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De l'avis de tous les experts météo qui suivent l'évolution du phénomène, El Niño 2026 est un véritable monstre en devenir. Pour parler d'un phénomène El Niño, il faut que la température de l'eau de l'océan Pacifique équatorial dépasse d'au moins 0,5 °C la normale. Il s'agit alors d'un El Niño faible. À partir de + 0,8 °C, il s'agit d'un El Niño modéré, et lorsque cette anomalie de chaleur dans l'eau atteint ou dépasse +2 °C, il s'agit alors d'un super El Niño.
Mais ce qu'envisagent actuellement les prévisions météo dépasse l'entendement : +3,5 à +5 °C d'anomalie cet hiver, du jamais-vu ! Un tel écart à la moyenne aura nécessairement des conséquences très importantes sur la météo de nombreuses régions du monde, mais aussi sur la nature.
The most aggressive El Niño forecast currently belongs to Italy's CMCC model, which shows a remarkable +5.1°C in January.
One clue: CMCC maintains strong westerly wind anomalies farther east than most models, ranking #1 in the eastern Pacific in November and #2 in December. pic.twitter.com/x9awsyEloP
El Niño bouleverse le cycle de la vie marine
El Niño est en place depuis juin dernier et devrait durer jusqu'au printemps 2027. Il débute à peine, mais commence déjà à avoir des conséquences, et celles-ci sont visibles depuis l'espace.
Les satellites de la Nasa ont capturé en image les premiers effets écologiques de cette phase climatique : la concentration de chlorophylle présente dans l'eau a déjà changé. « Dans le Pacifique central, autour de l'équateur, juste au nord de la Nouvelle-Zélande : les concentrations de chlorophylle, indicateur de l'abondance du phytoplancton, sont nettement plus faibles en 2026. »
Pour se développer, le phytoplancton a besoin d'une remontée des eaux des profondeurs. « Lors d'un épisode El Niño, les alizés équatoriaux d'est s'affaiblissent, la couche superficielle chaude de l'océan s'étend plus profondément et la remontée d'eau froide et riche en nutriments qui alimente généralement la croissance du phytoplancton est freinée », précise la Nasa.
La concentration de chlorophylle mesurée depuis le satellite de la Nasa entre juin 2025 et juin 2026. © Nasa
Or, le phytoplancton est à la base de la vie : une diminution du phytoplancton entraîne une diminution du zooplancton qui s'en nourrit, et ce dernier est essentiel dans l'alimentation des poissons qui, eux-mêmes, sont une source de nourriture pour les grands mammifères et les oiseaux.
Que se passerait-il si toute la vie marine disparaissait ?
Et si l'océan se vidait soudain de toute vie ? Du plancton microscopique aux baleines bleues, les organismes marins jouent un rôle insoupçonné dans l'équilibre du climat. Des chercheurs ont simulé ce scénario glaçant. Leur verdict : le CO2 atmosphérique grimperait de moitié.... Lire la suite
Plus ce El Niño sera puissant et plus l'impact sur le phytoplancton sera important, et cela ne concerne pas uniquement la biodiversité. Les espèces animales qui sont impactées par la diminution du phytoplancton sont aussi celles qui sont pêchées par l'Homme, comme les anchois et les sardines. Cela est particulièrement marqué au Pérou, dont la pêche s'effondre toujours, plus ou moins fortement, pendant les phases El Niño.
À l'inverse, une phase La Niña (avec une anomalie froide de l'eau) a pour effet de booster la croissance du phytoplancton, et cela a donc un effet positif sur les populations de poissons, et donc sur la pêche.
Le réchauffement des eaux associé à El Niño provoque aussi un stress thermique important sur les récifs coralliens, déjà soumis à un épisode mondial de blanchissement massif. Il sera intéressant de constater l'évolution des grands récifs du Pacifique au cours des prochains mois.
Les effets d'El Niño, aussi forts soient-ils, sont temporaires
Malgré cet épisode El Niño probablement historique au cours des prochains moins, la Nasa se veut rassurante : les effets d'El Niño seront limités à une année (contrairement aux effets plus durables du réchauffement climatique lié à nos émissions de gaz à effet de serre) et à la fin de cette phase un « rebond » de production de phytoplancton est généralement observé.
Les pêcheurs de la région équatoriale du Pacifique doivent donc s'attendre à 8 à 10 mois plus difficiles, mais cela ne durera pas. Un rebond devrait donc être observé d'ici l'été 2027.
Le Pacifique s’emballe : l’idée folle pour freiner El Niño
Un épisode El Niño hors norme se profile, et avec lui son lot de températures extrêmes et de sécheresses pour les uns et d’inondations pour les autres. Des chercheurs explorent pourtant une idée déroutante : éclaircir les nuages au-dessus du Pacifique pour tenter d’en atténuer les effets. Mais peut-on vraiment « désactiver » un phénomène aussi puissant sans faire de dégâts ?... Lire la suite
Les images de la Nasa et l'exemple du phytoplancton montrent parfaitement comment un événement climatique peut influencer la nature et, par conséquent, les activités humaines ainsi que l'économie. La diminution du phytoplancton est le premier exemple d'une longue série de bouleversements à venir occasionnés par El Niño, d'autant plus si celui-ci s'annonce aussi extrême que ce que les météorologues prévoient.


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