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Publié aux éditions Séguier, le roman de Jean-Pierre Montal, La Peau neuve, orchestre un divorce tardif et une liquidation de bibliothèque. Une satire incisive et élégante des amours mûres comme des vanités littéraires. Salutaire.
Il faut parfois tout bazarder pour découvrir ce qu’on gardait encore. Dans La Peau neuve, Jean-Pierre Montal prend une femme de cinquante-six ans, fraîchement divorcée, un appartement vidé de ses meubles, une bibliothèque promise à la dispersion, puis l’envoie prendre l’air. Cécile Blain vient de perdre son mari pour une femme de vingt-cinq ans sa cadette. « La dignité épuise », constate-t-elle en prenant la route vers le Massif central.
Dès les premières pages, Montal sait qu’il marche sur un terrain miné : « Aucune histoire ne devrait débuter de cette façon ». Cécile elle-même se moque de son propre scénario, « ni assez jeune pour une comédie romantique, ni assez vieille pour une histoire crépusculaire ». Elle voudrait courir assez loin pour ne plus voir son propre nom. Cette autodérision salutaire sauve immédiatement le livre du marécage intimiste.
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Cécile liquide aussi sa bibliothèque. Voilà le vrai départ du voyage. Les livres deviennent les cadavres encombrants d’une existence conjugale. Gracq finit dans une boîte à livres municipale, mêlé à Sulitzer, au chamanisme et à la 2e DB. La scène est délicieuse : elle transforme la République des Lettres en règlement de comptes conjugal. « Ici commence le test de la postérité, la vraie », s’amuse la narratrice. Le grand écrivain passe enfin devant le tribunal des lecteurs anonymes. Pris ou laissé. Comme en amour.
Puis surgit Julien Bendrix, écrivain en panne, qui découvre dans une cabine téléphonique ses propres romans annotés par Cécile. Vexé, il vient réclamer des explications. Elle lui reconnaît une qualité : ses livres sont « retenus, secs, un peu durs ». Lui s’accroche aussitôt au compliment : « Mes romans ». Petit duel dérisoire, donc profondément humain, entre un auteur au narcissisme froissé et une femme qui lit le stylo à la main, comme on tient un couteau.
Le plus réjouissant tient à cette guerre permanente autour de la littérature. Gracq est « figé, vitrifié », Beckett devient une cible, Roth une munition. Les personnages usent des classiques avec une mauvaise foi magnifique. La culture n’est jamais décorative chez Montal : elle sert à aimer, à mépriser, à séduire, à régler ses comptes. Même un album des Talking Heads finit par participer à la diplomatie du couple.
Puis Cécile et Bendrix se retrouvent dans une tour, loin de tout. Quatre jours à parler, dormir, faire l’amour, écouter de la musique et laisser le temps perdre ses horaires. Deux êtres cabossés recommencent à respirer ensemble. L’idylle pourrait virer au sirupeux ; elle reste drôle, bancale, traversée de vieux réflexes et de discussions absurdes.
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C’est là que Montal trouve sa vraie justesse. Il observe des individus qui vieillissent, désirent encore, regrettent, et découvrent que leurs certitudes n’étaient que des habitudes. Cécile finira par s’installer dans un village. Son agenda restera fermé. Elle retournera au marché, au cinéma, à la librairie. Et surtout, elle recommencera à acheter des livres. Après avoir dispersé sa bibliothèque, « la nature a horreur du vide », conclut-elle.
La boucle est bouclée, avec ce qu’il faut de cruauté et de douceur. Les livres reviennent, le désir aussi, et même l’écriture. Bendrix finira par comprendre que « cette retenue, justement […] c’est tout le travail ». Une maxime qui vaut pour ce roman autant que pour ses personnages : Montal avance sans grands effets, avec des phrases qui savent exactement où s’arrêter.
La Peau neuve repousse donc sur les anciennes cicatrices. Lentement. Sans miracle. Avec des livres, quelques chansons, une voiture cabossée et des êtres qui arrivent toujours un peu trop tôt ou un peu trop tard. C’est peut-être cela, finalement, recommencer : laisser la porte ouverte assez longtemps pour que quelqu’un passe.
Jean-Pierre Montal, La Peau neuve, Séguier, 2026, 192pp.
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