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« Le football n’est pas une question de vie ou de mort, c’est bien plus important que cela », une phrase qu’on attribue au légendaire entraîneur de Liverpool Bill Shankly. Des mots qui contredisent ceux qui pensent que « le football, c’est juste un groupe de gens qui frappent sur un ballon ».
Deux visions diamétralement opposées autour d’un sport. L’histoire prouve en tout cas que, parfois, le soccer a des répercussions qui dépassent largement le terrain.
Coupe du monde de 2006 : quand le soccer arrête une guerre
Dans les années 2000, la Côte d’Ivoire est en pleine guerre civile. La soirée du 8 octobre 2005 va marquer un tournant dans ce conflit. Les éléphants affrontent le Soudan à Khartoum en vue d’une qualification au Mondial de 2006.
Pour aller en Allemagne, la Côte d’Ivoire doit gagner ce match et le Cameroun ne doit pas battre l’Égypte. Les chances de se rendre au Mondial pour les Ivoiriens sont minces.
Sur le terrain les éléphants s’imposent 3-1. Contre toute attente, le Cameroun fait match nul face aux pharaons avec une pénalité à la 95e minute non transformée.
Le joueur Didier Drogba fait alors basculer l’histoire en s’adressant à la télévision nationale ivoirienne. On vous a prouvé aujourd’hui que toute la Côte d’Ivoire peut cohabiter, on a joué ensemble avec un même objectif, se qualifier pour le Mondial… S’il vous plaît, déposez les armes, organisez les élections. Un appel qui déclenche un cessez-le-feu temporaire.
Jean Lévesque, professeur d’histoire à l’UQAM, se souvient de ce moment. Dans un contexte de quasi-guerre civile, les sportifs peuvent fournir des figures rassembleuses.
Coupe du monde de 1970 : quand le soccer déclenche une guerre
En vue de la qualification pour la Coupe du monde au Mexique, le Salvador et le Honduras s’affrontent à trois reprises en juin 1969. En raison de fortes tensions politiques entre les deux pays, les matchs se disputent dans une ambiance particulièrement pesante.
Le premier match à Tegucigalpa voit le Honduras l’emporter 1-0 le 8 juin 1969. Le 15 juin, le Salvador s’impose à San Salvador sur la marque de 3-0. Un 3e match se tient alors à Mexico quelques jours plus tard. Le Salvador s'impose 3-2 en prolongation.
Un cas assez exceptionnel, pour Jean Lévesque, car à la suite de ces matchs, les pays sont entrés dans un conflit armé. Mais, selon Yann Roche, professeur au département de géographie et membre de la chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM,les tensions ont été extrêmement fortes et, dans les deux cas, les gouvernements qui n’étaient pas particulièrement démocratiques ont instrumentalisé la colère des supporters.
Dans ce cas, le sport n’a pas été l’élément moteur de ce conflit, mais plutôt l’étincelle qui a mis le feu aux poudres.
Coupe du monde de 1950 : une tragédie nationale au Brésil
La finale de la Coupe du monde de 1950 oppose le Brésil et l'Uruguay à Rio de Janeiro. Un match qui détient encore aujourd’hui le record d’affluence. Selon le Guinness World Records, plus de 173 000 personnes étaient présentes dans le Maracana pour la rencontre.
Le pays auriverde en est certain, le Brésil va gagner sa première Coupe du monde. À la surprise générale, la Seleçao s’incline 2-1, un drame national. Une finale qui avait été très mal perçue pour les Brésiliens, selon Yann Roche. Ils disaient que c’était à cause des joueurs d’origine africaine qui n'avaient pas été assez solides mentalement. Et que donc la Seleçao avait perdu à cause d’eux.
Un homme viendra alors changer cet état d’esprit en 1958. C’est cette année que Pelé offre au Brésil sa première Coupe du monde. Il ramènera aussi le trophée en 1962 et 1970. Ça a changé un peu la perception des Brésiliens des joueurs de couleur, notamment dans l’équipe nationale, raconte Yann Roche.

L'attaquant brésilien Pelé, âgé de 17 ans (à gauche), dribble deux défenseurs gallois lors du quart de finale de la Coupe du monde de football opposant le Brésil au Pays de Galles, le 19 juin 1958 à Göteborg. Pelé a inscrit le seul but de la rencontre, permettant ainsi au Brésil d'accéder aux demi-finales.
Photo : Getty Images / STAFF
Coupe du monde de 1986 : la main de Dieu gifle l’Angleterre
En quart de finale du Mondial de 1986 l’Argentine affronte l’Angleterre. Le contexte est particulier, les deux pays se sont livré bataille quelques années avant pour la souveraineté des îles Malouines.
Après une défaite militaire de Buenos Aires, l’histoire transcende le sport pour devenir une revanche géopolitique. Diego Maradonna venge son pays et offre une victoire 2-1 à l'Albiceleste. C’est lui qui est l’auteur des deux buts qui resteront dans la légende.
Le premier, qu’on surnomme la main de Dieu, et le second, qu’on appelle le but du siècle. El pibe de oro offrira cette même année la Coupe du monde à son pays.
La coupe n’était pas politique, estime Jean Lévesque. Mais le match Angleterre-Argentine a ramené la question des Malouines.
Coupe du monde de 1998 : le vivre ensemble… pour quelque temps
Le 12 juillet 1998, la France remporte sa première coupe à Paris, 3-0, face au Brésil. Des millions de personnes descendent dans les rues pour célébrer ensemble ce titre. Zinédine Zidane, auteur d’un doublé en finale, devient l’idole de tout un pays.
On parle alors de la France Black-Blanc-Beur, car cette équipe unissait des joueurs de différentes origines. En 1998, c’était l’avènement d’une génération qui représentait à peu près toutes les catégories de la société française, selon Yann Roche. C’était quelque chose qui a alimenté la paix sociale pendant un certain temps.


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