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Le français, un « atout extraordinaire » pour obtenir une résidence permanente

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Pour la première fois au Canada, la maîtrise de la langue française surpasse l'expérience de travail canadienne comme principal critère de sélection des immigrants économiques hors Québec. Avec plus de 50 000 invitations lancées depuis le début de 2026, le volet francophone d'Entrée express transforme profondément le visage de l'immigration.

Depuis le début de 2026, 50 500 invitations ont été envoyées par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) dans le cadre du volet Compétence linguistique en français, sur un total de 119 865 invitations lancées par le système Entrée express hors Québec. Le français devance ainsi pour la première fois, cette année, la Catégorie de l’expérience canadienne (CEC), qui compte 49 250 invitations sur la même période.

Cette évolution confirme la place grandissante accordée au français dans la stratégie d’immigration économique du Canada.

Pour l’avocat spécialisé en immigration à Toronto Me Joël Étienne, le français représente désormais un atout extraordinaire pour les candidats qui souhaitent obtenir leur résidence permanente.

Joël Étienne dans son bureau.

L’avocat Joël Étienne indique que, désormais, 70 % des immigrants francophones qui s’établissent hors Québec choisissent la région du Grand Toronto. (Photo archives)

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Pour 2026, l'IRCC avait une cible de 9 %, soit 30 267 admissions. L’objectif est d’augmenter les quotas à 12 % d’admissions francophones hors Québec, d’ici 2029.

Le ministère rappelle les 50 500 invitations envoyées et les admissions réelles sont différentes sur le territoire. Tous les candidats invités ne soumettent pas de demande, et toutes les demandes ne sont pas approuvées. Les cibles d'invitations colossales de 2026 sont ajustées en continu pour s'assurer que les objectifs réels d'admissions de résidents permanents sont effectivement atteints en fin d'année.

Quand le français devient un obstacle

Si Me Joël Étienne voit dans le français un avantage stratégique pour les immigrants, le consultant réglementé en immigration canadienne (CRIC) Kanwar Sierah souligne, lui, l’envers de la médaille.

Le principal problème, selon lui, est que l’anglais n’est pas évalué dans le volet francophone.

Les candidats peuvent donc obtenir une invitation grâce à leur maîtrise du français, puis s’installer dans des provinces majoritairement anglophones, comme la Colombie-Britannique, l’Alberta ou la Nouvelle-Écosse.

Une affiche d'un bureau d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a envoyé un total de 119 865 invitations par l'entremise du système Entrée express hors Québec jusqu'à présent en 2026. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Or, une fois sur place, la réalité du marché du travail peut être beaucoup plus difficile : Le fait d’avoir un employé qui ne parle que le français constitue en réalité un inconvénient. Beaucoup d’entre eux ne parviennent pas à trouver d’emploi. Ou même s’ils parviennent à en trouver un, ils ne parviennent pas à le conserver en raison de leurs limites en anglais.

S'ils ne parviennent pas à s'intégrer dans ces sociétés, alors, au final, quel objectif a été atteint grâce à cette immigration économique?

Un écart de plus de 100 points

M. Sierah s’inquiète également de l’écart entre les candidats sélectionnés dans le volet francophone et ceux qui passent par la Catégorie de l’expérience canadienne.

Selon lui, le score minimal du Système de classement global (CRS) pour la CEC se situe autour de 507 points, alors que des candidats à l’étranger, sans expérience ou lien préalable avec le Canada, ont pu recevoir une invitation avec un score aussi bas que 382 points.

Cela représente un écart de 125 points.

Un système de pointage

Le Système de classement global (CRS) est l’outil utilisé par le gouvernement canadien pour évaluer et classer les candidats qui se trouvent dans le bassin d’Entrée express.

Les candidats peuvent obtenir jusqu’à 1200 points, en fonction notamment de leur âge, de leur niveau d’études, de leur expérience professionnelle, de leurs compétences linguistiques et de certains facteurs supplémentaires.

Pour M. Sierah, un écart aussi important soulève des questions sur l’équilibre entre les compétences professionnelles, l’expérience canadienne et la maîtrise du français.

Il estime qu’un candidat possédant un niveau de français intermédiaire pourrait obtenir la résidence permanente sans nécessairement avoir les compétences professionnelles recherchées par le marché canadien.

Le français est-il devenu plus important que l’expérience de travail?

Me Joël Étienne rejette fermement cette interprétation.

D'après lui, le gouvernement canadien ne choisit pas nécessairement la langue au détriment des compétences professionnelles. Il considère plutôt que le français constitue un critère supplémentaire permettant de départager des candidats possédant déjà les qualifications recherchées.

Un drapeau du Canada sur l'asphalte.

Kanwar Sierah note que cet écart soulève des questions sur l’équilibre entre les compétences professionnelles, l’expérience canadienne et la maîtrise du français..(Photo d'archives)

Photo : iStock

Si on a besoin d'ingénieurs, il y a une tonne d'ingénieurs qui veulent venir de partout à travers la planète, on va prioriser des ingénieurs qui ont le français comme langue d'origine, enchaîne-t-il.

Ce n’est pas vraiment le choix d'une qualité versus une autre qualité, c'est un qualificatif additionnel.

Pourtant, le consultant réglementé en immigration canadienne explique que la catégorie de l’expérience canadienne pénalise lourdement l'âge. Il y aurait une perte de points après 29 ans et aucun point après 40 ans, ce qui nuirait aux professionnels expérimentés, comme les médecins, alors que le volet francophone permet de contourner cela grâce à des exigences de points très basses.

D’ailleurs, Kanwar Sierah, soulève une autre question dans la répartition des invitations : le gouvernement délaisse-t-il certains secteurs essentiels?

Le secteur des technologies n’a presque pas bénéficié de nouveaux tirages depuis deux ans, souligne-t-il.

La catégorie des métiers spécialisés n’a, quant à elle, généré que 3000 invitations en 2026.

Je pense qu'ils ont cité un chiffre d'environ 80 000 à 100 000 travailleurs qualifiés dans les métiers de la construction et de l'artisanat dont le Canada aura besoin d'ici 2030, conclut-il.

Une nouvelle francophonie s’installe en Ontario

Cette immigration francophone transforme également le visage de la francophonie canadienne.

Historiquement, en Ontario, la communauté francophone était principalement associée aux régions rurales et nordiques. Cependant, cette réalité est en train de changer.

Selon Me Étienne, 70 % des immigrants francophones qui s’établissent hors Québec choisissent aujourd’hui la région du Grand Toronto.

Il observe également une diversification importante de cette nouvelle francophonie.

C’est une francophonie qui est extrêmement multiculturelle, non européenne.

Selon lui, seulement 7 ou 8 % de cette nouvelle population immigrante francophone serait d’origine européenne. La grande majorité provient plutôt du Maghreb et de différents pays d’Afrique.

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