Après une semaine de curée, la découverte de plagiats sur des textes écrits il y a une quinzaine d’années s’ajoutant à la détection d’un usage de l’IA dans son roman C’était ça ou mourir, Thélyson Orélien est rentré chez lui, au Québec, passant en quelques minutes du statut de star de la rentrée littéraire à celui d’escroc. La rapidité de la mise à mort symbolique éclairant d’une lumière crue la mécanique commerciale qui avait jusque-là porté aux nues l’auteur venu d’Haïti après le tremblement de terre de 2010. Sortira-t-il du silence dans lequel il s’est muré face à ce nouveau séisme? Etablira-t-il la généalogie de son roman, détaillant, passage après passage, son recours ou l’absence de recours à l’intelligence artificielle? Est-ce seulement possible de le faire?
Le gladiateur a quitté l’arène. Le barnum de la rentrée littéraire, auquel participent les médias, demeure, assailli de questions qui dépassent le cas Thélyson Orélien. En premier lieu, celles qui tournent autour de la définition même de l’auteur et de son statut. Pour Rudolf Mahrer, professeur de linguistique à l’Université de Lausanne, la force du choc ressenti face à l’intrusion de l’IA par le milieu littéraire s’explique par le fait que «l’humain considère le langage comme étant une activité qu’il possède en propre, par-dessus toutes les autres. On se construit à travers le langage. Que cette prérogative ultime de l’humain ne soit justement plus une prérogative, et ce dans la pratique qui est censée être le pinacle du langage, la littérature, cela déstabilise tout le monde.»


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