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Le récital «détox» de Dang Thai Son

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Le pianiste canadien d’origine vietnamienne Dang Thai Son, 67 ans, vainqueur du Concours Chopin en 1980, enseignant à l’Université de Montréal pendant 20 ans et professeur des lauréats des deux derniers Concours Chopin, Bruce Liu et Eric Lu, donnait mercredi un récital à la salle Bourgie. Une occasion de remettre les pendules à l’heure sur pas mal de points.

Notre siècle a réussi à créer un besoin assez fascinant : le phénomène « détox », qui repose sur l’idée que notre corps accumule des toxines issues de l’alimentation, de la pollution, du stress ou d’on ne sait quoi, et qu’il a besoin d’aide extérieure (thé vert, chou frisé, artichauts ou gélules de tous acabits) pour se purifier.

Si le marketing s’est largement emparé de cette mode, pour la convertir en monnaie sonnante et trébuchante, à bien y réfléchir, en matière d’art et de culture, on a parfois besoin de vraies valeurs et de sens commun pour se « détoxifier » des leurres et du marketing.

En clair, et on va le dire carrément : on a besoin d’artistes comme Dang Thai Son pour renvoyer dans les cordes des Víkingur Ólafsson et leurs appropriations musicales ; pour écraser la médiocrité d’un Sofiane Pamart et le néant du « néo quelque chose », mais aussi pour damer le pion à ces « pianistes 2.0 » qui se prennent pour des vedettes parce qu’ils s’agitent sur les médias sociaux et peaufinent avant tout leurs relations publiques (on peut mettre ici dans un même sac des vedettes devenues quasi « incontestables », du genre Jonathan Biss, Igor Levit ou Lucas Debargue).

Rémanence

Avec Dang Thai Son, le savoir-faire a toujours primé le faire savoir. Aujourd’hui peut-être plus que jamais.

Si le récital de mercredi était important, c’est parce qu’il a clairement défini des balises artistiques. La plus importante est la culture de la rémanence sonore.

L’art de Dang Thai Son est celui du son qui voyage dans le temps et l’espace et construit progressivement l’architecture d’une pièce. On le remarque dans le souple nuage qui nimbe la Barcarolle no 1 de Fauré et c’est encore plus flagrant dans la Barcarolle de Chopin, mais aussi dans Doctor Gradus ad Parnassum qui ouvre Children’s Corner de Debussy. Cette vie sonore s’impose aux oreilles comme la longueur d’un grand vin s’impose au palais.

Se greffent sur cette base toutes sortes de merveilles. L’art de l’extinction sonore, par exemple dans Reflets dans l’eau, une fin aussi merveilleuse que celle, récente, du 2e mouvement de La mer dirigée par Elim Chan à l’Orchestre symphonique de Montréal. Il y a aussi la multiplication des voix dans le Scherzo no 2, où le pianiste n’exagère pas les contrastes dynamiques. Car le jeu de Dang Thai Son n’adopte ni pose ni posture : il coule de source. C’est ainsi que Children’s Corner est « désinfantilisé », pour mettre l’accent sur toutes les nombreuses étrangetés harmoniques. Nous n’en avions jamais remarqué autant.

Égalité, équilibre, contrôle des nuances et des gradations marquent les Images de Debussy. L’égalité des mains est admirable dans le 20e Nocturne de Chopin, tout comme le rubato et la liberté gagnée par la Valse op. 34 no 1, après un enchaînement magique de l’Op. 70 no 1 et de l’Op. 69 no 2.

Le public a vraiment suivi cette ascèse, qui ne cherchait pas la magie de l’instant, mais la mise en avant d’une esthétique fascinante à découvrir et à décoder.

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