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Toujours plus efficace. À 28 ans, Laura en a fait une ligne de conduite. Son smartphone ne quitte jamais sa main. "J'ai toujours besoin de savoir si un client essaye de me contacter, je ne supporte pas être déconnectée de mon travail, je l'aime tellement…", estime cette agent immobilier qui, depuis plusieurs années, fait également attention à sa ligne. "Le fait de porter mon téléphone non-stop me permet de compter mes pas pour rester en bonne santé", argue cette jeune femme qui essaye d'optimiser chaque geste et instant de son quotidien.
Cette quête d'efficacité permanente renvoie à une pratique de plus en plus répandue : le multitâche. Derrière ce terme se cache la capacité à effectuer plusieurs activités simultanément ou à passer très rapidement de l'une à l'autre — écouter de la musique en travaillant, répondre à des messages en réunion, consulter son téléphone tout en regardant un film. Un mode de fonctionnement devenu banal dans une société marquée par l'hyperconnexion. Mais non sans conséquences notamment sur l'épuisement qui guette nos cerveaux sursollicités.
Même les seniors en portent : comment la popularité de la basket a écrasé la chaussure de villeJusqu'à l'épuisement émotionnel
"Vous vous sentez plus irritable, ressentez une fatigue mentale inexplicable, vous commencez à vous sentir plus anxieux, à avoir des troubles de la mémoire et de l'attention…" Ces signes d'épuisement émotionnel doivent vous alerter, affirme Nicolas Clumecq, psychiatrie spécialisé en gestion du stress au travail : ils annoncent potentiellement un burn-out. Et le multitâche fait clairement partie des facteurs de risque. Laura, originaire de la région de Charleroi, se sent particulièrement concernée. "Mon travail est toujours dans un coin de mon esprit, quoi que je fasse. Je ne peux pas m'en empêcher. La déconnexion est très difficile, voire inenvisageable. J'ai peur de rater un appel ou une information importante et que mes clients en pâtissent", confie-t-elle.
Le multitâche, quand il reste ponctuel, peut permettre d'être plus efficace. Ca a toujours existé dans l'histoire humaine."
Productivité en baisse, erreurs en hausse
Son attention est très souvent divisée en plusieurs tâches : compter ses pas tout en rendant visite à un client, répondre à un appel urgent en terminant un autre dossier… Une habitude quotidienne qui pose problème. "Le multitâche, quand il reste ponctuel, peut permettre d'être plus efficace. Le problème, aujourd'hui, est que nous sommes hyperconnectés, dans l'immédiateté… Tout doit être fait tout de suite et de manière parfaite. Cela encourage le multitâche", analyse Nicolas Clumecq. Le hic, c'est que cette recherche perpétuelle de performance est contre-productive.
"Je peux déceler si une personne va être en burn-out : certains fondent en larmes devant moi alors qu'ils se disaient hyper-décontractés"Plusieurs études scientifiques, notamment une publiée par Stanford en 2009, affirme que la pratique du multitâche réduit jusqu'à 40 % notre productivité et augmente le risque d'erreur. "Ceci est dû à un 'switching' permanent par lequel notre cerveau doit passer d'une tâche à une autre, sans cesse", complète le psychiatre.
Les écrans au cœur de cette problématique
Dans son centre hospitalier, le Domaine à Braine-l'Alleud, Nicolas Clumecq constate une augmentation significative des troubles de la concentration et de l'attention. "Ils sont très souvent liés à une fatigue mentale. Il y a certainement un impact des nouvelles technologies, et je dirais même des multi-écrans qui surstimulent notre cerveau", observe-t-il. Il s'agirait donc d'un phénomène qui tend à s'amplifier ces dernières années, grâce à l'ergonomie des appareils informatiques.
"Quand le réel se rappelle à nous en dernière instance, il est trop tard"Laura ne contredira pas cet état de fait. Elle ne lâche jamais son téléphone. Même le soir, lorsqu'elle lance un film "pour se détendre" avec sa famille. "Le seul répit que je m'offre, c'est quand je suis en congé. J'ai tendance à ne plus du tout utiliser mon ordinateur, mon téléphone et à davantage lire que regarder les écrans. Je réserve un hôtel ou un appartement dans un lieu proche de la nature et je passe la plupart de mes vacances à me balader. Finalement, ce sont ces moments qui m'offrent le plus de sérénité", avoue-t-elle. Car elle l'admet volontiers : son travail ne lui procure plus autant de satisfaction qu'avant. "Je me sens angoissée depuis quelques mois, je perds ma motivation. Je suis fatiguée". Des signes qui ne l'ont pas encore incitée à consulter. "Je ne pense pas être sujette au burn-out", lance-t-elle, confiante.
Comment réagir ?
Face à ces constats, les recommandations sont claires. "Il est essentiel de réintroduire le monotâche et le monoécran dans notre quotidien", insiste Nicolas Clumecq. Cela passe par une meilleure hygiène numérique : éloigner le téléphone la nuit, instaurer des plages sans écrans, limiter les notifications aux messages réellement importants.
Un enseignant flamand sur quatre au bord du burn-outPour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.


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