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Un épais brouillard a envahi la vallée de la Meuse, entre Mouzon (dans les Ardennes françaises) et Liège (en Belgique) pendant 5 jours, du 1er au 5 décembre 1930. Jusqu'ici, rien d'anormal, la zone est connue pour ses plaques de grisailles fréquentes. Mais ce qui va suivre est plutôt inhabituel : « des centaines de personnes ressentent de fortes douleurs à la poitrine et éprouvent des difficultés à respirer. Chez certains, ces symptômes se compliquent et s'aggravent, jusqu'à entraîner la mort de plusieurs dizaines d'entre eux » peut-on lire dans l’étude réalisée sur cet événement historique qui a été rédigée par Alexis Zimmer et publiée dans les Presses Universitaires de Rennes. « Le brouillard était jaune, il empêchait la respiration, faisait "cracher vert", il occasionnait des vertiges ». La population est alors prise de panique, à tel point que la Reine de Belgique se rend sur place. Le 5 décembre 1930, on dénombre environ 60 décès. Le bétail souffre aussi du mystérieux brouillard : des troupeaux sont abattus.
????????️Un brouillard épais se répand le 1er décembre 1930 dans la vallée de la Meuse, près de Liège.????????Certains peinent soudainement à respirer et suffoquent. Ce smog toxique causera 65 décès.????????Retour sur l’une des pires tragédies industrielles belges à l’occasion de ses 95 ans????1/13⬇️ pic.twitter.com/knK4k2ymSo
— Adrian Thomas (@AdrianThomas90) November 30, 2025Une inversion de températures en cause
« Une commune est plus touchée que les autres : Engis. Située sur la rive gauche de la Meuse, en amont de Liège et de Seraing, les autorités y dénombrent quatorze décès subits », explique Alexis Zimmer, maître de conférences à l'université de Strasbourg. Les expertises de l'époque concluent à un événement à la fois naturel et industriel : la présence d'un anticyclone puissant, avec des pressions très élevées, a provoqué une inversion de températures. Ce phénomène se caractérise par la présence d'un air plus froid au niveau du sol, et d'un air plus chaud en altitude. Dans ces conditions, toutes les particules présentes dans l'air sont piégées au niveau du sol : à la fois l'humidité (les nuages), mais aussi les polluants. Et la vallée est remplie d'usines et de centrales. La production de zinc est une activité économique très importante dans la région, et cela nécessite d'énormes quantités de charbon. Des témoins indiquent que la fumée des cheminées ne se dirigeait pas vers le haut, mais retombait vers le sol, un phénomène possible en cas d'inversion de températures.
????10 000 tonnes de charbon sont alors brûlées chaque jour dans la vallée de la Meuse. C’est l’une des zones les plus industrialisées d’Europe : métallurgie, zinc, chimie, cokerie, etc. Des dizaines d’usines et de hauts fourneaux tournent à plein régime. C’est un tissu très dense. pic.twitter.com/AsB07LUjSs
— Adrian Thomas (@AdrianThomas90) November 30, 2025Un accident industriel n'est pas écarté
Mais à en croire les journaux de l'époque, il y aurait encore une autre raison : « certains savants, sur place ou à l'étranger, et connaissant la région, suspectent un accident : la fuite d'un réservoir d'ammoniaque d'une usine chimique pourrait avoir occasionné ce type de phénomènes et de symptômes relevés sur les lieux. D'autres évoquent des gaz d'origine militaire : l'ouverture subite d'obus de gaz allemands, utilisés durant la Première Guerre mondiale et qu'ils supposent entreposés dans une galerie de mine abandonnée », indique l'étude d'Alexis Zimmer. De nos jours, l'origine exacte de ce « brouillard empoisonné » n'a toujours pas été élucidée avec certitude.
Le rapport conclut pourtant à la relaxe des industriels. C’est le climat qui a tué, pas les usines. La Belgique a toujours été très laxiste à l'égard de la bourgeoisie et n’a ni cadre légal ni volonté politique de l’incriminer, malgré les protestations et contre-enquêtes locales. pic.twitter.com/A1EsJ0Mlqu
— Adrian Thomas (@AdrianThomas90) November 30, 2025L'événement, qui date de près de 100 ans, pourrait-il se reproduire de nos jours ? Probablement pas de manière aussi grave, car les réglementations en matière de pollution industrielle en France et en Belgique sont désormais beaucoup plus sévères. Mais en cas d'accident industriel, ou de fuite, qui aurait le malheur de tomber lors d'une inversion de températures, les conséquences pourraient être dramatiques. L'idéal serait « d'implanter des usines sous le vent, pour éviter l'effet des fumées », explique Clément Gaillard sur LinkedIn, expert en conception bioclimatique. La construction d'usines dans des vallées encaissées où l'air peut facilement stagner est en effet une mauvaise idée, mais les constructeurs ne prennent généralement pas en compte ce paramètre météorologique et géographique.


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