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Ce livre est le dernier livre publié par mon éditeur ETHOS juste avant le mien (Elle est menteur, mon cher Watson ! Précis de Brigittologie). Il me l’a offert. Je l’ai lu avec intérêt, et j’ai mis le temps, car c’est 780 pages (100 de moins que le mien !). J’ai pu constater d’ailleurs à la lecture, la qualité de l’impression, de la mise en page et même du papier, qui font des livres de cet éditeur des ouvrages qu’on a plaisir à feuilleter. L’auteur est un « historien israélien et militant socialiste. Il est professeur d’histoire au College of Social Sciences and International Studies d’Exeter au Royaume-Uni ». Il connaît bien son affaire, étant lui-même un de ces juif antisionistes qui ont maille à partir avec l’entité sioniste, à l’instar de Norman Finkelstein (à prononcer « stine » !), Shlomo Sand, Jacob Cohen et bien d’autres. Ce livre ne traite que la question exposée dans le titre, et pour prendre conscience de l’ampleur de l’emprise de la communauté juive organisée sur l’Occident, il faudrait encore un livre de 800 pages sur les lobbies informels, que ce soit les sayanim chers à Jacob Cohen, ou les milliardaires juifs ou non, mais pro-sionistes qui imposent cette idéologie dans leurs médias, à l’instar d’Axel Springer par exemple.
En France, nous avons la chance de bénéficier de la 3e communauté juive la plus populeuse du monde, et la plus décomplexée, avec les myriades de sayanim, secondés par les innombrables parlementaires à double nationalité qui ne se cachent pas le moins du monde et agissent à longueur d’année comme des députés de la Knesset, à l’instar de Meilleur Habib et de son successeur Caroline Yadan, qui se fiche comme de l’an 40 de la France et des goyim, et consacre 100 % de son activité à la défense de l’État génocidaire. Même une pétition qui a réuni 708 000 signataires sur le site de l’Assemblé nationale ne la fait pas rentrer dans son bunker sioniste. Les députés se sont hâtés de « classer » la pétition, de crainte sans doute qu’elle ne batte le record précédent et qu’elle ne montre clairement que les Français en ont ras le bol de cette morgue d’une ultra-minorité « sûre d’elle-même et dominatrice » comme dirait De Gaulle ; dominatrice et génocidaire. En Pologne (membre de l’UE), un député peut clair & librement désigner Israël comme le « 3e Reich », en exhibant un drapeau de l’État génocidaire orné d’une croix hitlérienne, mais en France, une ultra-minorité pro-génocide nous fait marcher sous les fourches caudines de l’industrie de la Shoah. S’il n’explore qu’une infime partie de l’hydre à 100 têtes à laquelle nous sommes soumis, ce livre a le mérite de le faire avec une grande rigueur, et de bien nous faire comprendre les arcanes de ces lobbies qui ne se limitent pas à l’AIPAC, et qui ont pour point commun d’avoir cessé de représenter les communautés juives britannique et étasunienne, au profit de la seule extrême droite sioniste israélienne et de ses relais en Occident. Il montre que bien avant Trump, plusieurs présidents ont tenté de se défaire de la pieuvre. L’évolution récente de l’opinion publique étasunienne sous les coups de boutoirs de la folie dévastatrice de ce dernier donnent de l’intérêt à ce livre, car il semble que nous soyons en train de vivre l’effondrement d’un édifice qui aura duré à peu près aussi longtemps que le soviétisme.
Préface de Youssef Hindi
Ce savant français préface le livre en retraçant l’historique de la communauté juive organisée en Europe, qui remonte au XVIIIe siècle :
« Du vivant de Menasseh Ben Israël, Amsterdam, la ville où il vivait, était, avec Florence, l’un des principaux centres financiers de l’époque. Et c’est la Cité de Londres qui supplantera bientôt Amsterdam dans ce domaine, et en deviendra la capitale mondiale. Quelques décennies après que Cromwell eut autorisé les Juifs à s’installer officiellement en Angleterre, le richissime banquier juif marrane Francisco Lopes Suasso (1657-1710) joua un rôle important dans l’établissement de Guillaume III sur le trône d’Angleterre en 1689.
Au XVIIIe siècle, un quart de la Compagnie des Indes orientales de l’Empire britannique appartient à des membres de la communauté juive. C’est dans cette période que s’installe à Londres le banquier Nathan Mayer (1777-1836) de la famille Rothschild » (p. 17). Je vous renvoie à mon article « Londres 2024 : George Orwell l’avait pensé, le Brexit l’a fait ».
Avant de plonger dans le livre, je vous propose une pause sur la chaîne YouTube de Youssef Hindi.
Introduction
« En tant que juif israélien, je connais parfaitement et de près le caractère toxique d’un tel effort de propagande – et l’inertie que cela entraîne. Après une période de formation au cours de laquelle les fondations de l’institution sont posées, qu’il s’agisse d’un État ou d’un lobby, arrive un moment où l’endoctrinement porte ses fruits : l’institution peut compter sur ses citoyens ou ses membres pour demeurer fidèles à l’idéologie fondatrice, sans qu’il soit nécessaire de recourir à la coercition. Vous cessez de vous interroger sur les dommages causés en votre nom et vous ne vous demandez plus si cela est moral, justifiable ou même légal » (p. 31).
Chapitre I : LES SIGNES ANNONCIATEURS CHRÉTIENS DU SIONISME
« L’un des membres de cette délégation [en1838 au consulat britannique de Jérusalem], Alexander Keith, qui a publié un récit de voyage judicieusement intitulé The Evidence of Prophecy, est probablement le premier à avoir utilisé l’expression « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » (et son fils a été l’un des premiers photographes de la Palestine) » (p. 51).
Chapitre II : LE LOBBYING EN FAVEUR DE LA DÉCLARATION BALFOUR
« Le Maccabean Club avait été créé en 1891 avec l’objectif officiel de favoriser « les relations sociales et la coopération entre ses membres, en vue de promouvoir les intérêts de la race juive ». […] « Les membres provenaient principalement de l’élite anglo-juive, ou du moins de la classe moyenne supérieure londonienne. Herzl espérait qu’en lisant un texte bien préparé en anglais, il parviendrait à convaincre son auditoire ; néanmoins, selon ses propres dires, il y échoua. Il trouva un soutien parmi les Séfarades : le grand rabbin Moses Gaster et, bien sûr, Moses Montefiore, ainsi que son cousin Claude, qui toutefois ne manquèrent pas de préciser clairement qu’ils restaient de loyaux sujets de la Couronne britannique, aidant simplement les Juifs pauvres d’Europe à s’établir en Palestine, rien de plus » (pp. 71-72).
On retrouve un mot fameux chez les amateurs de littérature juive comme votre serviteur (L’Humour juif, anthologie d’Alain Openheim ; Le Roi des schnorrers d’Israël Zangwill) : « L’audience fut captivée par son discours, mais cette admiration n’était pas réciproque. Dans son journal, Herzl railla ses nouveaux admirateurs londoniens : « J’ai rencontré une armée de schnorrers possédant un rêve » (un schnorrer est un terme yiddish péjoratif désignant un mendiant). Cependant, il commençait à comprendre qu’il aurait besoin d’eux s’il voulait pénétrer les élites juives et non juives locales » (p. 78).
Chapitre III : EN ROUTE VERS LA DÉCLARATION BALFOUR
« Lord Reading, Rufus Isaacs, père de Gerald, travailla étroitement avec le baron Lionel Walter Rothschild (1868-1937), banquier britannique, homme politique et héritier de cette célèbre famille de banquiers. C’est à lui que fut adressée la lettre de Lord Balfour, devenue la fameuse ou tristement célèbre Déclaration Balfour » (p. 109). Eh oui, je vous rappelle que mon prénom est d’origine hébraïque !
Carte postale prénom « Lionel »
© Delcampe
« Une scission au sein de la famille Rothschild fut provoquée par Lionel Nathan de Rothschild (1882-1942). Lionel, major de l’armée britannique, banquier et homme politique conservateur, cofonda en 1917 la Ligue antisioniste des Juifs britanniques. Cette Ligue fut formée en opposition à la Déclaration Balfour, immédiatement après sa publication. Elle comptait parmi ses membres Sir Philip Magnus et Montagu. Bien qu’elle ne comptât que 18 membres, chacun d’entre eux était un homme politique influent, et, jusqu’à la fin de ses activités en 1929, elle constitua le principal contrepoids au lobby sioniste britannique » (p. 112).
« L’une des principales raisons de l’opposition au sionisme chez les Anglo-Juifs influents était leur sentiment d’être britanniques et non de former une nationalité distincte en Grande-Bretagne. Contrairement à d’autres régions d’Europe, les Anglo-Juifs n’avaient aucun souvenir de pogroms et, dès 1890, les Juifs avaient obtenu au Royaume-Uni une émancipation légale complète. Bien que la Grande-Bretagne fût devenue le centre du lobbying sioniste, son émergence et son expansion n’avaient que peu à voir avec une réelle expérience d’antisémitisme dans l’archipel, ni avec la volonté de remédier à une quelconque oppression. Le lobbying sioniste en Angleterre, qu’il fût mené par des Juifs ou des non-Juifs, avait davantage de rapports avec la vision stratégique de l’avenir de l’Empire britannique au Moyen-Orient qu’avec les affaires juives en Grande-Bretagne » (p. 114).
Chapitre IV : LE LOBBYING EN GRANDE-BRETAGNE PENDANT LE MANDAT
« Une paix précaire s’installa pendant quelques années, jusqu’à ce que la violence reprenne en 1929, déclenchée par une grande manifestation sioniste sur le site du Mur des Lamentations ‒ là où, selon la tradition musulmane, le prophète Mahomet aurait attaché sa monture mythique Al-Bouraq avant son ascension au Paradis, et qui correspond au mur du Temple dans la tradition juive. Les musulmans palestiniens ripostèrent, et à la fin du mois d’août 1929, des affrontements éclatèrent dans toute la Palestine, notamment à Jérusalem, Safed et Hébron. Mais ce soulèvement ne portait pas uniquement sur un site religieux. Plus de dix ans après le début du mandat britannique, la société locale ressentait les effets négatifs de la sionisation du pays : les ouvriers étaient évincés du marché du travail, les paysans expulsés ou contraints d’émigrer vers les villes, où apparaissaient des bidonvilles de fortune. Ils perdaient leurs terres lorsque celles-ci étaient vendues par leurs propriétaires au mouvement sioniste ou bien devaient chercher un avenir ailleurs, poussés par la pauvreté croissante dans les campagnes, causée à la fois par l’implantation des colonies sionistes et par le refus britannique d’investir dans les zones rurales. Environ 8 000 Palestiniens furent expulsés à ce stade précoce, et treize villages furent dépeuplés » (p. 130).
« En avril 1936, les Palestiniens commencèrent à manifester en masse contre ce qu’ils considéraient comme une politique pro-sioniste du gouvernement mandataire ; les Britanniques réagirent en arrêtant la plupart des dirigeants palestiniens, tandis que le chef informel de la société palestinienne, Hajj Amin al-Husseini, parvint à s’enfuir avant d’être arrêté.
La vague d’arrestations déclencha une guerre de guérilla, fortement inspirée par les activités d’un prédicateur syrien nommé Izz ad-Din al-Qassam, arrivé à Haïfa après avoir participé à une révolte syrienne contre le mandat français. Au nom de l’islam, il encouragea un grand nombre de Palestiniens, ayant perdu leurs emplois ou leurs terres en raison de l’expansion des colonies sionistes et de la mainmise sioniste sur le marché du travail urbain, à prendre part à une lutte armée contre la Grande-Bretagne et le mouvement sioniste. Il fut tué par l’armée britannique en 1935, mais son appel à la lutte armée fut entendu par beaucoup, entraînant des attaques de guérilla généralisées contre les infrastructures et le personnel britanniques » (p. 146).
« Le sauvetage des Juifs d’Europe devait être étroitement lié au destin de la communauté en Palestine. Cela fut illustré par la position de David Ben-Gourion, un mois après la Nuit de cristal, le premier pogrom nazi de masse contre les Juifs allemands. Le 7 décembre 1938, il déclara lors d’un meeting des sionistes travaillistes :
Si je savais qu’il est possible de sauver tous les enfants d’Allemagne en les envoyant en Angleterre, et seulement la moitié d’entre eux en les envoyant en Eretz Israël, je choisirais la seconde option. Car nous devons peser non seulement la vie de ces enfants, mais aussi l’histoire du peuple d’Israël » (p. 160).
Chapitre V : LES DÉBUTS DU LOBBYING SIONISTE AUX ÉTATS-UNIS
« Samuel Gobat, évêque anglican, y construisit une école de garçons au milieu du XIXe siècle, qui devint la principale école préparatoire de l’élite palestinienne. Aujourd’hui, c’est un collège américain, et, autour de celui-ci et parmi les beaux bâtiments laissés par les anglicans, des Américains d’aujourd’hui ont planté des affiches soutenant l’idée d’un Grand Israël (c’est-à-dire l’affirmation qu’Israël a le droit d’annexer la Cisjordanie et la bande de Gaza, occupées par Israël en 1967) et une Jérusalem sioniste, qui n’aurait pas déshonoré le mouvement des colons sionistes d’extrême droite en Israël. Gobat est venu en Palestine, tout comme certains Américains le font aujourd’hui, parce qu’il croyait que le retour des Juifs précipiterait le second avènement du Messie et le déclenchement de l’Apocalypse. Mais, contrairement à ses successeurs contemporains, il tomba amoureux de la population locale et contribua à les intégrer dans le système éducatif général. Ses buts missionnaires passèrent alors au second plan par rapport à ses objectifs pédagogiques. Ses efforts contribuèrent l’émergence du mouvement national palestinien naissant » (p. 188).
La question de la « double loyauté » est traitée dès le début du XXe siècle, avec des pirouettes verbales comme celles de « Louis Dembitz Brandeis », sui finirent « gravées sur des assiettes » : « L’esprit juif, produit de notre religion et de nos expériences, est essentiellement moderne et essentiellement américain » (p. 195).
Brandeis Centennial Dinner Plate : « There is no inconsistency between loyalty to America and loyalty to Jewry », Louis Dembitz Brandeis
© brandeis.edu
« La convention de Philadelphie [en 1918] marquait un tournant par rapport aux attitudes passées des Juifs américains envers le sionisme. Cependant, ceux qui y participèrent ne représentaient qu’une infime partie des Juifs américains ; on estimait qu’une minorité d’environ 20 000 Juifs sur les 2,5 millions qui vivaient aux États-Unis sympathisait avec le sionisme à cette époque » […]
« Je suis particulièrement heureux de savoir que la Palestine, le berceau de la civilisation [1], est sur le point de devenir la maison du peuple qui l’a autrefois possédée avec tant de fierté. Dans cette entreprise, je vous souhaite à tous succès et bonne chance. Très sincèrement vôtre. »
Des orateurs tels que le professeur David Werner Amram saluèrent le Congrès au nom des Juifs de Philadelphie et soulignèrent que, pour eux, le sionisme était un projet garantissant l’égalité pour tous en Palestine « sans distinction de religion, de race ou de sexe ». Et :
Dans la mesure où il nous était possible de déclarer les principes sur lesquels un nouvel État en Palestine devait être fondé, nous avons affirmé sans ambiguïté que les chrétiens et les musulmans devraient jouir de tous les droits et privilèges dont jouit tout Juif.
Comme pour la Déclaration Balfour, de telles affirmations donnaient l’impression que les Juifs avaient une présence significative en Palestine à l’époque et qu’ils faisaient partie de la population indigène. En réalité, les Juifs représentaient moins de 10 % de la population locale, et près de la moitié d’entre eux étaient des colons récemment arrivés en Palestine » (pp. 202-204).
En 1919, parut le rapport d’une mission de 9 personnes dirigée par deux savants, Henry King & Charles Crane., qui visitèrent 1500 sites en 42 jours. « Le rapport final de King et Crane s’abstint de prendre des positions tranchées, sauf sur un point : il affirmait clairement que la population non juive de Palestine s’opposait fermement au sionisme et que la soumettre à une « immigration juive illimitée » constituerait une « violation flagrante » de ses droits » (p. 212).
« Plusieurs historiens ont déploré l’échec de ce rapport. S’il avait été pris en compte, écrivait Martin A. Smith, il aurait pu déboucher sur la création d’un État unitaire en Palestine (plutôt qu’à une partition) et peut-être même à l’établissement d’un grand État syrien. Andrew Patrick va plus loin, affirmant que le peuple du Moyen-Orient n’a pas été pris au sérieux en 1919, ce qui a conduit à des cycles de violence qui perdurent encore de nos jours. Lori Allen, dans un livre récent, se montre encore plus sévère dans son jugement. Elle doute même de la sincérité de King et Crane eux-mêmes, estimant qu’ils étaient profondément enracinés dans une mentalité orientaliste et concevaient donc les Arabes en général comme une « race » fondamentalement incapable de former des États nationaux démocratiques » (p. 214).
Chapitre VII : LE LOBBYING POUR ISRAËL DANS LA GRANDE-BRETAGNE DE L’APRÈS-GUERRE
Ironie de l’Histoire, un certain Aneurin Bevan, Gallois d’origine modeste, fut un ardent sioniste et fonda le « LFI » britannique. Bien évidemment, ces gauchistes oubliaient leurs principes sociaux dès lors que leur carrière était en jeu : « Bevan et sa femme, Jennie Lee, faisaient partie du groupe fondateur des Labour Friends of Israel (LFI). L’enthousiasme précoce de Bevan fut aiguisé après sa visite en Israël en 1954. Bien qu’il fût sensible à l’appauvrissement en Grande-Bretagne, il choisit de ne pas remarquer les villes et villages palestiniens détruits qu’il traversa, et ne se demanda pas pourquoi les Palestiniens restants étaient soumis à une loi martiale brutale et confinés dans des ghettos (terme utilisé par l’armée israélienne pour désigner les quartiers mis en quarantaine, de ce qui restait des peuplements urbains arabes). Rien de tout cela ne mérita neserait-ce qu’une allusion dans ses témoignages sur Israël » […] « Ce qui comptait pour Bevan est clairement exprimé dans un rapport que Jennie Lee rédigea après leur voyage en Israël, décrivant cet État comme un paradis socialiste. Les kibboutzim étaient la perle de ce paradis. Lee y trouva :
la passion que partout les travailleurs socialistes, ayant eux-mêmes connu la persécution et l’exil à cause de la pauvreté, devraient particulièrement comprendre.
Les kibboutzim qu’ils visitèrent étaient construits sur les ruines de villages palestiniens, dont les habitants auraient compris l’« expérience de la persécution et de l’exil » bien davantage que les colons kibboutzniks » (p. 281).
Chapitre VIII : LE LOBBYING POUR ISRAËL DANS L’AMÉRIQUE DU XXE SIÈCLE
Ce chapitre fort long (160 pages) nous montre que tout n’a pas été si facile pour le, ou plutôt, les lobbies juifs, aux États-Unis. Il a fallu employer les grands moyens, et mettre à contribution toute la communauté juive sympathisante, industrie et cinéma, tout en écartant les voix dissidentes au sein même de la communauté. Quelques présidents tentèrent de se dépêtrer de l’emprise de la pieuvre qui contraignait les États-Unis à se priver de débouchés économiques avec les pays arabes. En 1947, le lobby juif se livra à un travail d’ingérence effréné pour obtenir de l’ONU la partition de la Palestine plutôt qu’un seul état binational :
« Quoi qu’il en soit, au début du mois de novembre 1947, l’UNSCOP était prêt à soumettre deux rapports au vote de l’Assemblée générale des Nations unies : un rapport minoritaire proposant un État binational, avec une majorité et une identité palestiniennes, et un rapport majoritaire recommandant le
partage du pays en un État arabe et en un État juif.
Le département d’État soutenait pleinement le rapport minoritaire, et le secrétaire d’État George Marshall était également prêt à l’approuver. Cependant, le lobby maintenait un contact constant avec le président des États-Unis, qui, de toute façon, penchait en faveur de la partition » (p. 348).
« Les membres du lobby et de la délégation sioniste auprès de l’ONU utilisaient Niles pour transmettre des messages à la Maison-Blanche concernant leurs propres tentatives de pression sur les États membres hésitants. Ces actions indépendantes provoquèrent l’indignation de certains membres du personnel de la Maison-Blanche et du département d’État. Matthew Connelly, secrétaire particulier de la présidence des États-Unis, écrivit une note au président pour relayer une plainte du sous-secrétaire Robert Lovett, qui affirmait que « notre cause est gravement entravée par les pressions exercées par les agences juives. Il y a eu des témoignages de pots-de-vin et de menaces de la part de ces groupes ». Ces derniers menaçaient les politiciens libériens en affirmant avoir le pouvoir de faire échouer une promesse américaine d’aide au développement des ressources naturelles du Liberia. Harvey Firestone, propriétaire de la célèbre entreprise de pneus, fut également sollicité pour persuader le président libérien de voter en faveur de la partition.
Des promesses similaires de prêts et d’aides financières furent faites à Haïti, et des garanties d’assistance politique offertes au Nicaragua. Lovett rapporta que le délégué nicaraguayen à l’ONU lui confia avoir reçu des offres politiques de soudoiement : « Dans le cas du Nicaragua, le délégué a été informé par certains de ces groupes que, s’il votait dans leur sens, ces groupes feraient en sorte que son pays soit reconnu par les États-Unis ».
Fait intéressant, Lovett dénonça ces pratiques alors que le délégué philippin affirmait que Lovett lui-même avait exercé des pressions sur son gouvernement pour voter en faveur de la résolution. Les « pots-de-vin », pour ainsi dire, proposés en échange d’un vote favorable à la partition, étaient divers : de l’argent pour les dirigeants politiques, la reconnaissance américaine pour des États émergents et une aide américaine pour des projets de développement. Ces avantages étaient promis au nom des États-Unis, soit par des membres influents de la communauté sioniste américaine, soit par des représentants officiels américains. Parmi les pays approchés, l’on trouvait la Chine, l’Équateur, le Paraguay et la Grèce » (p. 351).
« Le département d’État fut l’ennemi numéro un du lobby pro-sioniste aux États-Unis durant ces trois administrations, de Truman à Kennedy en passant par Eisenhower. Pour contrer cette influence, dès qu’elle fut détectée par le lobby pro-sioniste aux États-Unis, il devint nécessaire de créer une nouvelle organisation, bien plus puissante et efficace que toutes les structures sionistes précédentes dans le pays. C’est ainsi que l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) vit le jour au début des années 1950. Mais avant cela, l’AZEC (American Zionist Emergency Council) devait faire face à la nouvelle administration Eisenhower, que le gouvernement israélien considérait comme dirigée par un président peu sympathique et deux frères très hostiles : l’un était secrétaire d’État et l’autre directeur de la CIA, les frères Dulles » (p. 364). On inventa alors des mots :
« Des voix opposées commencèrent à se faire entendre sur la scène publique : les American Friends of the Middle East (AFME), fondés en 1951, et l’American Council for Judaism, fondé en 1942 par un groupe de rabbins réformistes, étaient à l’avant-garde des critiques contre Israël. La création des AFME fut encouragée par Allen Dulles, frère du secrétaire d’État et directeur de la CIA. Lui et Henry Byroade, secrétaire d’État adjoint pour le Proche-Orient, cherchaient une force capable de contrebalancer le lobby pro-israélien et de les aider à poursuivre les politiques qu’ils jugeaient préférables pour l’intérêt national américain. Le lobby inventa le terme de « byroadisme » pour désigner ce qu’il qualifiait de « mélange toxique d’antisémitisme et d’arabophilie » – accusation portée contre toute personne considérée comme insuffisamment loyale envers Israël parmi les grands diplomates américains » (p. 368).
La création de l’AIPAC
« L’AIPAC suivit une ligne similaire à celle d’autres groupes de lobbying puissants, dirigés par des politiciens utilisant les identités collectives comme levier pour leur carrière politique. Le maître de cette politique identitaire, et l’inspirateur de l’AIPAC, fut Fiorello Henry La Guardia, pur politicien new-yorkais. Né dans le Bronx en 1882, fils d’un immigrant italien et d’une Juive hongroise, sa double appartenance ethnique devint un outil politique utile tout au long de sa carrière dans le mouvement ouvrier américain. Celle-ci culmina avec son élection comme membre de la Chambre des représentants, puis comme maire de New York. À chaque étape de sa carrière politique, jusqu’à sa mort en 1947, il s’appuya sur ses identités ethniques – italienne ou juive – pour renforcer ses chances d’accéder à des postes convoités.
La Guardia maîtrisait l’italien et le yiddish, et certains affirment que son hébreu n’était pas mauvais. Son héritage fut tel que ceux qui suivirent comprirent à quel point instrumentaliser l’appartenance identitaire était utile sur la scène politique générale. La Guardia n’hésitait pas à accuser ses opposants d’essayer de miner la position des groupes ethniques qu’il représentait à tel ou tel moment précis : d’abord les Italiens à New York (dans East Harlem), puis les Juifs à Brooklyn et, plus tard encore, il représentait les Irlandais, où qu’ils se trouvent. Dans les années 1950, la génération suivante de politiciens se concentra sur les trois « I » – Israël, Italie, Irlande – comme autant de valeurs sûres dans les courses électorales locales » (p. 371).
« Une deuxième priorité fut de se concentrer sur l’industrie cinématographique en plein essor, en particulier sur l’influence d’Hollywood. Les magnats de cette industrie furent recrutés, et la perle de la production cinématographique pro-Israël fut le film Exodus de 1960. Paul Newman, à l’apparence aryenne, incarnait le nouveau Juif combattant des « Arabes » sauvages sans nom, tout en aidant des survivants de l’Holocauste à faire fleurir le désert de Palestine. Ce film de série B était l’adaptation d’un roman tout aussi médiocre et propagandiste de Leon Uris [2]. Il eut pourtant un impact certain. Plusieurs historiens, comme Amy Kaplan et Michelle Mart, ont affirmé qu’Exodus influença grandement l’opinion publique américaine en présentant Israël comme une petite nation se défendant contre l’agression arabe et ne pouvant être sauvée qu’avec l’aide des États-Unis, leader du monde démocratique » (p. 378).
Il fallut pour passer détruire impitoyablement tout politicien qui préférait les intérêts des États-Unis à ceux d’Israël, comme James William Fulbright :
« Il s’opposa à l’AIPAC dès ses débuts, notamment lorsque celle-ci organisa le boycott des navires arabes dans les ports des États-Unis, qu’il qualifia d’« intervention irresponsable dans l’élaboration de la politique étrangère américaine ». Plus tard, en 1960, il repéra au Capitole des initiatives de soutien à Israël, telles que des pressions sur l’Égypte pour ouvrir le canal de Suez à la navigation israélienne. Selon lui, cela n’avait rien à voir avec les intérêts de la politique étrangère américaine et était le résultat de « l’existence, aux États-Unis, d’un groupe de pression cherchant à insérer le conflit arabo-israélien dans la politique intérieure ». Il soutenait, avec raison, que de telles pressions ne feraient que renforcer la détermination égyptienne à interdire ce passage – ce qui se confirma entièrement » (p. 385).
La « guerre des nerfs » de 6 mois, mars-septembre 1975
« Israël tergiversait, sous la pression de ses colons dans la péninsule du Sinaï et de sa réticence générale à se retirer.
Le président Ford qualifia cette attitude de « blocage » et écrivit que les tactiques israéliennes « frustraient les Égyptiens et me rendaient furieux ». Il se montra tout aussi sévère à l’époque dans un célèbre télégramme adressé au Premier ministre israélien Yitzhak Rabin :
Je tiens à exprimer ma profonde déception face à l’attitude d’Israël au cours des négociations […]. L’échec des négociations aura des répercussions considérables sur la région et sur nos relations. J’ai donné des instructions pour une réévaluation de la politique des États-Unis dans la région, y compris de nos relations avec Israël, afin de garantir que les intérêts généraux des États-Unis […] soient protégés. Vous serez informé de notre décision » (p. 417).
« Qu’est-ce qui donna à Carter le courage de faire des déclarations aussi radicales ? Il existe un consensus parmi les spécialistes sur cette question. Ce président des États-Unis écoutait ses conseillers et était enclin à apprendre. Contrairement à certains de ses prédécesseurs, il participait aux
réunions traditionnelles de la Maison-Blanche pour réévaluer la politique étrangère, qui se tiennent après l’investiture de chaque nouvelle administration. Carter avait ses propres idées, qui étaient restées floues durant sa campagne, mais qui émergèrent plus tard, une fois en fonction. Il considérait les Palestiniens comme un autre peuple privé de droits, à l’instar des Afro-Américains, et voyait des parallèles entre les politiques de ségrégation dans le sud des États-Unis et le traitement des Palestiniens par Israël. En adoptant un nouveau vocabulaire, Carter alarma le lobby pro-israélien, habitué à ce que son récit soit accepté sans réserve. Il évoqua les Palestiniens et l’OLP en termes neutres, plutôt qu’en les qualifiant de terroristes. Encouragé par son entourage, il envisagea d’aller au-delà des mots et d’établir un contact direct avec l’OLP, ce qu’il était prêt à tenter » (p. 426).
« Lorsqu’il s’agissait de ces deux principes – l’aide militaire et l’immunité internationale –, la politique américaine était un jeu à somme nulle. Cela n’avait rien de nouveau. Depuis le tout début du lobbying pour le sionisme, jusqu’à aujourd’hui, il n’existe aucune place pour un soutien réservé ou conditionnel. Comme le congressiste Paul Findley l’exprimerait quelques années plus tard, il fallait un soutien à 100 % : offrir 90 % de soutien équivalait, selon les lobbyistes sionistes, à être antisémite (comme nous le verrons plus loin en examinant son affrontement particulier avec l’AIPAC) » (p.429).
« En 2006, Jimmy Carter publiait son livre Palestine : Peace Not Apartheid. Cet ouvrage lui coûta cher : il fut accusé par des groupes et des individus pro-israéliens de falsifier l’histoire et d’être anti-Israël. Certains allèrent jusqu’à le condamner en le taxant d’antisémite. L’utilisation même du mot « apartheid » dans le titre, qui est aujourd’hui davantage accepté pour parler d’Israël, était peu courante à l’époque et certainement inédite pour un ancien président des États-Unis » (p. 435).
L’époque de Reagan est au contraire faste pour Israël et son lobby.
« Le lobby possédait également des bureaux dans des immeubles voisins, répartis sur plusieurs pâtés de maisons, formant une sorte de mini-empire. La plupart de ces succursales ne portaient pas de signes distinctifs permettant d’identifier leur rattachement à l’AIPAC. Si vous étiez suffisamment attentif, ou
curieux comme je l’étais dans les années 1980, vous pourriez vous rendre compte que vous vous trouvez dans la zone AIPAC en repérant un bâtiment strictement surveillé, avec des agents en uniforme et des portes d’entrée contrôlées à distance. Les autres membres du personnel étaient répartis dans sept zones géographiques aux États-Unis, en plus d’un bureau à Jérusalem » (p. 438).
« Findley estimait que la méthodologie de l’AIPAC se distinguait par son attention méticuleuse aux détails. L’AIPAC et d’autres groupes tels que l’Anti-Defamation League publiaient des listes d’« ennemis » d’Israël, destinées à « intimider journalistes, professeurs, médias, personnalités publiques et diplomates retraités, afin de les dissuader de s’exprimer sur le Moyen-Orient ». Il ajoutait que l’AIPAC possédait « un réseau sur les campus universitaires à travers les États-Unis, formant des étudiants à prévenir l’expression de critiques contre Israël sur les campus » et « instruisait les étudiants sur des méthodes visant à harceler les conférenciers qui s’y exprimaient » (p. 444).
« Le complexe militaro-industriel avait ses représentants à des postes clés au sein de l’administration : un secrétaire d’État par-ci, un conseiller à la sécurité nationale par-là. Certains des capitaines de l’industrie de l’armement ont bien sûr bénéficié de l’aide militaire accordée à Israël. Mais d’autres n’ont pas manqué de voir les perspectives financières qu’offrait le monde arabe, une sorte d’Eldorado économique à leur portée. Pourtant, ces industriels n’ont eu aucun impact sur la politique des États-Unis. Il n’est donc pas étonnant que Mearsheimer et Walt aient ressenti une profonde frustration en voyant de tels acteurs, avec leurs think tanks impressionnants et leur présence dans l’Ivy League, reculer impuissants face aux charges de l’AIPAC. Dans leur maître ouvrage, ils attribuent à juste titre une immense influence politique et financière au lobby pro-Israël à Washington » (p. 472).
« Bush et Baker furent les premiers hommes politiques américains à qualifier les colonies juives en Cisjordanie et dans la bande de Gaza de principal obstacle à la paix. Cependant, ni eux ni leurs successeurs ne dépassèrent la condamnation verbale : aucune mesure concrète ne fut prise pour stopper la judaïsation de ces deux régions » (p. 479).
« La sortie de Baker était sans doute planifiée, mais inhabituelle pour quelqu’un que la plupart des observateurs décrivaient comme froid et sans émotion753. Cependant, son impact immédiat disparut rapidement : deux mois plus tard, Saddam Hussein ordonnait à son armée d’envahir le Koweït, interprétant une conversation qu’il avait eue avec l’ambassadrice des États-Unis à Bagdad comme l’autorisation implicite d’une telle opération. Il supposa également que l’occupation d’un autre pays était une pratique qu’Israël était autorisé à mener avec l’approbation des Américains. Dans son esprit, en tant qu’allié fidèle, il méritait un traitement similaire.
Évidemment, Saddam Hussein s’était trompé, et le président Bush organisa une coalition internationale, incluant des pays arabes comme la Jordanie et la Syrie, mais pas Israël, pour repousser les forces irakiennes hors du Koweït. Dans une tentative de briser l’alliance arabe contre lui, Saddam Hussein lança 42 missiles Scud sur le territoire israélien, espérant qu’Israël répliquerait, ce qui inciterait les pays arabes à retirer leur soutien à la coalition dirigée par les États-Unis. Mais les Israéliens furent persuadés de ne pas répondre » (p. 480).
« En septembre 1991, la pression sur Israël augmenta. Cette fois, le président des États-Unis prit les devants. Lors d’une conférence de presse le 12 septembre, un Bush en colère tapa du poing sur la table, accusant directement l’AIPAC de travailler contre lui ; il décrivit le lobby comme une « force politique puissante » qui s’opposait à « un homme seul et insignifiant ». Il se présenta comme un David américain combattant un Goliath, en l’occurrence l’AIPAC, qui l’empêchait de « faire son travail ». Il rappela aux Israéliens que des troupes américaines manœuvraient les systèmes antimissiles qui avaient abattu les Scud irakiens, risquant leurs vies pour ce faire – un argument exagéré, mais percutant » (p. 481).
Je relève une erreur bénigne p. 482 : « La pression fonctionna, et Israël rejoignit d’autres pays lors d’une conférence de paix sur le Moyen-Orient à Madrid, organisée dans les derniers jours d’octobre 1991. La conférence s’ouvrit dans l’une des 3 418 pièces du palais royal de Madrid, le plus grand palais d’Europe ». Eh non ! Cocorico, le Palais du Louvre lui ôte cette palme, avec 210 000 m² contre 135 000 !
« Cependant, ces conflits étaient enracinés dans des injustices réelles et des principes moraux assez imperméables aux propos de Madeleine Albright selon qui on pouvait construire une solution sur le postulat voulant que tout ce qui est visible soit divisible : la terre, les ressources, les responsabilités et le contrôle. La longue colonisation de la Palestine et l’oppression concomitante vécue par les Palestiniens contenaient de nombreux aspects invisibles aux yeux occidentaux, et donc indivisibles. Ce qu’il fallait, c’était la justice et le respect du droit international, et non des astuces ingénieuses venues du monde de la finance » (p. 487).
« Depuis les premières tentatives de construction d’une Pax Americana en Israël-Palestine – dès 1969 environ –, ce que les Américains présentaient comme un plan de paix était une formule conçue pour satisfaire le point de vue israélien. Cela entraîna un mépris constant et surprenant de la perspective palestinienne et, plus important encore, de ce que les experts américains eux-mêmes avaient auparavant défini comme le cœur du problème : la question des réfugiés. Ainsi, sous l’administration Clinton, cette question fut tout simplement éliminée du scénario de paix. Il est difficile de trouver, dans l’histoire contemporaine, un autre effort diplomatique authentique qui ait évité d’affronter aussi délibérément le problème fondamental d’un conflit donné… L’échec inéluctable des efforts de paix à des stades ultérieurs du processus n’a pas modifié cette position fondamentale des Américains » (p. 491).
« Le deuxième mandat de Clinton fut une toute autre histoire. D’un côté, ce furent les années dorées du lobby des chrétiens sionistes et le début de sa lune de miel avec le Likoud de Netanyahou, un parti qui allait dominer la politique israélienne au XXIe siècle. L’AIPAC se retrouva rapidement en position subalterne, non seulement par rapport au lobby des chrétiens sionistes, mais aussi face au mouvement néo-conservateur.
Dans les années 1990, les néo-conservateurs devinrent une force avec laquelle l’AIPAC souhaita collaborer de plus près. Leurs divers think tanks développèrent des liens étroits avec le Likoud, alors au pouvoir entre 1996 et 1999. Dès cette époque, leur point de vue indépendant prônait le rejet des accords d’Oslo par Israël et une intervention militaire américaine en Irak » (p. 501).
Chapitre IX : LE LOBBYING POUR ISRAËL DANS L’AMÉRIQUE DU XXIE SIÈCLE
« […] Israël sous Ariel Sharon était initialement sceptique quant à une telle invasion et préférait que les États-Unis concentrent leurs efforts sur l’Iran. Cependant, on persuada Israël que l’Irak n’était que la première étape, et le pays apporta son soutien aux individus qui, au sein de l’administration des États-Unis, prônaient une telle opération.
Dès août 2002, Sharon déclara devant la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset que l’Irak représentait « le plus grand danger auquel Israël est confronté ». Le même mois, il avertit l’administration Bush que retarder l’attaque permettrait à Saddam d’accélérer son programme d’armement. À partir de ce moment, le principal propagandiste israélien, Benjamin Netanyahou, fut mobilisé pour convaincre l’opinion publique américaine de la légitimité d’une invasion. « L’urgence du renversement de Saddam est primordiale », déclara-t-il au Sénat américain en 2002, ajoutant qu’une telle campagne « mérite le soutien inconditionnel de tous les gouvernements sensés ». Plus tard, il rédigea des tribunes pour le New York Times et le Wall Street Journal, intitulées The Case for Toppling Saddam, dans lesquelles il affirma : « Ce qu’il faut, c’est rien de moins que le démantèlement de son régime » (p. 514).
« Puisque ces principaux instigateurs du lobby néo- conservateur en faveur de la guerre et des politiques annexionnistes d’Israël étaient en partie employés dans des organisations associées à l’AIPAC, on peut comprendre comment une sorte de coalition a émergé pour devenir une voix puissante, persuadant finalement la Maison-Blanche d’occuper l’Irak en 2003. Il s’agissait d’une coalition pseudo-universitaire qui conseillait l’administration Bush, sur la base de « recherches », d’adopter une politique agressive dans le monde arabe et de renoncer à tout effort significatif pour faciliter un processus de paix. En tandem avec l’AIPAC, ce groupe présentait l’invasion de l’Irak avant tout comme une action visant à défendre Israël contre des armes de destruction massive prétendument développées par Saddam Hussein, plutôt que comme une mesure de représailles pour le 11 septembre. L’absence de preuves concernant ces armes ne troubla guère leur conscience » (p. 519).
éD’autres organisations, extérieures à l’administration des États-Unis, transféraient chaque année 1 milliard de dollars à Israël. Naseer Aruri a noté que cette somme est plus importante que celle transférée par les États-Unis à l’Afrique du Nord, à l’Amérique du Sud et aux Caraïbes réunies. Leur population conjointe s’élève à plus d’1 milliard d’habitants ; la population d’Israël atteignait à peine 9 millions en 2007. Au cours des 40 dernières années, environ 8,5 milliards de dollars avaient été versés à Israël pour des achats militaires » (p. 540).
Les ruisseaux de fric de l’AIPAC servent à fausser les élections. En voici un exemple : « Hilliard aurait dû être le candidat naturel des démocrates aux élections législatives de l’Alabama en 2002. Il avait remporté avec succès les cinq campagnes précédentes. Il convient de remarquer que ses critiques à l’égard d’Israël étaient très modérées, mais elles suffirent à ce qu’il s’attire la colère de l’AIPAC. Il refusa de condamner les combattants palestiniens pour la liberté en tant que terroristes et avait visité la Libye en 1979. Bien qu’il ait été soutenu par le caucus afro-américain au Congrès, l’AIPAC s’avéra plus puissant que ce caucus. Par conséquent, son adversaire, Arthur Davis, remporta l’élection : celui-ci avait reçu 300 000 $ de l’AIPAC – un contraste frappant avec les modestes 1 000 $ qu’Hilliard reçut des organisations arabo-américaines » (p. 540).
« Des initiatives telles que celle de Somerville commencèrent à fleurir dans de nombreuses autres régions des États-Unis, organisées par des Américains d’origine palestinienne, des Afro-Américains, des Amérindiens et d’autres groupes minoritaires solidaires des Palestiniens opprimés. Ces groupes travaillaient de concert avec un activisme pro-palestinien croissant au sein de la société juive américaine. Ils allaient devenir un défi encore plus sérieux pour l’AIPAC après 2004, et plus encore, comme nous le verrons, après la deuxième invasion israélienne du Liban en 2006. Ce ne fut pas facile pour l’AIPAC, car les images émergeant de la guerre du Liban devinrent emblématiques de la dévastation qu’Israël pouvait provoquer, érodant davantage sa légitimité morale dans la société civile américaine » (p. 543).
« Le message principal des mémoires d’Obama est familier. Toute critique d’Israël par des législateurs américains, même lorsqu’Israël allait à l’encontre de la politique des États-Unis, s’exposait à la colère du lobby. Ceux qui critiquaient les actions israéliennes « trop bruyamment » risquaient d’être qualifiés « d’anti-Israël » ou même « d’antisémites ». Ils pouvaient se retrouver face à un « adversaire bien financé » lors des élections. Le fait que 70 % des Juifs américains aient voté pour Obama ne lui fut d’aucune aide. Il n’avait aucune chance avec l’AIPAC, car cette dernière avait décidé a priori qu’Obama ne portait pas de soutien à l’État hébreu dans ses « tripes ».
« Au moment où j’ai pris mes fonctions », écrit Obama dans une section évoquant l’histoire troublée des États-Unis en tant que médiateurs du conflit israélo-palestinien, « la plupart des républicains du Congrès avaient abandonné toute volonté de se soucier de ce qui arrivait aux Palestiniens ». Des engagements religieux avaient conduit de nombreux électeurs républicains évangéliques et blancs à soutenir aveuglément le gouvernement israélien dans tout ce qu’il faisait. Obama ajouta qu’en raison de considérations électorales et idéologiques au sein du Parti démocrate, « même les progressistes les plus ardents répugnaient à paraître moins pro-israéliens que les républicains » (p. 557).
« Pour le président Obama, le véritable travail ne faisait que commencer. Il savait qu’il devrait utiliser son droit de veto présidentiel pour surmonter la majorité républicaine au Congrès, qui comptait également plusieurs alliés au sein du Parti démocrate en ce qui concernait l’accord sur le nucléaire iranien. Il disposait du soutien de 150 membres démocrates de la Chambre des représentants, soit le nombre nécessaire pour maintenir son veto.
La principale campagne contre l’accord fut menée par l’AIPAC, avec d’autres éléments du lobby pro-israélien, à la fois formels et informels. L’AIPAC créa un nouveau groupe : Citizens for a Nuclear Free Iran. Le groupe reçut un financement de 20 millions de dollars. Ses principaux instigateurs restèrent anonymes : lorsque le New York Times approcha deux personnes impliquées dans ce nouveau groupe pour enquêter sur ses ressources financières, ces dernières déclarèrent ne pas être autorisées à divulguer des informations plus détaillées à ce sujet » (p. 564).
« Qu’il ait été aidé ou non par la belliqueuse attitude de Netanyahou, Obama put célébrer une rare victoire contre le lobby le plus puissant de Washington. Obama obtint suffisamment de soutiens au Sénat pour protéger l’accord des tentatives d’obstruction. Tout le monde se précipita alors pour déclarer la fin de l’influence de l’AIPAC au Capitole. La Maison-Blanche avait-elle réellement remporté une victoire durable en garantissant l’avenir de l’accord avec l’Iran ? L’AIPAC avait-il perdu son statut d’influence inébranlable sur les législateurs en ce qui concerne les questions liées à Israël ?
Avec le recul, nous savons que la réponse à ces deux questions est non. Mais en 2015, la perception était bien différente » (p. 568).
Les contre-lobbies
« J Street fut fondé dans la seconde moitié de l’année 2007. Son message était simple : être pro-Israël signifiait être pour la paix. L’organisation se présenta comme une antithèse du nouveau discours que Benjamin Netanyahou propageait en Israël et que l’AIPAC avait adopté, assimilant le sionisme libéral à des positions anti-Israël et même à l’antisémitisme. Il ressemblait à ce qu’aurait pu être l’AIPAC si ce dernier organisme ne s’était pas enraciné à l’extrême droite de l’échiquier politique » (p. 569).
« Le financement de J Street représente environ un dixième de celui de l’AIPAC. Il est difficile d’obtenir une image claire du budget de ces deux lobbies. Selon la loi américaine, les organisations bénéficient de la confidentialité en ce qui concerne leurs financements. Le dernier budget de l’AIPAC rendu public date de 2013, lorsqu’il était évalué à 66 millions de dollars, et aujourd’hui, on l’estime à environ 300 millions.
Dans le cas de J Street, les discussions publiques sur son financement concernèrent moins le montant que la source. Le tabloïd Washington Times a affirmé que George Soros avait financé environ 15 % du budget de ce lobby (aux États-Unis, il est illégal de recevoir un soutien financier de la part d’intérêts étrangers) (p. 571).
« Néanmoins, cette perspective dissidente en matière de politique étrangère fut encore renforcée par la création de l’American Éducational Trust (AET), connu pour sa publication, le Washington Report on Middle East Affairs. L’AET fut fondé en 1982 par d’anciens membres du service diplomatique américain comme un contre-lobby à l’AIPAC, dans le but d’influencer la politique américaine, non seulement envers Israël, mais aussi à l’égard du Moyen-Orient dans son ensemble. À l’instar des « arabistes » avant eux, leur message reposait sur une connaissance approfondie de la région, de son histoire et de sa culture. Parmi eux se trouvaient d’anciens ambassadeurs, des fonctionnaires de divers organismes gouvernementaux et quelques membres du Congrès (bien qu’en petit nombre) » (p. 573).
« Une fois les braises de l’insurrection de janvier retombées, l’AIPAC a rapidement renoué avec Trump, ainsi qu’avec tous ceux qui remettaient en question les résultats des élections de 2020. La question reste ouverte quant au soutien dont l’AIPAC bénéficie encore au sein de la communauté juive, et quant à savoir s’il en a vraiment besoin. Il est tout à fait possible que l’AIPAC devienne le domaine réservé de quelques Juifs aisés, tout en restant une force de lobbying redoutable » (p. 596).
Chapitre X : LA GUERRE CONTRE LA SOCIÉTÉ CIVILE AMÉRICAINE
« La stratégie reposait sur deux axes. Le premier consistait à « rebrander » Israël, qui serait la seule démocratie progressiste du Moyen-Orient au XXIe siècle. Le second axe visait à répondre aux critiques plus affirmées d’Israël dans la société civile par des méthodes d’intimidation classiques : diffamation et attaques ad hominem. Toute critique marquée serait qualifiée de « délégitimation de l’État juif ». Bien sûr, cette deuxième approche rendait plus difficile pour les observateurs avertis de croire au récit promu par la première. Pourtant, les décideurs israéliens ont donné dans cet exercice de rebranding de manière plus qu’évidente » (p. 601).
« Ainsi, du moins selon l’institut Reut, tout l’argent et tous les experts du monde n’avaient pas encore réussi à rebrander Israël sous les traits d’une nation pacifique et attrayante. La solution évidente consistant à être moins violent envers les Palestiniens semblait leur avoir totalement échappé » (p. 612). C’est la même réflexion que je fais régulièrement avec le réflexe compulsif de pondre des truellées de lois contre l’antisémitisme depuis 50 ans, en arguant à chaque fois qu’il y en a de plus en plus (comme l’uranium enrichi iranien). La solution pour quelqu’un qui aurait un cerveau, serait de constater que si ces lois aboutissent depuis 50 ans à l’effet contraire, on pourrait utiliser une autre solution consistant à suggérer au gouvernement israélien d’arrêter de génocider & massacrer les Palestiniens, les Libanais et les Iraniens.
« En consultant le site web de l’AIPAC en 2023 et en suivant ses principales activités depuis novembre 2022 – où une coalition d’extrême droite a remporté les élections nationales israéliennes –, on a l’impression que l’organisation croit encore que ce qui compte, ce sont les politiques venues d’en haut, et non celles issues de la base. Son principal projet s’appelle désormais « AIPAC-PAC » (Comité d’affaires publiques), qui se concentre sur la collecte de fonds pour des candidats pro-israéliens au Congrès. L’organisme se vante d’avoir 365 politiciens des deux bords dans ses rangs, et d’avoir dépensé
plus de 17 millions de dollars pour eux. La plupart, selon ses dires, ont été élus en 2022. Mais le nouveau gouvernement israélien n’a pas été bien accueilli par l’administration Biden, et seul le temps dira si cela aura un impact significatif sur la capacité globale du lobby à influencer la politique des États-Unis. Au moment où nous écrivons ce livre, la relation américano-israélienne est à son plus bas niveau historique en raison de ce que le président Biden a qualifié de gouvernement le plus extrême qu’Israël ait eu depuis que lui-même est entré en politique à la fin des années 1960 » (p. 636).
Chapitre XI : LE LOBBYING POUR D’ISRAËL (SIC) DANS LA GRANDE-BRETAGNE DU XXIE SIÈCLE
Le lobby pratique le harcèlement des journalistes. Un exemple concernant la BBC est développé :
« C’était désormais un schéma que le lobby reproduisait encore et encore, élargissant son champ d’action aux universitaires dont les analyses étaient jugées insuffisamment bienveillantes envers Israël. L’écrivain ou le journaliste ciblé était accusé d’inexactitudes intentionnelles au service des ennemis d’Israël, ce qui, par inadvertance, conduirait à une recrudescence de l’antisémitisme. Personne, au sein du BBC Trust, ne daigna examiner cette chaîne de causalité totalement invraisemblable. C’était une interprétation pro-israélienne qui devait être acceptée au titre de vérité absolue » (p. 674).
« Christopher Mayhew, George Brown et Jeremy Corbyn avaient beaucoup en commun. Ils occupaient des positions de pouvoir susceptibles d’influencer la politique britannique envers Israël. Ils étaient tous totalement fidèles à la politique officielle britannique soutenant une solution à deux États au « conflit ». Aucun d’entre eux ne niait le droit d’Israël à exister, aucun d’entre eux n’avait fait de remarque antisémite au cours de leur vie et ils n’étaient antisémites en aucun sens du terme. Ils ont tous été ciblés comme s’ils s’écartaient radicalement de la politique britannique, niaient le droit d’Israël à exister et
étaient motivés par un vieil antisémitisme traditionnel » (p. 696).
« Corbyn a exprimé les préoccupations de nombreuses personnes progressistes en Grande-Bretagne lorsqu’il s’est inquiété de la manière dont la nouvelle initiative européenne visant à combattre la négation de l’Holocauste en Europe la confondait avec la critique d’Israël, dans la fameuse définition de l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance) que le gouvernement britannique a tenté d’imposer à toutes les universités. L’IHRA est une association de trente et un pays, née d’une initiative suédoise visant à combattre l’ignorance concernant l’Holocauste dans le système éducatif européen ; un noble projet qui a totalement échoué en Suède même, où des partis d’extrême droite aux origines nazies ont obtenu de très bons résultats lors des élections de septembre 2022 » (p. 702).
« Puis vint l’enquête de la Commission pour l’égalité et les droits de l’homme (EHRC) sur l’antisémitisme au sein du Parti travailliste. Dans un monde plus raisonnable, ou peut-être dans quelques années, si l’on demandait aux gens ce qu’une institution de premier plan en matière de droits de l’homme devrait enquêter concernant Israël et la Palestine, ils répondraient les atteintes aux droits des Palestiniens. Ces personnes raisonnables seraient perplexes d’apprendre que cet organisme respectable considérait que sa tâche principale était d’analyser des courriels, des publications Facebook et des tweets pour déterminer si des membres du Labour connus pour leur soutien aux droits des Palestiniens devaient être exclus du parti. Il a en outre consacré son temps et son énergie précieux à réexaminer le rapport Chakrabarti. Tout le monde, jusqu’à leur chien, semblait mettre en place ses propres comités d’enquête pour tirer des conclusions accablantes sur le Labour et l’antisémitisme. On ne peut que rêver de ce à quoi ressemblerait la Grande-Bretagne aujourd’hui si un tel zèle avait été trouvé pour sécuriser les habitations après l’incendie de Grenfell, éviter les conséquences désastreuses d’un mauvais accord sur le Brexit ou investir dans les services de santé » (p. 705).
Cette interpellation finale, venant d’un historien juif, devrait être adressée à tous les parlementaires britanniques, mais aussi français : « Les citoyens consciencieux au Royaume-Uni s’attendaient à ce que leurs gouvernements successifs reconnaissent la responsabilité historique de la Grande-Bretagne dans le sort réservé aux Palestiniens. Après tout, c’est l’Empire britannique qui a permis au mouvement sioniste de s’implanter en Palestine, de coloniser le pays et, à terme, d’en prendre le contrôle en procédant à un nettoyage ethnique du peuple autochtone palestinien. Sans cette protection, le projet sioniste de colonisation de peuplement, fondé sur le déplacement massif des Palestiniens, n’aurait pas pu se concrétiser ni se maintenir. Durant ses trente années de domination (1918–1948), la Grande-Bretagne a également permis au mouvement sioniste de construire un État dans l’État et de se préparer militairement à l’épuration ethnique de la Palestine en 1948. Et lorsque les forces sionistes, qui allaient devenir plus tard les forces de défense israéliennes, ont lancé leurs opérations de nettoyage ethnique en avril 1948 ‒ ciblant principalement les centres urbains palestiniens ‒, des officiers britanniques sont restés passifs, et dans certains cas (par exemple à Jaffa et Haïfa), ont contribué à faciliter l’expulsion collective de plus de cent mille Palestiniens » (p. 718).
L’auteur relate des actions dont il a été témoin dans l’université où il enseignait : « Cela a également été favorisé par les premières actions organisées par les étudiants britanniques en solidarité avec le BDS. Les étudiants ont appelé leurs actions « Israeli Apartheid Week », et les premiers syndicats qui ont soutenu le BDS ont utilisé un langage similaire, qualifiant la nature coloniale d’Israël avec des concepts tels que apartheid, colonialisme, et plus tard colonisation. Les médias dominants continuaient à parler d’un « conflit », suggérant l’existence de deux parties égales, et de « paix », comme si la seule chose nécessaire était l’existence de deux « camps de la paix » des deux côtés, œuvrant pour une solution juste fondée sur la partition du pays en deux États (l’un s’étendant sur plus de quatre-vingts pour cent de la Palestine historique avec pleine souveraineté, l’autre divisé en deux bantoustans avec une souveraineté très restreinte). Le nouveau langage décrivait plus fidèlement la situation sur le terrain : un projet continu de colonisation de peuplement ayant commencé à la fin du XIXᵉ siècle et se poursuivant encore aujourd’hui. La réconciliation ne s’obtient pas par des discours creux sur la paix, mais en exigeant une décolonisation » (p. 722).
CONCLUSION
« Israël doit convaincre le monde entier, outre lui-même, de la validité morale du projet sioniste et, par voie de conséquence, de l’État hébreu. J’irais même jusqu’à dire que, jusqu’à ce jour, les principales cibles que le lobby cherche à convaincre sont ceux qui, parmi les Juifs et les sionistes, peinent à se laisser pleinement persuader de ce que le judaïsme n’est pas une religion, mais une identité nationale, et – élément plus important encore – que cette redéfinition de l’identité juive justifie le projet de colonisation de peuplement d’Israël en Palestine » (p. 742).
« Israël a-t-il cependant besoin de ses anciens alliés ? Ceux qui ont porté le gouvernement de 2022 au pouvoir ne souhaitent pas vivre dans un État laïque démocratique. L’Israël dont ils rêvent est un État plus théocratique et nationaliste. Leurs rabbins et leurs leaders politiques ne se soucient guère de l’image d’Israël, et ils ne pensent pas davantage que la délégitimation soit un problème dans un monde où Trump gouverne en Amérique, Orbán en Hongrie et Modi en Inde. Dieu est avec eux, ainsi qu’un vaste réseau de gouvernements nationalistes d’extrême droite et de mouvements fascistes partout à travers le globe. Cela signifie qu’ils n’ont pas besoin de lobby. L’avenir nous dira si le sionisme peut triompher sans lobbying, car ce pourrait bien marquer la fin du sionisme. Que la crise de 2023 transforme ou non Israël, elle aura révélé un élément dont les lobbies n’avaient pas eu conscience avant le XXIe siècle. Même dans notre monde cynique, les questions morales peuvent tout à coup s’attacher à des éléments matériels. L’industrie de haute technologique israélienne a investi la plus grande partie de ses profits de 2023 hors d’Israël, tout comme nombre d’établissements financiers. De telles fortunes, dans une société fortement politisée, dépendent de la protection offerte par un système judiciaire puissant et indépendant. La nouvelle réputation potentielle du système judiciaire israélien, perçu comme se trouvant sous la coupe des politiciens et comme ne constituant plus un pouvoir indépendant, ouvrait la voie pour que des juridictions étrangères et internationales poursuivent des soldats et des officiers à titre de criminels de guerre présumés. Il est soudain apparu que toute détérioration de la réputation démocratique de l’État hébreu peut se traduire par un ralentissement de la croissance économique et par la perte de son immunité juridique à l’international. Nous pouvons regretter que l’oppression des Palestiniens n’ait jamais enclenché de tels mécanismes, mais il n’en demeure pas moins que cette situation mérite d’être surveillée à l’avenir » (p. 760).
Après ce florilège de citations de ce livre majeur, je me permets de rebondir sur la conclusion. Si j’ai cru un moment à l’hypothèse Trump, c’est sur des faits que j’avais constatés par moi-même. Par exemple, j’avais précédé le Gal Delawarde dans la révélation d’un scoop sur Doug Emhoff, le mari de Kamala Harris, qui avait été désigné n° 1 en 2024 des juifs les plus influents selon le Jerusalem Post (ci-dessus). Comme le gendre de Trump Jared Kushner était dans les choux dans ce classement, j’avais cru – à tort – comprendre que Kamala Harris serait encore plus inféodée au gouvernement génocidaire que Trump. Or non, macache : Trump s’est révélé le cireur de pompes en chef de Netanyahou. Mais comme l’auteur cite également Orbán, je m’étonne que de nombreux commentateurs complotistes aient pleuré toutes les larmes de leur corps en apprenant la défaite de ce 2e cireur de pompes mondial de Netanyahou. Il a perdu contre un type de droite, sioniste aussi, mais juste un chouia moins sioniste que lui. C’est l’état des choses actuellement. Ces gens dirigent le monde, et les pauvres citoyens que nous sommes n’ont que peu de choix. Ce n’est pas la peine de monter sur les grands chevaux ; il faut juste s’informer en croisant les sources, et ne pas craindre de reconnaître qu’on a été trompé, tout en essayant d’identifier ce qui nous a induit en erreur, de façon à ne pas recommencer. Ce genre de lecture peut nous aider.
Quant aux sionistes, qu’ils soient des juifs israéliens ou des sayanim de la diaspora ou à double nationalité, ou des goyim sionistes, ils n’ont depuis des lustres qu’un seul discours qu’ils nous servent jusqu’à la nausée sur les médias qui appartiennent aux milliardaires pro-sionistes, pardon du pléonasme. Le jour où j’achève cet article, pour une fois c’est un média alternatif, Tocsin, qui reçoit l’ambassadeur de l’entité sioniste, Joshua Zarka. Le titre de la vignette de l’émission sur la chaîne de Tocsin (mais pas celui de la vidéo) dit tout : « Tucker et Candace sont antisémites ! » (ci-dessus). Cela dit, le simple fait qu’il vienne sur un média alternatif est en lui-même un signe qu’ils sentent que la propagande de leurs médias ne prend plus. Pour une fois des questions précises lui sont posées par Clémence Houdiakova et par Guy de la Fortelle, qui ont préparé l’entrevue ; mais qui feraient bien de lire ce livre !
P.-S. Sur le site de l’éditeur, une réduction vous est proposée. Les codes « Kentra10 » et « Tribune » donnent droit à 10 % sur toute la boutique ETHOS. C’est l’occasion d’acheter ce livre et le mien en même temps ! Un cadeau idéal pour la fête des pères & des mères !


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