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Le programme Livres dans la rue cessera à l’automne

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La Ville de Montréal mettra fin à la mi-août à Livres dans la rue. Ce programme était le legs de la bibliothécaire Hélène Charbonneau, pour joindre avec les livres les enfants de Montréal là où ils sont. Depuis 1982, des animatrices lectrices s’installent dans les parcs des quartiers défavorisés. Elles sortent de leurs sacs à dos une grande couverture et une douzaine d’albums jeunesse, pour y conter les histoires aux petits, en français. Le programme jumeau, Contact, le plaisir des livres, qui vise les moins de 5 ans et leurs parents dans les familles défavorisées ou non francophones, disparaîtra également. Tout comme le club de lecture des Irrésistibles.

« Je suis triste pour les enfants, pour les familles qui nous suivaient avec Livres dans la rue et Contact », a écrit Marie-France Genest dans une lettre envoyée au Devoir.

Mme Genest a mené toute sa carrière au sein des bibliothèques de Montréal, de 1983 à 2019. Elle a été responsable de ces programmes de 2005 à 2019 alors qu’elle travaillait comme conseillère en ressources documentaires.

Pendant 14 ans, elle et ses équipes de bibliothécaires et d’animateurs « professionnels prodigieux à l’écoute des enfants et des familles [ont] appris beaucoup sur le terrain ».

« Nous avons développé une expertise originale et novatrice. Nous allions à la rencontre des familles et des enfants les plus vulnérables, sur tout le territoire montréalais », souligne la retraitée des bibliothèques.

Elle regrette que cette expertise, ces savoirs, et toute la documentation accumulée soient effacés, tout comme le lien avec cette histoire des débuts de la médiation de la lecture à Montréal.

À chaque biblio sa médiation

« À compter de la fin de l’été 2026, la Direction des bibliothèques [de la Ville de Montréal] cessera effectivement de coordonner certains programmes centraux, dont Livres dans la rue, Contact, le plaisir des livres et le Club des Irrésistibles », a confirmé le Service des communications et des affaires publiques de la Ville de Montréal.

Les activités de l’année scolaire ont pris fin à la mi-juin 2026, précise la Ville. Le volet estival de Livres dans la rue se tiendra comme prévu cet été, pour prendre fin définitivement à la mi-août.

D’autres programmes, comme Cerveaux actifs et De bouche à oreille « ne seront plus coordonnés de manière centralisée à partir de décembre 2026. » Leur déploiement sur le terrain reviendra aux bibliothèques.

Les activités de médiation de la lecture ne disparaissent pas, précise la Ville. Le budget 2026 prévoit 1,25 million de dollars pour bonifier la programmation des bibliothèques.

Mais ces programmes particuliers « ont été mis en place à une époque où ce type d’initiatives était peu développé ».

« Les bibliothèques d’arrondissement ont désormais la capacité de déployer leurs propres initiatives, de développer des partenariats locaux et d’adapter leur offre aux réalités de leur milieu. »

« Les bibliothèques d’arrondissement continueront donc d’offrir des activités en lien avec la lecture, plus adaptées à leur milieu », déclare la Ville pour conclure. Le geste vise à éviter le dédoublement d’activités similaires.

Marie-France Genest, en entrevue, estime que ce changement ne se fera pas sans perte. « Ces programmes avaient été instaurés pour faire justement ce que ne faisaient pas les arrondissements. Pour compléter le travail. »

Elle poursuit : « Oui, il y a maintenant des heures du conte pour les petits dans les biblios. Mais est-ce que la bibliothécaire ou l’animatrice qui les fait va avoir le temps d’aller dans les parcs, dans les HLM, dans les écoles défavorisées ? »

« Et si la Direction des bibliothèques ne va plus sur le terrain, comment avoir une expertise ? Il faut aller vers la pauvreté, l’itinérance, dans les quartiers et les écoles défavorisés », fait valoir Mme Genest. « Il faut trouver comment garder un aspect typiquement montréalais, pour toute la ville. »

Hommage, et legs rompus

Fondée par la bibliothécaire Hélène Charbonneau, Livres dans la rue donne « la possibilité au réseau des bibliothèques d’aller plus loin pour joindre les enfants de milieux défavorisés là où ils étaient et où ils sont encore aujourd’hui », écrivait Marie France Genest dans sa lettre au Devoir.

Hélène Charbonneau est la première professionnelle des bibliothèques à avoir une bibliothèque à son nom à Montréal. La bibliothèque d’Ahuntsic lui a ainsi rendu hommage en juin 2025.

Livres dans la rue joint de 16 000 à 22 000 jeunes par an, approximativement. À l’automne, le programme migrait dans les écoles défavorisées du Centre de services scolaires de Montréal. 60 groupes, du préscolaire à la sixième année, bénéficiaient gratuitement de cinq rencontres de 60 minutes, pour « transmettre le goût de la lecture en français, favoriser l’éveil à la culture et au savoir », selon le programme.

La Ville estimait en 2012 joindre 20 000 jeunes par an par ce biais. En 2025, la manière de compter n’est plus la même, explique la relationniste Nicky Cayer, afin de différencier le nombre de présences du nombre de personnes touchées.

L’an dernier, 1781 jeunes ont eu droit à cinq rencontres dans leurs écoles. Et les 205 animations dans les parcs ont attiré 1836 personnes. Contact, le plaisir des livres a été créé de son côté en 1999. Ce programme vise les moins de 5 ans, « et s’adresse aussi aux parents » des familles nouvellement arrivées, non francophones, défavorisées, explique Mme Genest.

« Les parents voient que dès 3 mois, les enfants peuvent être touchés par une lecture. Et par la bande on s’assure qu’ils connaissent les bibliothèques et les services qu’on y offre. »

Ce programme se donne dans les CLSC, les HLM ou les parcs. On y a compté 6187 présences, dont celles de 3315 enfants, lors des 521 animations. « C’est un processus d’apprivoisement. C’est long. Ça demande du savoir-faire — les médiatrices sont ex-tra-or-di-naires… », s’exclame Marie-France Genest, qui se demande aussi ce qu’il adviendra des deux collections volantes de livres montées spécialement pour ces programmes.

Créé en 2007 par Marie-Anne Poggi, le Club des Irrésistibles était d’abord un club de lecture local, qui a essaimé à travers l’ensemble des bibliothèques de la ville de Montréal en 2009 grâce à sa version en ligne.

Le Club remettait un prix coup de cœur chaque année. En 2025, le lauréat a été Les guerriers de l’hiver, d’Olivier Norek. Le Club compte quelque 2000 membres en ligne.

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