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Avez-vous remarqué qu'il y a moins d’insectes autour de vous ces dernières années? Selon Andrés Jiménez Monge, directeur général de Nature Ontario, cette impression est fondée.
Leur perception est absolument correcte, dit-il. Même s’il n’existe pas, selon lui, de données assez précises pour mesurer l’ampleur du phénomène en Ontario, les tendances mondiales sont préoccupantes.
Au cours des 30 dernières années, nous avons perdu 24 % de toute la biomasse des insectes. Et entre 2016 et aujourd’hui, la perte serait de 9 %.
Le phénomène n’est toutefois pas nouveau. Ce déclin majeur dure depuis 30 ou 50 ans, mais il s’est produit si progressivement qu’on s’y habitue, explique M. Jimenez Monge.
Un printemps froid, comme celui observé cette année, peut rendre la situation plus visible : les insectes sortent plus tard, ou meurent lorsque les conditions sont encore trop froides.
Les causes sont multiples : les changements climatiques, l’exposition aux pesticides et la disparition des habitats naturels.Il manque des habitats, il manque des fleurs, il manque des zones humides, résume le directeur de Nature Ontario.
Pourtant, cette crise écologique majeure se déroule en grande partie sous nos yeux, sans que nous en prenions forcément conscience.
Un déclin qui passe inaperçu
Dans le Grand Toronto, certains insectes pourraient même sembler plus présents, comme les moustiques, notamment après des périodes humides. Mais cela ne veut pas dire pour autant que les populations d’insectes se portent bien, explique le directeur de Nature Ontario.
Le déclin le plus visible concerne les papillons, dit Andrès Jimenez Monge, mais il mentionne aussi les bourdons et les insectes aquatiques, comme les éphémères, qui passent une partie de leur vie sur terre.
Selon lui, les insectes sont souvent mal aimés, mais ils sont essentiels. Les insectes sont le buffet de tout le monde : pour les poissons, les grenouilles, les mammifères et les oiseaux.
Il rappelle aussi que 75 % des cultures mondiales dépendent des insectes pour leur pollinisation, et que le régime alimentaire de la truite est composé à 60 % à 90 % d’insectes aquatiques.
Des oiseaux directement touchés
Les oiseaux sont parmi les espèces les plus directement touchées. Les insectes, c’est vraiment la base de la chaîne alimentaire des oiseaux, explique Julia Zarankin, écrivaine et ornithologue amatrice à Toronto.
Selon elle, les oiseaux migrateurs dépendent d’une synchronisation temporelle très précise. Ils planifient leurs escales pour qu’elles coïncident avec le pic d’abondance des insectes. Si ce pic est retardé ou réduit, ils trouvent moins de nourriture au moment où ils en ont le plus besoin.
S’il y a une baisse des populations d'insectes, la nourriture vient à manquer. Les oiseaux n’arrivent plus à s’alimenter suffisamment, déplore-t-elle. Cela peut nuire à leur énergie pendant la migration, mais compromet aussi la reproduction et la survie des oisillons.
Aujourd’hui, l'ornithologue observe ce phénomène sur le terrain. Ce printemps, si je voyais des oiseaux migrateurs, je n'en voyais qu'un ou deux, tandis qu’il y a 10 ans, j’en voyais des dizaines ou des douzaines, raconte-t-elle.
Les hirondelles, les martinets et les parulines sont particulièrement vulnérables, car les insectes constituent une grande partie de leur régime alimentaire.
Ramener des habitats près de chez soi
Pour venir en aider aux insectes, les deux experts recommandent de recréer des habitats. Cela peut se traduire par l'intégration de plantes indigènes, la réduction de l'usage d’insecticides et d’engrais, ou encore l'aménagement de petits points d’eau.
Créer des habitats pour les insectes est absolument crucial, et c’est quelque chose d’accessible à tout le monde, affirme M. Jimenez Monge. Dès que vous mettez deux ou trois plantes, vous commencez à voir des papillons et des abeilles.
Julia Zarankin estime aussi qu’il faut changer notre rapport aux insectes. Dans notre société, on aime bien détester les insectes. On les voit comme des nuisibles, dit-elle.
Pour l'ornithologue torontoise, il faut les regarder autrement : sans ces insectes, souligne-t-elle, c’est toute une partie de la biodiversité qui s’effrite.
Avec les informations de Talia Ricci de CBC


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