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Au large de l'Écosse, dans le Firth of Clyde, l'île d'Ailsa Craig surgit comme un rocher isolé de seulement 3,2 kilomètres de circonférence. Ce relief volcanique, formé il y a environ 60 millions d'années lors de l'ouverture de l'océan Atlantique, résulte d'un magma remonté dans la croûte terrestre puis cristallisé rapidement sous pression. Cette formation a donné naissance à un granitoïde exceptionnellement dense, homogène et stable.
Dès le XIXᵉ siècle, les tailleurs de pierre y ont exploité deux variétés devenues mythiques : le blue hone, très fin et régulier, et le common green, plus robuste. Ensemble, ils offrent des qualités idéales pour la pratique du curling : une glisse prévisible, une grande résistance mécanique et une stabilité minérale remarquable. Pour les spécialistes, ces caractéristiques tiennent aussi à l'âge relativement « jeune » de la roche à l'échelle géologique, moins altérée par les déformations tectoniques.
La petite île d'Alissa Craig d'où provient l'essentiel des pierres de curling. © ATGImages, Adobe Stock
Une pierre d’ingénierie naturelle aux propriétés presque impossibles à reproduire
Une pierre de curling est en réalité un assemblage fonctionnel. Sa bande de roulement, le running band, doit glisser sur la glace pendant des décennies sans se fissurer, tandis que sa partie supérieure doit absorber des chocs répétés.
L'analyse minéralogique moderne a montré que ces roches contiennent bien du quartz, contrairement à une idée répandue, mais présentent très peu de microfractures. La finesse du grain du blue hone limite l'usure, tandis que la très faible porosité du granite empêche l'eau de pénétrer et de provoquer des fissures lors du gel.
Pour le corps principal de la pierre, les fabricants utilisent des granites plus hétérogènes, notamment le common green d'Ailsa Craig ou des granites gallois de Trefor, dont la structure absorbe mieux les impacts. Résultat : une pierre olympique, d'un coût d'environ 600 dollars, peut rester en service plus d'un demi-siècle.
La pierre de curling est conçue pour résister aux chocs répétés et glisser sur la glace pendant des décennies sans se fissurer. © Imam, Adobe Stock.
Une ressource rare, protégée et difficile à remplacer
Cette dépendance à quelques carrières pose aujourd'hui question. Ailsa Craig est inhabitée et classée sanctuaire pour les oiseaux. L'extraction y est strictement limitée et réalisée sans dynamitage. Les réserves exploitables sont donc rares, alimentant les inquiétudes sur l'approvisionnement futur.
Les tentatives d'alternative ont jusqu'ici échoué. Dans les années 1950, un granite noir d'Ontario, en réalité une anorthosite, s'est rapidement ébréché après quelques heures d'utilisation. Sa structure ne résistait ni à l'humidité ni aux contraintes mécaniques comme celle d'Ailsa Craig.
Des chercheurs explorent désormais des terrains géologiquement proches, notamment en Nouvelle-Écosse, à la recherche de roches issues de contextes volcaniques comparables. Ces travaux n'en sont qu'à leurs débuts, mais ils pourraient, à terme, prolonger l'histoire de ces pierres uniques tout en préservant l'île écossaise.
Car dans ce sport où tout semble affaire de précision humaine, une grande partie du jeu se joue en réalité dans une roche née il y a 60 millions d'années.
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