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Le dernier souffle d’un géant des Alpes enfin reconstitué

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Il y a 20 000 ans, les paysages alpins étaient bien différents de ceux que nous connaissons aujourd'hui. Nous sommes alors dans une période froide appelée Dernier maximum glaciaire et d'immenses glaciers occupent les vallées, formant de gigantesques langues de glace qui s'étendent bien au-delà des limites actuelles des glaciers alpins.

Les traces d’un géant des glaces disparu depuis 18 000 ans

Dans la vallée de la Durance, l'un de ces géants glaciaires descendait ainsi jusqu'à proximité de Sisteron. Alimenté par les massifs des Écrins, du Champsaur et de l'Ubaye, ce glacier de la Durance aurait ainsi été l'un des plus vastes des Alpes françaises. Cela ne l'aura toutefois pas empêché de disparaître. Le réchauffement marquant la fin du Dernier maximum glaciaire a en effet entraîné une fonte des immenses glaciers qui occupaient les grands axes alpins, un processus achevé pour l'essentiel entre 18 000 et 10 000 ans avant aujourd'hui.

Au fil des millénaires, l'immense langue du glacier de la Durance a ainsi lentement reculé, ne laissant derrière elle que des traces dans le paysage : moraines, diamictons (sédiments grossiers et chaotiques), blocs erratiques, galets striés, terrasses de conglomérats... Autant d'indices qui aident aujourd'hui les géologues à mieux comprendre les processus sous-glaciaires participant au retrait des glaciers alpins actuels dans un contexte de réchauffement climatique.

À cause du réchauffement climatique et plus généralement, des activités humaines, la fonte des glaces s’accélère. Et les conséquences risquent d’être nombreuses. © Concept Photo Studio, Adobe Stock

Quelles sont les causes et les conséquences de la fonte des glaces  ?

Partout dans le monde, les glaces fondent. À un rythme accéléré, qui plus est. Le résultat des activités humaines. Et cela ne sera pas sans conséquence.... Lire la suite

Car si l'on sait que l'eau de fonte s'écoulant à la base des glaciers est l'un des facteurs accélérant la perte de masse glaciaire, les interactions entre la glace, l'eau de fonte et le substrat rocheux restent encore mal comprises, ainsi que leur impact sur la déglaciation sur des périodes de plusieurs siècles à plusieurs millénaires.

Des indices qui témoignent d’une dynamique inattendue du glacier

Et c'est là que l'étude des traces laissées par le recul du glacier de la Durance prend tout son sens. Grâce à des images LiDAR de haute résolution (1 m), une équipe de chercheurs français a analysé des structures géomorphologiques singulières relevées dans le sillon de Gap. Se présentant sous la forme de buttes parallèles hautes de plusieurs mètres et longues de plusieurs centaines de mètres à plusieurs kilomètres, ces structures sont composées de till, un matériau très hétérogène principalement constitué de marnes, de sables et de blocs.

Le sillon de Gap vu vers le sud-ouest (Céüse en arrière-plan). Dans le vallon au premier plan, les marnes jurassiques sont recouvertes d'une fine épaisseur (1-3 m) de till, sédiment déposé sous la glace et qui forme ici des méga-linéations glaciaires. © Pierre Dietrich, CNRS, Géosciences Rennes

Une étude de terrain a montré qu'une grande proportion de ces blocs rocheux présente d'ailleurs des stries glaciaires, ce qui appuie l'idée que ces buttes ont été formées à la base du glacier par le fluage de la glace. Ces méga-linéations sous-glaciaires, généralement associées à des zones d'écoulement très rapide de la glace, étaient jusqu'ici surtout connues dans les grands inlandsis (Groenland, Antarctique...), et jamais dans le contexte plus modeste des Alpes.

Exemple de galet transporté par le glacier. Les stries visibles sont un marqueur de raclement sous glaciaire. © Pierre Dietrich, CNRS, Géosciences Rennes

Des résultats qui aident à mieux comprendre la fonte des glaciers actuels

Pour les chercheurs, l'observation de telles structures dans la vallée de la Durance révèle donc une histoire inattendue : au lieu de reculer lentement et de façon progressive, le glacier aurait donc plutôt connu des périodes d'accélération significatives d'écoulement glaciaire, qui auraient contribué à sa disparition rapide dès le début de la déglaciation. Un glacier qui accélère transporte en effet davantage de glace vers les zones plus chaudes en aval et peut donc perdre très rapidement de la masse. Ces résultats ont été publiés dans la revue Geology.

De gauche à droite : localisation du site d'étude et extension glaciaire durant le Dernier maximum glaciaire (a) ; carte géomorphologique de la vallée de la Durance (b) ; linéations sous-glaciaires visibles dans les données LiDAR (c) ; schéma conceptuel montrant la formation des méga-linéations sous-glaciaires lorsque le glacier remplissait totalement la vallée de la Durance (e) ; preuve de terrain d'un raclement glaciaire (d). © Vérité et al. 2026, Geology

Le glacier de la Durance aurait donc connu une fin spectaculaire : au lieu de simplement s'amincir sous l'effet du réchauffement, il aurait accéléré son mouvement, précipitant son propre déclin. Les structures géomorphologiques de la vallée de la Durance offrent ainsi un aperçu rare des mécanismes qui peuvent aujourd'hui accélérer la disparition des glaciers face au changement climatique.

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