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Le Canadien de Montréal va jouer son premier match des séries éliminatoires de la Ligue nationale de hockey dimanche, la fièvre du hockey commence à s’emparer de la population et… les politiciens se réjouissent ? La croyance populaire veut que Robert Bourassa, lorsqu’il était premier ministre, disait que « le Québec est plus facile à gouverner quand les Canadiens gagnent ». Affirmation basée sur la réalité ou simple perception ?
« On peut faire l’hypothèse très raisonnable que oui, la performance du CH peut influencer la perception politique, parce que la politique, c’est un peu une économie de l’attention », répond d’emblée Guillaume Dufour, professeur au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).
« S’il y a une grande partie de l’attention des gens qui est portée vers le hockey, s’il y a un certain engouement collectif autour du sport, hé bien, on va porter moins d’attention à la politique et ça peut donner une petite “pause” aux politiciens », résume le spécialiste de la sociologie politique.
M. Dufour note toutefois qu’il s’agit d’une analyse purement théorique, puisqu’il n’existe pas de données concrètes quant aux effets des matchs du Canadien de Montréal sur le niveau d’aisance à gouverner la province.
Pour illustrer son analyse, Guillaume Dufour mentionne une autre croyance populaire liée aux parties du Bleu-blanc-rouge : celle qui veut que les urgences des hôpitaux soient moins occupées les soirs où l’équipe joue, et surtout lors des séries éliminatoires.
Si des divertissements autres que le hockey peuvent également détourner l’attention de la politique, M. Dufour estime que le CH jouit d’une situation unique, son effet rassembleur se faisant sentir de manière plus forte lorsque l’équipe performe bien.
« Juste avant une partie des Canadiens, c’est le bon moment pour faire une annonce désagréable : on présume qu’elle va être moins couverte ou que les gens vont au moins y porter attention », résume le sociologue.
Un effet suffisant ?
Le professeur émérite au Département de sociologie de l’UQAM Gilles Bourque est pour sa part plus sceptique à l’idée que les victoires du Tricolore puissent influencer la perception qu’a la population de ses politiciens, bien qu’il estime que cela peut avoir un impact sur l’humeur de la population. « C’est certain que ça a un effet sur la psyché, mais pas nécessairement assez pour que ça distraie des rapports politiques », dit-il.
Selon M. Bourque, des politiciens pourraient toutefois utiliser la distraction offerte par les séries éliminatoires pour faire des annonces ou pour proposer des projets de loi plus impopulaires. « On est dans l’ordre du possible, c’est imaginable, mais on n’a pas de preuve que ça a été fait. »
Une stratégie semblable est particulièrement répandue en politique, mentionne le sociologue, qui cite « la tactique d’annoncer des choses plus impopulaires le vendredi parce que les gens sont moins attentifs ».
John Parisella, ancien conseiller et chef de cabinet de Robert Bourassa, a d’ailleurs confirmé au journaliste Alec Castonguay que l’ancien premier ministre libéral avait bel et bien dit que « le Québec est plus facile à gouverner quand le Canadien de Montréal gagne », mais en privé avec son personnel politique, et particulièrement autour de la période de dépôt du budget, qui coïncide souvent avec la période de qualification des séries éliminatoires. M. Castonguay a partagé la réponse sur ses réseaux sociaux la semaine dernière, en affirmant qu’il se questionnait sur l’authenticité de la phrase.
Est-ce inconscient ?
Aux yeux du chercheur et doctorant en science politique Philippe Chassé, l’importante médiatisation du Canadien de Montréal peut aussi venir peser dans la balance. « L’intérêt médiatique de la population peut être plus porté sur le hockey, ce qui laisse moins de place à la politique, comme les gens priorisent ce qui est important pour eux. »
Si la réalité qui entoure le Canadien de Montréal est différente de celle des équipes sportives américaines, M. Chassé mentionne une étude réalisée en 2010 chez nos voisins du Sud (Des événements sans importance influencent l’évaluation que les électeurs font de la performance du gouvernement) comme point de repère pour déterminer si les performances sportives peuvent influencer la perception politique.
Se basant sur le Championnat NCAA masculin de basket-ball de 2009, plus connu sous le nom de « March Madness » en raison du moment et de la taille du tournoi, les chercheurs ont réalisé des sondages et ont déterminé qu’après un match, les adeptes de l’équipe gagnante avaient une vision plus favorable de leur président, Barack Obama à l’époque.
L’effet est d’ailleurs plus important s’ils se considèrent comme des « adeptes intenses » et si la victoire est une surprise (en se basant sur les résultats existants de l’équipe), conclut l’étude. Fait notoire : l’étude indique que l’effet sur la perception politique est inconscient et qu’il n’est pas ressenti lorsque des répondants au sondage se sont fait directement annoncer les résultats du match avant de répondre aux questions.


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