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Difficile d’apprécier sa hauteur définitive, car une partie pourrait être sous le niveau du sol. Mais le futur court central de l’Omnium Banque Nationale de Montréal se remarque dans le parc Jarry. Sur papier, en tout cas, la structure arrondie dépasse largement la cime des arbres.
Tennis Canada souligne que les maquettes obtenues par Radio-Canada sont des concepts d’architectes destinés à préciser leur vision. L’organisme avait annoncé en juin dernier son ambition de moderniser ses installations, sans préciser la nature exacte de ce vaste chantier.
Son objectif : amener notre tournoi à se munir d'installations qui sont à la hauteur de ce qui est attendu pour un tournoi Masters 1000, résume Valérie Tétreault, directrice de l’Omnium Banque Nationale.
Qu'est-ce qu'un tournoi 1000?
Par tournois 1000, Valérie Tétreault se réfère aux Masters 1000, catégorie de tournois des circuits de tennis professionnels.
Les gagnants des tournois de cette catégorie, dont celui du Canada fait partie, remportent 1000 points au classement.
Seuls les quatre tournois du Grand Chelem permettent d'emporter plus de points.
Depuis cette annonce, une mobilisation citoyenne prend de l’ampleur pour exiger que le tournoi n’empiète pas davantage sur ce grand parc très fréquenté par les citoyens de l’arrondissement.
C'est un parc qui est juste à côté de Parc-Extension, indique le président de la Coalition des amis du parc Jarry, Michel Lafleur. C'est un quartier qui est pauvre, les gens ne se disent pas en fin de semaine, je vais au chalet. Souvent, ils n’ont pas de cour, pas de balcon.
Pendant la durée du tournoi, les installations occupent actuellement 22 % de la superficie totale du parc Jarry. Avec la modernisation et l’expansion proposées, cette proportion serait de 27 %. La construction du nouveau stade est envisagée sur un terrain de baseball adjacent au site actuel, devant l’unique entrée du parc à partir des quartiers à l'ouest du stade.

Des résidents du coin s'opposent à l'élargissement du stade.
Photo : Source : Tennis Canada
Les gens arriveraient et feraient face à un derrière de stade, qui pourrait être plus ou moins bien aménagé. C'est sûr que ce n'est pas une invitation à fréquenter un lieu où on veut entrer en contact avec la nature, affirme Michel Lafleur.
En découvrant les esquisses, le président de la Coalition des amis du parc Jarry ne cache pas sa surprise. On s'imaginait que c'était inacceptable, mais quand on voit ça, ça n’a comme pas d'allure que ça vienne atterrir dans le parc.

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Le reportage de Mathieu Prost et l’entrevue de Ray Lalonde, expert en marketing sportif
Un projet toujours à l'étude
Ce sont des concepts, une base de travail, insiste Valérie Tétreault. Son plan comprend un réaménagement complet du site historique de Tennis Canada au parc Jarry. La pièce maîtresse est bien ce nouveau stade doté d’un toit rétractable, capable d’accueillir 15 000 spectateurs, soit 25 % de plus que l’actuel court central qui nécessiterait un chantier de rénovation majeur.
On a fait le maximum de ce qu'on peut faire avec ce qu'on a [...]. Si on voyage un peu dans le monde et si on se rend dans différents tournois 1000, on voit qu'effectivement on traîne la patte et on est assez loin dans la liste, affirme Valérie Tétreault, directrice de l'Omnium Banque Nationale.
L’édition 2026 n’est pas en voie de battre des records d’affluence, mais la fréquentation moyenne du tournoi le place parmi les plus populaires de sa catégorie. Son nouveau format, rallongé à 12 jours de compétition et intégrant 40 joueurs supplémentaires, est présenté comme un argument pour justifier une reconfiguration des installations.

La capacité d'accueil du court secondaire serait fortement augmentée.
Photo : Source : Tennis Canada
Coût du projet : 400 millions de dollars. Une estimation préliminaire que d’autres études vont devoir affiner au cours des prochains mois. La moitié de cette enveloppe serait consacrée à la construction du nouveau stade, dont le court secondaire verrait sa capacité passer de 4000 à 7000 places.
Québec et Ottawa réagissent
La rénovation des installations olympiques nous donne l’occasion de revoir nos infrastructures et de prévoir l’avenir pour le sport, la culture, le tourisme. À l’instar des autres projets majeurs, notre gouvernement est toujours prêt à analyser les propositions officielles de ses partenaires, a réagi le cabinet de Christine Fréchette.
L’honorable Adam van Koeverden, secrétaire d’État (Sports) du Canada, appuie résolument ce projet et félicite Tennis Canada pour son ambition et son engagement envers le Québec, Montréal et le Canada en tant que destinations de classe mondiale pour l'accueil de grands événements sportifs, a indiqué de son côté le porte-parole du secrétaire d’État (Sports) du Canada.
Quant à l’actuel court central, il serait entièrement détruit pour être converti en esplanade dotée d’un autre court de moindre envergure, qui aurait une capacité de 2000 places, tout en dégageant une vue sur le mont Royal.
J'habite près du parc Jarry, je l’utilise chaque jour, affirme Valérie Tétreault. L'un des endroits les plus prisés, c'est autour de l'étang. Donc, être capable de venir couvrir cette partie-là du parc avec de nouveaux espaces verts, je pense que ça peut être intéressant.
Mais les opposants sont rebutés par l’aspect massif de la nouvelle construction.
Si on construit cet immense stade, ça veut dire qu’on va avoir tellement investi dans le parc que les autres demandes de Tennis Canada, on ne pourra jamais les refuser, conteste Michel Lafleur. Là, on ne met pas juste le doigt dans le tordeur, on a tout le bras dedans et ça devient irréversible.
Rénovation ou déménagement?
Pour justifier la nécessité de cet investissement, Tennis Canada s’appuie aussi sur une étude de faisabilité dont le contenu n’a pas été rendu public. L'organisation a également exploré la possibilité d'installer tout ou partie du tournoi sur un autre site.
Des rencontres ont eu lieu entre l’équipe du tournoi et celle du Parc olympique. Le futur toit non rétractable du Stade olympique ne permettra pas d’accueillir des matchs de la compétition, qui fait partie de la tournée nord-américaine se jouant à l'extérieur.

Un déplacement du tournoi à proximité du Stade olympique, qui fait actuellement l'objet de rénovations majeures, a été étudié. (Photo d'archives)
Photo : Montrealolympique.ca / Patrick Beaudry
Il existe cependant un espace à repenser à l’arrière du stade. Un vaste stationnement et le Stade Saputo pourraient changer de vocation si le CF Montréal élisait domicile au Stade olympique à l’issue des travaux.
Un déménagement coûterait toutefois plus cher que l’agrandissement, soutient Tennis Canada. Ces réflexions méritent néanmoins d’être poursuivies, selon Jean-Denis Charest, qui préside la Chambre de commerce de l’Est de Montréal. Le quartier olympique est un endroit exceptionnel où il y a des stationnements qui sont disponibles, un hôtel qui va s'y installer. [...] Mutualiser des équipements, mutualiser des investissements, c'est une option qui a plein de sens, qui doit être analysée. Maintenant, la priorité, c'est de garder le tournoi.
Pas de chèque en blanc
La mairesse de Montréal va plus loin. Soraya Martinez Ferrada a cosigné une lettre d’appui à la vision de Tennis Canada, avec Jean-François Lalonde, maire de l’arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension. Moi, j'ai de l'ambition pour Montréal et cette ambition requiert que l'on garde ces grands événements à Montréal, déclare-t-elle. Et pourquoi ne pas ramener les deux événements, hommes et femmes, à Montréal? Pour ça, ça nous prend un stade qui va permettre de le faire.

Plusieurs vedettes ont dû renoncer à l'édition 2026 du tournoi, qui n'est pas en voie de battre des records d’affluence.
Photo : Source : Tennis Canada
Soutenir la démarche n’est pas synonyme de chèque en blanc, insiste l’élue, qui entend se coordonner avec les autres ordres de gouvernement pour un éventuel investissement. Ce n'est pas un stade à tout prix. Ce n'est pas un stade où les citoyens vont perdre des espaces.
Tennis Montréal prévoit financer 10 % du projet avec ses fonds et des capitaux privés. L’OBNL souhaite que le reste du financement soit réparti entre Ottawa et Québec, qui contribueraient chacun à hauteur de 40 %, ainsi que Montréal, qui acquitterait 10 % de la facture.
Derrière le parc Jarry, dans la rue du quartier de Parc-Extension qui jouxte les installations du tournoi, Fofi Johnson vient de mettre sa maison en vente. Il s’oppose tant à l’expansion qu’à son modèle de financement. Demandez-nous si on en veut. S’il y a 51 % de gens qui en veulent et 49 % non, ils ont gagné. Mais je n'ai pas l'impression que ça se passe comme ça aujourd'hui, à coups de millions qui sortent de nos poches, alors qu'on ne décide absolument rien.
Valérie Tétreault reconnaît que le court central actuel ne contribue pas particulièrement à la vie du parc à l’année. Elle souhaite que cela change avec le futur stade trois saisons et qu'il puisse profiter à certains organismes.


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