«Le sommeil est parti comme un chat, par la porte, à mesure que les bébés entraient, et il n’est jamais revenu. Je suis devenue hypervigilante, c’est le diagnostic qui m’a été posé», confiait l’écrivaine Marie Darrieussecq en 2021, en promotion de Pas dormir (Ed. P.O.L), son ouvrage sur vingt ans de nuits blanches. Dans L’Œuvre d’une vie. Devenir mère (Ed. de l’Olivier), l’autrice Rachel Cusk compare le sommeil à un gros ours chaud et protecteur l’ayant tragiquement larguée une fois mère. Bien d’autres femmes ont trouvé des images poétiques à cette expérience de zombie nocturne, si familiarisées aux tourments de l’épuisement. Cette fracture a désormais un nom: le gender sleep gap, l’écart de sommeil entre les genres. Et on le mesure.
Selon l’organisation américaine National Sleep Foundation, 49% des femmes dorment moins de sept heures par nuit, contre 41% des hommes. Chez les 25-44 ans avec enfants, l’écart grimpe à 55%, contre 38%. Chaque nuit, elles sont 12% à se réveiller pour les autres, contre 6%, et 33% à connaître des micro-réveils nocturnes, contre 27%. Au cours d’une vie, une femme a 40% de risques en plus d’avoir une insomnie chronique.


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