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Le financement de Québec en patrimoine bâti, des « cacahuètes », selon des MRC

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La déception est vive dans plusieurs MRC du Québec qui ont récemment reçu la réponse à leurs demandes de subvention au Programme d’ententes en patrimoine du gouvernement provincial. Les sommes sont jugées insuffisantes et les critères inadaptés aux petites municipalités en milieu rural. Un rendez-vous manqué, de l’avis de certains.

C’est juste un espoir déçu, déplore la mairesse de Danville dans la MRC des Sources en Estrie, Martine Satre. Celle qui a elle-même financé la restauration de bâtiments patrimoniaux, dont elle était propriétaire avant d’être mairesse, juge que les sommes consenties par Québec sont nettement insuffisantes.

La mairesse devant une église de Danville.

La mairesse de Danville, en Estrie, est Martine Satre.

Photo : Radio-Canada / Eli Chamberland

La MRC des Sources demandait près d’un million pour soutenir financièrement les projets de restauration d’immeubles de propriétaires privés. Moins de 300 000 $ lui ont été octroyés par le ministère de la Culture dans le cadre de volet 4.1 du Programme d’ententes en patrimoine. Qu’est-ce que vous voulez faire avec cela? Ce sont des cacahuètes quoi!, fustige Mme Satre.

L’argent ne suit pas, puis les gens n’ont pas nécessairement les moyens de rénover les bâtiments. On est dans une zone dévitalisée en plus. À un moment donné, pousse, mais pousse égal, quoi!

Dans la MRC du Val-Saint-François, toujours en Estrie, un montant bien inférieur aux besoins estimés de 86 000 $ a été octroyé. À la MRC de Memphrémagog, les sommes correspondent aussi à une fraction du montant demandé.

Selon la vice-présidente de l’organisme Action Patrimoine, Andréanne Jalbert-Laramée, le portrait est similaire dans l’ensemble de la province. La grande majorité des MRC ont reçu moins que ce qu’elles avaient demandé.

240 000 $ pour la restauration d’un seul mur

Selon le président de l’entreprise Maçonnerie Desrosiers de l’Estrie, Guy Poirier, qui se spécialise notamment dans la réfection de bâtiments patrimoniaux, les montants octroyés ne permettront pas aux MRC d’avoir des idées de grandeur. Son entreprise a notamment restauré l’hôtel de ville de Sherbrooke et le clocher de l’Abbaye Saint-Benoît-du-Lac.

Un mur qui a environ 30 pieds de haut par à peu près 40 pieds de long au total, ça a coûté 240 000 $, explique M. Poirier. Pour deux travailleurs avec un peu d’équipement, un peu de matériaux, ça coûte 2000 $ par jour. Pour une semaine, on est rendu à 10 000 $.

Questionné à savoir si une enveloppe de 86 000 $, comme celle de la MRC du Val-Saint-François, permettra de financer des projets importants, il répond sans hésiter. La réponse est non. Ce seront des très très très petits projets.

C’est le fun de construire des bâtiments neufs, mais il va falloir les rénover dans dix ans. Si on n’a pas les sous pour préserver notre patrimoine bâti, bien je me pose de sérieuses questions sur ce qui va arriver des autres.

Il rappelle qu’il faut respecter plusieurs normes pour la restauration de bâtiments patrimoniaux et s’assurer d’utiliser des matériaux similaires à ceux d’origine, ce qui augmente forcément la facture. Les prix augmenteront dans les prochaines années, alors que les conventions collectives dans l’industrie de la construction prévoient des hausses salariales de 22 % sur quatre ans.

La MRC des Sources renonce à la subvention, faute de moyens

Québec exige que les municipalités financent la rénovation de projets patrimoniaux à la même hauteur que le gouvernement pour pouvoir toucher à la subvention. La contribution est légèrement moindre pour celles ayant un faible indice de vitalité. Un critère jugé difficile à respecter alors que des municipalités manquent déjà d’argent pour entretenir leurs propres infrastructures municipales.

C’est vraiment malheureux. Le programme n’est pas adapté aux petits milieux ruraux, croit la mairesse de Danville, Martine Satre.

C’est pour cette raison que la MRC des Sources a décidé de renoncer à la subvention du Québec. La vice-présidente de l’organisme Action Patrimoine, Andréanne Jalbert-Laramée, se désole de cette situation. Dans le contexte de restriction budgétaire, ça devient plus facile de repousser [les investissements pour le patrimoine] et c’est exactement ce qu’on voit.

Un sous-financement chronique

Mme Jalbert-Laramée juge que ce cas de figure témoigne du sous-financement chronique du patrimoine au Québec. Son organisme propose au gouvernement de se doter d’une véritable politique du patrimoine. Pour éviter que le patrimoine soit en compétition avec d’autres priorités municipales, explique-t-elle.

Il faut faire du patrimoine bâti une vraie priorité.

Elle estime aussi qu’un comité pourrait être mis sur pied pour tenter de trouver de nouvelles manières de soutenir les propriétaires de bâtiments patrimoniaux, notamment par des congés de taxes.

Il faudrait mettre sur pied un comité sur la fiscalité pour identifier des outils fiscaux mieux adaptés à la réalité du terrain.

La mairesse de Danville juge que le peu d’appuis de Québec ne permet pas de freiner la dégradation des bâtiments d’intérêts. C’est vraiment triste, s’exclame-t-elle. C’est l’âme des municipalités qui disparaît.

Le ministère de la Culture n’a pas encore répondu à la demande d’entrevue de Radio-Canada.

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