodoxie rigide : Loin d’avoir honte de ses racines hérétiques, Wehle a rédigé ce testament pour enjoindre ses enfants à ne pas oublier leurs ancêtres. Il y présente le mouvement sabbatiste non pas comme une hérésie obscure, mais comme un mouvement d’émancipation sociale, spirituelle et morale luttant contre l’orthodoxie rabbinique jugée figée.
- Transition vers les Lumières : Les historiens notent que le langage de son testament montre comment le mysticisme sabbatiste s’est transformé au XIXe siècle pour rejoindre les idéaux de la Haskalah (les Lumières juives), en privilégiant la foi intérieure et la morale plutôt que le respect strict des rituels et des lois religieuses.
L’analyse de Gershom Scholem concernant le testament éthique de Gottlieb Wehle est un jalon majeur de l’histoire moderne du judaïsme. Publiée à l’origine dans la revue Miscellanies (Vol. 5, 1948), sous le titre « A Sabbathaian Will from New York » (Un testament sabbatien de New York), cette étude a permis de lever le voile sur un phénomène jusqu’alors impensable : la survivance secrète du messianisme hérétique (le sabbatianisme et le frankisme) en plein cœur de l’Amérique moderne et industrialisée. Pour Scholem, ce document écrit à New York constitue la pièce manquante d’un puzzle historique fascinant.
La thèse la plus révolutionnaire de Scholem s’appuie sur la métamorphose idéologique visible dans le texte de Wehle. Scholem démontre comment les doctrines kabbalistiques et frankistes — caractérisées par la transgression des lois religieuses et le concept de « rédemption par le péché » — ont pavé la voie vers la laïcisation des Juifs au XIXe siècle.
- De la mystique à la raison : En rejetant violemment l’autorité des rabbins et les structures rituelles de la Halakha (la loi juive), la famille de Wehle a glissé de l’anarchisme religieux vers le rationalisme des Lumières.
- Une nouvelle fondation intellectuelle : Scholem explique que Wehle a opéré un glissement de la pensée kabbalistique traditionnelle vers la philosophie moderne. La foi en un messie mystique s’est transformée chez lui en une foi dans le progrès humain, l’éthique universelle et l’émancipation sociale.
Scholem a été frappé par le ton du testament, rédigé sans aucune honte.
- L’attachement à Éva Frank : La famille Wehle vouait un respect immense et quasi saint à Éva Frank (la fille de Jacob Frank, chef de la secte). Scholem a découvert que la famille de Gottlieb à New York conservait précieusement un portrait miniature d’Éva Frank comme une relique sacrée.
- Une transmission intergénérationnelle : L’analyse révèle que le testament n’était pas un simple mémo secret destiné à être détruit. Les filles et petites-filles de Gottlieb Wehle (installées à New York au début du XXe siècle) s’assuraient que chaque descendant reçoive une copie de ce texte, revendiquant fièrement leurs origines sabbatiennes.
Le concept de “rédemption par le péché” (en hébreu : Mitzvah ha-Ba’ah ba-Averah, littéralement « un commandement accompli par le biais d’une transgression ») est au cœur de la thèse la plus célèbre et la plus provocante de Scholem sur l’histoire juive moderne. Développé principalement dans son essai magistral de 1937, « La Rédemption par le péché », Scholem y décortique la psychologie religieuse des mouvements sabbatiens (disciples de Sabbataï Tsevi) et frankistes (disciples de Jacob Frank).
Voici les fondements de ce concept révolutionnaire :
1. Le paradoxe du Messie apostat
Le point de départ de cette théologie est un traumatisme historique : en 1666, Sabbataï Tsevi, acclamé comme le Messie par une immense majorité du monde juif, se convertit à l’islam sous la menace du Sultan ottoman.
- Le choc et le déni : Pour ses fidèles, il était impossible que le Messie soit un imposteur. Ils ont donc développé une explication mystique : cette conversion n’était pas une trahison, mais un acte messianique secret.
- La descente dans les abîmes : Selon la Kabbale de Isaac Louria, des étincelles de lumière divine sont prisonnières des forces du mal (les Klipot). Les sabbatiens ont théorisé que le Messie devait s’habiller des vêtements du péché (l’islam, puis le catholicisme pour les frankistes) pour descendre dans le royaume du mal, briser les verrous de l’intérieur et libérer ces dernières étincelles.
2. Le retournement de la Loi (L’antinomisme)
Pour accomplir cette mission, la transgression devient, aux yeux des croyants, un devoir spirituel supérieur.
- La Torah du monde à venir : Les sabbatiens croyaient que l’avènement du Messie avait transformé le monde. La Torah traditionnelle (la Torah de la Création), faite d’interdits et de rituels rigides, était remplacée par la Torah de la Rédemption.
- Inversion des valeurs : Ce qui était interdit devient permis, voire obligatoire. Les péchés les plus graves de la tradition juive (manger des aliments non-kasher, transgresser le Shabbat, abolir les barrières sexuelles) ont été pratiqués en secret comme des actes de piété suprême. Jacob Frank poussera cette logique à son paroxysme en déclarant : « Je suis venu pour détruire toutes les lois. »
3. La dialectique cachée de la modernisation
C’est ici que l’analyse historique de Gershom Scholem devient cruciale pour comprendre des figures comme Gottlieb Wehle. Scholem soutient que ce nihilisme religieux a agi comme un puissant solvant des structures traditionnelles.
- Une laïcisation paradoxale : En brisant le caractère sacré de la loi rabbinique par mysticisme, ces hérétiques ont, sans le vouloir, habitué les Juifs à vivre en dehors de la Loi.
- L’émancipation psychologique : Une fois la ferveur mystique retombée chez les descendants (comme la famille Wehle), l’attitude de rébellion envers les rabbins est restée. La liberté absolue de conscience acquise par la théologie du péché s’est transformée en liberté de pensée laïque, ouvrant grand la porte aux Lumières juives (Haskalah), au judaïsme réformé et aux mouvements révolutionnaires.
En somme, pour Gershom Scholem, la « rédemption par le péché » est le mécanisme dialectique par lequel le mysticisme le plus extrême et le plus destructeur a ironiquement accouché de la modernité juive et de la liberté individuelle. Le cas de Gottlieb Wehle prouve que les mouvements hérétiques juifs n’étaient pas de simples « folies mystiques » sans lendemain. Ils ont agi comme un puissant moteur de modernisation, détruisant de l’intérieur les remparts du judaïsme rabbinique traditionnel pour donner naissance au judaïsme laïque et réformé contemporain. ◾
➽ Un testament sabbatien de New York, in : « Le messianisme juif : Essais sur la spiritualité du judaïsme »
➦ Publié par le philosophe et historien Gershom Scholem
Le document que je présente dans les pages qui suivent est assez particulier, et il est douteux qu’un autre de ce genre ait été écrit ou, du moins, s’il a été écrit, qu’il ait été conservé. Il s’agit du testament de Gottlieb Wehle, membre de la secte sabbatienne de Prague, qui s’établit plus tard (en 1849) en Amérique avec un groupe de familles sabbatiennes dont l’émigration est relatée dans la monographie de Josephine C. Goldmark publiée en 1930 : “Pilgrims of ’48: One Man’s Part in the Austrian Revolution of 1848 and a Family Migration to America” (Les pèlerins de 1848 : le rôle d’un homme dans la révolution autrichienne de 1848 et l’émigration d’une famille vers l’Amérique). Il s’établit à New York où il mourut en 1881, et c’est là que le testament fut rédigé. D’après la généalogie de la famille Wehle, compilée et publiée par son fils, Theodore Wehle, en 1898, Gottlieb Wehle, grand-oncle du regretté juge Louis Dembitz Brandeis et cousin germain de Zacharias Frankel, l’un des fondateurs de la Wissenschaft vom Judentum (Science du judaïsme), est né à Prague le 27 juillet 1802. La première partie du testament ayant été rédigée le jour du soixante et unième anniversaire du testateur et la seconde un an plus tard, il a été composé entre 1863 et 1864. Il s’agit donc du document le plus récent écrit par un juif sabbatéen qui, de toute évidence, n’a jamais renié les principes fondamentaux de la doctrine qui lui avait été enseignée dans la famille paternelle. Ceci révèle, bien sûr, une différence fondamentale entre la prise de position de Wehle sur le sabbataïsme et le récit, dans les mémoires de Moses Porges (von Portheim), de son expérience de jeunesse au sein du milieu sabbataïen à Prague et Offenbach. Il est difficile de dater précisément la rédaction des mémoires de Porges, mais elles ont dû être écrites à peu près en même temps que le testament de Wehle, alors que Porges était déjà âgé. Il avait vingt ans de plus que Gottlieb Wehle, dont le père est mentionné dans son récit. Porges avait conservé une certaine connaissance des aspects les plus sombres de la vie sectaire à Offenbach, connaissance dont Wehle était dépourvu. Ce dernier ne connaissait manifestement que le côté positif et respectable de la vie et de l’enseignement sabbataïens, et écrivait apparemment de bonne foi lorsqu’il qualifiait de tissu de mensonges et de calomnies les récits répandus sur la secte. Moses Porges, qui met l’accent sur les deux aspects de la question – la haute moralité des derniers disciples juifs de Sabbataï Zevi et de Jacob Frank, ainsi que la pratique continue (bien qu’atténuée) de rites contestés par les fils de Jacob Frank – ne rompit pas tout lien avec la secte après son retour à Prague en 1800, car, selon une autre communication au Dr Stein, il n’était pas tout à fait certain qu’il n’y avait pas, derrière toute cette affaire, quelque chose de plus profond que ce que son jeune âge lui avait laissé entrevoir. Mais après 1820-1830, il abandonna complètement l’idéologie sectaire, tandis que la sympathie de Wehle pour la doctrine de ses ancêtres est tout à fait manifeste. Ses petites-filles, Mlles Pauline et Josephine Goldmark, de New York, qui m’ont aimablement remis, en 1938, une copie de la partie « théorique » du testament, m’ont confié que la fille du testateur, leur tante Mme Julia Oettinger, décédée il y a une vingtaine d’années seulement, tenait à ce que chaque membre de la famille reçoive un exemplaire du testament, en témoignage de leurs origines sabbatiques dont elle était encore très fière. Elle considérait toujours Eva Frank, dont le portrait miniature était conservé dans la famille depuis plus de cent vingt ans avec une grande vénération, comme une sainte, apparemment en vertu de la tradition familiale.
Les Wehle comptaient parmi les anciennes familles juives aristocratiques de Prague et jouèrent un rôle de premier plan au sein du groupe sabbatien, puis frankiste, qui suscita alors un vif intérêt et dont l’importance n’a pas encore été pleinement reconnue. Le père du testateur, Aaron Beer Wehle (1750-1825), et plus particulièrement ses deux oncles, Jonas Wehle de Prague (1752-1823) et Emanuel Wehle de Gitschin (Jigin), furent des figures marquantes des sabbatiens de Bohême et de Moravie, les deux derniers étant généralement considérés comme les chefs spirituels de la secte à son apogée. La sœur de son père, Roesel Eger (décédée en 1831), était une « prophétesse » sabbatienne renommée et tous firent plusieurs pèlerinages à Offenbach, dernier haut lieu du sabbatianisme de 1786 à 1816.
Dans un ancien journal missionnaire anglais de l’époque, j’ai trouvé un récit très intéressant sur les Wehle et leurs croyances sabbatiennes, écrit par le missionnaire J. Nitschke, qui visita la Bohême en août et septembre 1818 et rencontra Aaron Beer Wehle, qu’il qualifie de « vieillard vénérable ». Au début, Nitschke se heurta à une grande réticence de la part de Wehle lorsqu’il commença à l’interroger sur la secte. Mais lors d’une seconde conversation, Wehle, accompagné de son ami et ancien précepteur de ses enfants, Benedikt Patschotsch, se montra très amical et lui donna de nombreuses explications sur leur « société » (c’est-à-dire l’organisation de la secte), qui existait encore à l’époque et menait une certaine activité, comme ils l’avaient rapporté à Nitschke. De fait, nous savons qu’à peu près à la même époque, ils réussirent à intégrer à leur société le jeune étudiant en médecine Dembitz, grand-père de Louis Dembitz Brandeis. Le missionnaire, qui s’attendait à trouver chez les Juifs sabbatéens des adeptes secrets du christianisme, raconte avoir été quelque peu déçu de constater qu’« ils étaient encore de vrais Juifs », bien que les autres Juifs les haïssaient et les méprisaient, les accusant de toutes sortes d’atrocités et de crimes – l’habituelle connotation de dépravation orgiaque que l’opinion courante dans le ghetto attribuait à la secte. Ils reconnaissaient en Jésus un grand réformateur de leur nation, sans plus. Nitschke témoigne de leur haute moralité, de leur adhésion à la Kabbale et de la possession d’écrits secrets relatifs à leur doctrine. Nous avons ainsi un témoignage direct sur l’atmosphère dans laquelle a grandi l’auteur du testament sabbatéen de 1864. Nous apprenons que son maître était un membre actif du groupe. Nitschke ignorait, ou n’a pas mentionné, que Baruch Petschotsch (nom donné dans la généalogie de la famille Wehle) était l’époux d’Amalie (1792-1864), la fille aînée d’Aaron Beer Wehle, et donc le beau-frère de Gottlieb Wehle. Le testament de New York reflète encore l’enseignement du conventicule de Prague, tel que nous le connaissons grâce aux lettres de l’un de ses dirigeants (vraisemblablement Jonas Wehle) qui ont été incluses dans le volume de Peter Beer sur la Kabbale et grâce à l’important commentaire sur les Aggadot talmudiques qui est maintenant conservé à la bibliothèque Schocken de Jérusalem.
Le témoignage le plus intéressant de l’auteur concerne les sympathies sabbatéennes de ses ancêtres, non seulement de son père, dont l’appartenance à la secte n’a jamais été contestée, mais aussi de ses grands-pères et grands-oncles. On sait qu’au XVIIIe siècle, le sabbatianisme était en grande partie une « religion familiale », c’est-à-dire qu’il se limitait principalement à certaines familles (dont certaines très célèbres) où il s’enracinait profondément et se conservait avec une ténacité étonnante comme doctrine secrète. Jacob Emden publia en 1752 une liste de personnes à Prague que ses informateurs considéraient comme les chefs du groupe sabbatéen local. Cette liste comprend également les noms de deux érudits de grande renommée, le rabbin Jonah Landsopher et le rabbin Ephraim ben Aaron Beer (Wehle), que leur descendant, dans le présent testament, compte fièrement parmi ses ancêtres crypto-sabbatiens. Les connaissances de Gottlieb Wehle proviennent sans aucun doute de la tradition familiale et non des écrits d’Emden, et servent donc à corroborer les rumeurs d’Emden.
La plupart des descendants de sabbatéens ont cherché à occulter ce fait autant que possible, ce qui explique le peu de connaissances que nous avons sur les figures importantes du sabbatianisme ultérieur. À l’inverse, Gottlieb Wehle, loin d’avoir honte du sabbatianisme, exhorte ses enfants à ne pas oublier leur noble lignée. Tandis qu’à Prague, vers 1870, personne n’aurait osé évoquer les liens d’une famille respectable avec les sectaires, le cousin du Nouveau Monde voit dans le sabbatianisme une révolte contre l’orthodoxie figée et le fanatisme obscurantiste des rabbins, et donc un motif de fierté. Ayant grandi dans la dernière génération de la secte, après son entrée en contact avec le nouveau climat de la Révolution française et des Lumières, il ignore tout de son côté obscur, qui semble avoir été discrètement abandonné vers 1800. D’après nos maigres connaissances, la « Société » des sectaires sabbatiens fut dissoute dans les années 1820 ; des émissaires allèrent de ville en ville et de famille en famille pour recueillir les écrits secrets de la secte, dont la plupart ont disparu pour cette raison. Le philosophe Fritz Mauthner, lui aussi descendant d’une famille sabbatienne, et Moses Porges en font mention. Les sabbatiens, y compris ceux qui s’accrochaient à leurs espoirs messianiques et à leurs rêves du rôle glorieux qu’avait joué la secte par le passé, devinrent, comme l’ont remarqué plusieurs observateurs, de « nouveaux Juifs », c’est-à-dire des partisans du mouvement réformé ou totalement indifférents à la religion. Ce fut assurément le cas des Wehle. Le fils de Jonas Wehle fut, en 1832, parmi les fondateurs de la première congrégation réformée de Prague, qui invita Leopold Zunz comme prédicateur. Le testament de Gottlieb Wehle témoigne de ce même mélange de sabbatisme et de néologie. Pourtant, en 1845, nous disposons du dernier témoignage concernant la secte à Prague, celui de Wolfgang Wessely, qui était en contact étroit avec ses derniers membres ; il commença à publier les « Lettres d’un sabbatien » dont l’auteur, bien qu’anonyme, peut être identifié au gendre de Jonas Wehle. Les remarques introductives aux lettres de Wehle, écrites peu de temps avant l’émigration de Gottlieb Wehle aux États-Unis, reflètent l’esprit du testament. Il y déclare : « Depuis [les informations de Peter Beer concernant la secte, c’est-à-dire depuis 1822], aucun autre compte rendu n’a été publié à son sujet, bien qu’elle n’ait pas totalement disparu. Elle ne donne cependant que de faibles indications de vie, l’opposition radicale qu’avaient autrefois ses membres au judaïsme [rabbinique] s’étant atténuée. Il semble que les membres se contentent d’une sorte de crypto-sabbatianisme et, se complaisant dans le souvenir de leurs anciens apôtres et de leur sainte mission, ils demeurent dans un état de passivité. » Le testament de Gottlieb Wehle est le dernier témoignage que nous possédions de cet état d’esprit. ◾
Texte du testament de Gottlieb Wehle

Au nom de Dieu, Maître du Destin Humain ! Mes chers enfants,
Je commence aujourd’hui un document dont j’ai repoussé l’élaboration pendant de nombreuses années. Or, chaque année, l’urgence se fait plus pressante. Hélas, la fragilité humaine se manifeste trop souvent, au point qu’il semble impossible de prendre des dispositions qui, auparavant, paraissaient si simples.
Chaque être humain est sujet à une certaine timidité – je ne veux pas parler de lâcheté – qui l’empêche de penser au moment où il devra quitter ici-bas tout ce qui lui est cher. Tout père de famille se sent contraint, en atteignant un certain âge, surtout lorsque des événements tragiques frappent sa famille ou ses proches, de prendre conscience que lui aussi n’est pas à l’abri d’un rappel soudain à la vie. Il est donc conseillé, tant qu’il est en pleine possession de ses facultés, de transmettre à ses enfants et à ses proches, en toute lucidité, son testament. Dans le langage courant, on appelle cela « faire son testament », c’est-à-dire consigner par écrit ses dispositions et arrangements par un père fortuné, précisant comment ses biens meubles et immeubles doivent être partagés après son décès. Mais il y a d’autres sujets, outre les biens matériels et la fortune, dont un père souhaite parler sérieusement à ses enfants avant de quitter ce monde. Je ne peux rien dire de précis concernant l’état de mes possessions et leur répartition. Je ne peux rien affirmer avec certitude, car elles évoluent quotidiennement, même si j’aurai peut-être quelque chose à annoncer à ce sujet plus tard.
J’ai eu l’indicible douleur de voir mon frère Simon, sa femme Rosi (née Porges) et leurs trois enfants mourir du choléra dans mes bras en décembre 1831, à trois jours d’intervalle. Ma sœur Fanny, épouse du docteur Dembitz de Pressburg… En Hongrie, j’ai perdu mon père en décembre 1840, et mon frère Adolf, le médecin, en avril 1840. Mon frère Simon a vécu jusqu’à trente-cinq ans, ma sœur Fanny jusqu’à quarante ans, et mon frère Adolf à peine quarante ans. Vous, mes chers enfants, célébrez aujourd’hui mon anniversaire, mon soixante et unième. Ce nombre est pour moi un avertissement. Puisse le Seigneur, pour votre bien, m’accorder autant d’années que possible pour contribuer à votre bonheur !
Vous savez bien, mes chers enfants, que, influencé par les manifestations populaires répétées à Prague contre les Juifs, j’ai décidé de quitter le continent, le pays et la ville où je suis né, comme vous ; où mes ancêtres ont, à travers les siècles, mené une vie honorable, agréable à Dieu ; où ils ont souffert innocemment et si terriblement pour leurs convictions et leur nationalité. Il ne m’est pas donné de partager avec eux la terre où ils reposent en paix.
Vous n’avez pas connu mon vénérable père, qui nous a quittés en août 1825, alors que j’avais vingt-trois ans. Ma chère mère, décédée en décembre 1838, est peut-être vaguement évoquée par mes chères filles, Lotti et Tini.
N’ayant pas de galerie de portraits d’ancêtres, comme la noblesse européenne, qui pourrait coûter des milliers de dollars et ne serait au final que de piètres copies, je vous présenterai ma propre galerie, qui ne propose pas de portraits d’artistes, mais plutôt des noms et des esquisses de caractère, irréprochables et sans défaut. Descendre de tels hommes ne peut être pour vous qu’une source de satisfaction et de fierté. Vos ancêtres ne portaient ni titres de barons ni titres de comtes, n’occupaient aucun rang élevé dans la fonction publique ; ils étaient simplement juifs, descendants de la plus ancienne et la plus vénérable lignée. Vos ancêtres n’étaient pas des héros ayant conquis leurs hautes fonctions par l’épée, par des assassinats perfides ou par des intrigues ; ni des brigands de grand chemin ou des vauriens.
Votre descendance provient des deux plus grandes, vénérables et illustres familles de la grande et cultivée communauté de Prague : mon défunt père, Aaron Beer, de la célèbre famille Wehle, et ma défunte mère, fille de Bermann Simon Frankel Spiro (ce qui indique apparemment qu’ils étaient originaires de Spire). Ma grand-mère paternelle, née Landsopher (Sopher signifie en hébreu « notaire » ou « écrivain », une fonction autrefois honorifique chez les Juifs), était la fille unique de Jona-Emanuel Landsopher. Mon grand-père, le rabbin Hersch Wehle, avait deux frères, Ephraim et Isaac. Ephraim, père du rabbin Wolf Wehli, était le grand-père de votre mère et le père d’Ernest (Ephraim) et de Samuel Wehli. Les frères et l’oncle de mon père étaient Emanuel (Reb Mendel de Gitschin) et Jonas (Reb Jona). Le docteur Hermann Wehle et ses frères Adam, Joseph et Max (Klarenberg), les enfants de l’oncle Jonas. Vous vous souvenez peut-être des enfants de l’oncle Emanuel, notamment Luise Klarenberg, Fanny Dawidels et peut-être Rosa.
La généalogie de mes parents est connue à Prague depuis des siècles. Tous ces ancêtres étaient réputés pour leur érudition biblique et talmudique, leur charité, leur vie honnête et irréprochable, leur richesse et leur inoffensivité. Ce ne sont là que des traits généraux, qui peuvent vous paraître étranges, car vous êtes loin de ces milieux où ces gens de bonne famille ont toujours été mentionnés avec le plus grand respect. Ils étaient des figures importantes du judaïsme de Bohême. Les écrits de cette époque sont encore très célèbres dans les cercles théologiques juifs, et le resteront. Les œuvres littéraires du vieux Jonas Landsopher et du vieux Ephraim Wehle, sous le titre « La Récolte d’Ephraim », sont bien connues. Pour ces hommes de bien, animés d’une conception claire et d’une aspiration supérieure, l’étude aride du Talmud, dont le seul but était la sophistique et l’acuité intellectuelle, ne suffisait pas. La partie du Talmud traitant de morale, de métaphysique et de religion était négligée par la plupart de leurs contemporains ; les systèmes et opinions relatifs à ces principes théologiques restaient inaperçus. Or, vos ancêtres déclaraient que tous les écrits anciens et nouveaux concernant le Talmud étaient exploités à tort par des commentateurs sophistiques et perspicaces ; qu’ils n’étaient que l’enveloppe extérieure du véritable judaïsme, lequel représentait des doctrines qui en étaient la quintessence et le symbole, supérieures aux discussions, débats, questions et solutions des lois anciennes et oubliées concernant les offrandes et la nourriture. En conséquence, vos ancêtres furent dénoncés comme hérétiques par de nombreux hypocrites, de prétendus éducateurs publics qui se faisaient appeler rabbins. Ils furent calomniés et persécutés par eux. Ces hypocrites osaient même, du haut de la chaire, attiser la révolte populaire, sous prétexte que les principes et les doctrines de cette « secte », comme ils l’appelaient, avaient beaucoup en commun, voire les mêmes tendances, avec ceux des chrétiens. Ils fascinaient leurs auditeurs, allant jusqu’à publier des pamphlets contenant les calomnies les plus effrontées et les plus grossières, qui se répandirent à une vitesse fulgurante dans la majeure partie de l’Europe. Persécutés par ces hypocrites et ces zélotes, ces « hérétiques, soharites et sabbatéens » enduraient l’intolérance avec une douce résignation, sans solliciter la protection des autorités. Curieusement, même leurs adversaires les plus fanatiques durent reconnaître leur grande intelligence, leur mode de vie irréprochable, leur moralité rigoureuse, leur honnêteté et leur charité. En fait, toutes les vertus d’un bon citoyen ?!
C’est avec une pieuse et douce résignation que les persécutés enduraient cette intolérance. Ils étaient animés par leur résolution d’établir les principes de la religion révélée, ses nobles desseins et le destin futur de leur nation. Ils renoncèrent volontiers à leur parfaite connaissance du Talmud, car ils étaient en quête de l’esprit de la religion. Ils organisèrent leurs études théologiques selon l’esprit de la Bible et de divers autres textes théologiques anciens, connus sous le nom généralement peu flatteur de Kabbale. Ils plaçaient les doctrines de ce savoir secret au-dessus des cérémonies figées et s’efforçaient d’en raviver l’esprit.
« Que l’homme, image et chef-d’œuvre de Dieu, retrouve la perfection qu’il avait lorsqu’il quitta la main du Créateur ; qu’il soit libéré de toute maladie du corps, de l’esprit et de l’âme ; qu’il retrouve son innocence d’avant la Chute, affranchi du vice et du péché » : tel était, en substance, le programme de leurs efforts et leur conception de Dieu, le but de leurs études. De plus, comme Dieu n’agit qu’indirectement, un Messie choisi et consacré est nécessaire comme représentant de son Maître suprême. Or, selon les principes kabbalistiques, l’homme n’est que l’instrument de la Providence par lequel elle agit ; par conséquent, le moindre acte de celui qui est choisi pour cette mission suprême peut revêtir une importance capitale. Ainsi, ces gens de bonne famille, à la réputation sulfureuse, s’efforcèrent de se préparer et de se qualifier pour ce grand dessein en respectant les plus hautes exigences morales. Ils accueillirent cette interprétation erronée de leur croyance comme une occasion d’offrir un sacrifice pour leurs aspirations les plus élevées, et c’est ce qu’ils firent sur l’autel de leur foi.
Une année s’est écoulée et je me souviens une fois de plus que nous, pauvres mortels, ignorons ce que demain nous réserve. Mon soixante-deuxième anniversaire est passé et fut plutôt joyeux. Il y a deux mois, ma chère sœur a dû subir une seconde opération périlleuse. Huit jours plus tard, mon frère Moritz nous a quittés, peut-être pour toujours. Ces deux événements si tristes n’étaient guère de nature à égayer mon soixante-deuxième anniversaire. La santé déclinante de ma sœur, longtemps malade, et sa prémonition de sa mort imminente, me plongeaient dans une profonde tristesse. Je luttais contre cette mélancolie et ce désespoir, me répétant sans cesse : « Ton œuvre n’est pas encore achevée, il te reste encore beaucoup à faire avant de pouvoir la considérer comme terminée. »
En effet, il m’arrive encore de penser au moment où je devrai vous quitter, vous tous, mes chers. Et peut-être ce moment viendra-t-il si vite, ou peut-être mon état physique et mental m’empêchera-t-il de vous exprimer mes dernières volontés. Pourquoi devrais-je vous quitter sans un dernier adieu, sans prendre congé, comme il est d’usage, même pour un court instant ?
Comme à chaque adieu, je me réjouirai, au moment de ce dernier départ, de nous revoir. Mes chers enfants, j’en suis absolument certain ; je n’ai aucun doute à dissiper. Je le soutiendrais avec une certitude mathématique – si cette expression était acceptable : Dieu existe et l’homme est son image. Cette image, l’Homme, ne saurait être condamnée à la destruction et à la putréfaction ! Lorsque vous lirez ces lignes – et peut-être, à mon grand regret, certains d’entre vous avec des pensées sceptiques –, alors j’aurai réalisé mes aspirations, je saurai et je comprendrai que le Créateur n’a pas doté l’homme d’un esprit et d’une âme pour le laisser vivre et mourir malheureux, oui, plus malheureux que le plus humble des animaux ! Le seul privilège de l’homme sur l’animal devrait-il être de développer son esprit, d’embellir le monde, de le transformer par ses inventions en un paradis, pour ensuite le quitter après un court séjour sans espoir de vie après la mort ? Ou bien est-ce seulement par hasard que les êtres les meilleurs et les plus doux, sans qu’ils y soient pour rien, traversent cette vie avec tristesse et angoisse durant leurs quelques années d’existence, pour ensuite disparaître dans le néant à la fin de leur vie ? Une voix intérieure – si nous ne la taisons pas… Avec force, elle nous affirme : il y a une vie après celle-ci. Nous ignorons comment cette vie spirituelle se constitue, mais la foi en une vie future implique la capacité d’accéder à la vie éternelle. Mes chers enfants, croyez fermement en cette foi véritable et bénie ; sans elle, vous serez toujours malheureux, avec elle jamais.
N’ayez pas honte de cette heureuse foi de vos ancêtres. Affirmez avec fierté que vous sentez en vous le germe de cette vie éternelle. Celui qui voudrait vous priver de cette foi qui constitue ma conviction la plus inébranlable vous dépouillerait de votre plus grand trésor. Il n’est assurément pas votre ami. Il n’est pas de ceux qui oseraient fixer leur regard sur une existence future. Cela signifierait qu’il devrait consacrer sa vie à s’améliorer et à se repentir. Mais cette inclination au bien fait défaut à la plupart des hommes, qui trouvent plus facile de voiler leur passé et leur avenir.


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9 août 2026
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En tant qu’auteur et chroniqueur indépendant, Guy Boulianne est membre du réseau d’auteurs et d’éditeurs AuthorsDen et de la Nonfiction Authors Association (NFAA) aux États-Unis. Il adhère à la Charte d’éthique mondiale des journalistes de la Fédération internationale des journalistes (FJI).


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