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Le Premier ministre Sébastien Lecornu a suscité la polémique en réunissant, lundi, plusieurs grandes banques françaises avec pour objectif de les encourager à financer les campagnes des candidats à l'élection présidentielle de 2027. L'opposition lui a reproché de donner un coup de main à la candidate d'extrême droite Marine Le Pen.
L'exécutif a dû rapidement éteindre l'incendie. Pour lutter contre les ingérences, étrangères et financières, il convient que "tous les candidats, quel que soit leur bord politique, puissent accéder à des financements français", a justifié la porte-parole du gouvernement Maud Brégeon. "[Cette initiative] ne vise donc pas une ou un candidat en particulier. C'est par ailleurs un chantier qui est en cours depuis des mois, si ce n'est des années. Le Premier ministre a repris un chantier ouvert par François Bayrou qui était celui de la banque de la démocratie."
Pourquoi le RN peine à emprunter
Dans les faits, l'initiative, si elle aboutit, profiterait surtout au Rassemblement national (RN). Le parti à la flamme peine, à chaque scrutin présidentiel, à trouver les financements auprès des banques françaises. Pour l'élection de 2017, il avait contracté un prêt de 9 millions d'euros auprès d'une banque russe. Mais quelques mois plus tard, le Parlement interdisait d'emprunter auprès d'une banque située hors de l'espace économique européen. Marine Le Pen a alors obtenu, pour le scrutin de 2022, un prêt de 10,7 millions d'euros d'une banque hongroise proche de l'entourage de l'ex-Premier ministre Viktor Orban.
Les condamnations en première instance et en appel de Marine Le Pen pour détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants parlementaires européens, ainsi que les déboires judiciaires d'autres cadres du RN, n'incitent pas davantage les banques à prendre le risque de prêter de l'argent à ce parti, et d'y associer leur nom.
"Nous sommes le seul rempart face à l'extrême" : le RN et LFI rêvent d'un face-à-face pour l'Élysée en 2027Frilosité générale des banques
Le RN n'est toutefois pas le seul parti confronté à ces difficultés. De manière générale, les banques se montrent très réticentes à financer les campagnes présidentielles, pour deux raisons principales.
La première : l'éventuelle remise en cause des comptes de campagne présidentielle. Et il y a un sérieux précédent en la matière, avec l'invalidation par le Conseil constitutionnel des comptes de 2012 de Nicolas Sarkozy – cela deviendra l'affaire Bygmalion – qui a privé le candidat et son parti du remboursement par l'État de 10,6 millions d'euros. Une campagne de souscription, baptisée Sarkothon, avait permis de rassembler l'argent et de rembourser les banques.
La seconde crainte des banques concerne le seuil des 5 % qui doit être atteint par tout prétendant à l'Élysée pour espérer obtenir le remboursement maximal des dépenses de campagne. En dessous de ces 5 %, l'État reverse un maximum de 800 000 euros. Or, en 2022, la candidate de droite Valérie Pécresse, l'écologiste Yannick Jadot et la socialiste Anne Hidalgo n'avaient pas franchi cette barre, et ils avaient respectivement dépensé 14,3 millions, 5 millions et 3,7 millions d'euros. Endettée personnellement à hauteur de 5 millions d'euros, Valérie Pécresse avait lancé un appel aux dons pour rembourser ses créanciers.
Comment Raphaël Glucksmann essaie de s'imposer à gauche : "Mélenchon aujourd'hui est un agent électoral de l'extrême droite"Un consortium et des garanties
"On est conscient que ne pas financer les campagnes pour les présidentielles est une vraie problématique démocratique pour l'ensemble des partis, parce qu'il ne s'agit pas simplement des partis d'extrême, c'est un problème général", a concédé ce vendredi Olivier Gavalda, directeur général du Crédit Agricole et futur patron de la Fédération bancaire française (FBF). "Mais quand vous êtes banquier, votre devoir, c'est de prêter de l'argent avec beaucoup de certitude d'être remboursé. Et là, l'aléa est trop important."
Le secteur bancaire veut donc des garanties. Sébastien Lecornu l'a compris et propose un système où les banques et l'État partageraient les risques associés aux prêts à des candidats. La création d'un consortium de banques est par ailleurs, selon Olivier Gavalda, "la meilleure solution" pour éviter "tout problème réputationnel ou de choix ou d'engagement pour l'un ou pour l'autre".
Un accord entre plusieurs banques aurait été trouvé. Ce projet porté par Matignon, s'il aboutit, pourrait être formalisé dans le projet de loi de finances pour 2027. Son examen au Parlement doit commencer en septembre.
Le RN ruiné ? Les banques françaises ne collaborent pas pour la campagne de 2027 : "On fait quoi ?"Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.


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