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La multiplication des feux de forêt et des inondations menace sérieusement la résilience budgétaire du Manitoba, forçant le gouvernement provincial à réviser ses plans financiers face à des dommages qui se chiffrent désormais en milliards de dollars. Confrontée à l'urgence de réparer ses infrastructures et d'adapter ses services publics, la province doit maintenant composer avec une nouvelle réalité climatique où les phénomènes extrêmes deviennent récurrents.
Les deux dernières années illustrent la gravité de la situation. En 2025, des feux de forêt estivaux d'une rare intensité ont brûlé 4 % de la superficie de la province, entraîné le déplacement de 33 000 personnes, causé la mort de deux citoyens et coûté des centaines de millions de dollars à l'administration publique.
L'année suivante, en juin 2026, des tempêtes majeures ont pris le relais, poussant 50 municipalités à décréter l'état d'urgence. Ces inondations ont submergé des centaines de résidences, d'entreprises et de terres agricoles, tout en endommageant 30 000 véhicules, pour des réclamations d'assurance dépassant les 925 millions de dollars.
À court terme, ce doublé de catastrophes naturelles bouscule les prévisions budgétaires. Les fonds publics qui auraient pu servir à financer des programmes sociaux ou à réduire le déficit provincial doivent être redirigés d'urgence vers l'aide financière aux sinistrés et la reconstruction des infrastructures essentielles.
Le défi de l'équilibre budgétaire
Le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, a reconnu publiquement que l'appareil gouvernemental devait s'ajuster. Le défi d'un climat qui change, c'est que les services gouvernementaux vont devoir changer eux aussi , a-t-il déclaré au Palais législatif du Manitoba le 10 juillet.
Selon lui, une partie du travail consiste à apprendre sur le tas à mesure que les impacts se précisent, tout en essayant de planifier l'avenir, en particulier pour les décisions relatives aux infrastructures et à la politique énergétique.
Pour faire face à ces dépenses imprévues, le chef du gouvernement insiste sur la nécessité de ramener le solde budgétaire à zéro afin de se donner une plus grande marge de manœuvre financière. Atteindre cet équilibre s'annonce toutefois difficile.
Le ministère des Finances prévoyait un déficit de 1,6 milliard de dollars pour l'exercice 2025-2026. Bien que le ministre des Finances, Adrien Sala, tablait sur une réduction de ce déficit à 498 millions de dollars pour l'année 2026-2027 en pensant que la saison des feux serait clémente, les pluies exceptionnelles de juin sont venues fragiliser ces projections.
Les climatologues préviennent pourtant depuis longtemps que les Prairies canadiennes feront face à une variabilité de plus en plus imprévisible.
Actuellement, le Manitoba et la Ville de Winnipeg conçoivent leurs budgets en fonction des dépenses planifiées, sans prévoir de réserves massives pour les cas de catastrophes.
Devant cette situation, l'économiste Phil Cyrenne, de l'Université de Winnipeg, suggère la création d'un fonds de stabilisation à grande échelle. Il doit y avoir un rôle d'assurance plus étendu si les problèmes liés au changement climatique se manifestent sous forme d'inondations ou de feux, a expliqué M. Cyrenne.
L'économiste nuance toutefois que le problème est qu'on peut toujours gérer un système d'assurance si les risques ne sont pas corrélés, mais que si tout le monde subit ces risques en même temps, il devient alors difficile de s'en prémunir.
Des secteurs économiques menacés
Les impacts de ces crises à répétition dépassent le simple cadre des réparations immédiates. Des secteurs entiers, particulièrement le tourisme et l'agriculture, voient leurs activités perturbées par la fréquence des événements extrêmes.
Au cours des vingt dernières années, la province a subi pas moins de six inondations majeures et trois saisons de feux de forêt dévastatrices. Ce ralentissement de l'activité économique entraîne une baisse des recettes fiscales pour la province, ce qui nuit directement à sa capacité de récupération.
Si le premier ministre espère que le surplus d'eau permettra à la société d'État Hydro-Manitoba de générer des revenus inattendus grâce à son principal réservoir, le lac Winnipeg, cette rentrée d'argent ne suffira pas à régler le problème.
Hydro-Manitoba est elle-même lourdement endettée à hauteur de 25 milliards de dollars et doit injecter 30 milliards pour moderniser ses installations vieillissantes.
Estimant que la situation atteint un point où des investissements supplémentaires s'imposaient, Phil Cyrenne lance un avertissement : Si j'étais ministre des Finances, je me garderais bien de réclamer des dividendes importants à [Hydro-Manitoba] en ce moment.
Avec les informations de Bartley Kives


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