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Dans la croyance populaire, le dodo est un oiseau assez pataud, naïf, dont l'absence de sens du danger aurait accéléré son extinction face à l'arrivée des humains, il y a quelques siècles. Bref, un oiseau souvent considéré comme relativement stupide, pour forcer le trait !
Mais il n'en est rien. Une nouvelle étude parue dans la revue Zoological Journal s'intéresse d'un peu plus près à son mode de vie en se servant des seuls vestiges dont on dispose : son crâne.
Des os pour comprendre la perception du monde
Le dodo a vécu sur l'île Maurice, jusqu'à l'arrivée des Européens lors du XVIe siècle. Docile, peu méfiant et facile à chasser, il devint rapidement une proie de choix pour les humains, et ce malgré le goût peu appétissant de sa viande. Résultat, un siècle plus tard, il était complètement éteint, et nous n'avons aujourd'hui que quelques représentations, ainsi que des squelettes.
Des modèles 3D de l'intérieur de la boîte crânienne du dodo. © Gearty and Jones, 2023
Il n'existe que deux crânes de dodos intacts connus dans le monde. L'un d'eux, stocké à Copenhague, au Musée d'histoire naturelle du Danemark, a été ressorti des collections où il reposait depuis plusieurs siècles, pour être analysé par une équipe de chercheurs canadiens.
La vie du dodo retrouvée... dans ses os
Digne d'une belle enquête policière, une minutieuse étude de fossiles de dodo, ce curieux oiseau qui vécut à l'île Maurice et dont l'espèce s'est éteinte, a permis de révéler sa vie tout au long de l'année. Delphine Angst, qui a mené cette recherche avec son équipe, nous explique comment, par exemple, l'examen d'un os peut renseigner sur les plumes et donner raison à des marins dont les témoignages étaient controversés.... Lire la suite
Plus en détail, les auteurs de l'étude ont réalisé une reconstitution du cerveau du dodo, un organe disparu, en se servant de la forme de la boîte crânienne, ce qui les aide à comprendre comment pouvait se comporter l'animal, et comment il percevait le monde. Et la première trouvaille est surprenante : contrairement à ce que l'on pensait, le fonctionnement du cerveau est très différent de ce qu'on retrouve aujourd'hui chez des espèces comme le pigeon ou la colombe.
Un animal plus complexe qu'il n'en a l'air
Grâce à des techniques d'imagerie très précises, les auteurs ont pu reconstituer dans les moindres détails l'intérieur du crâne où se trouvait le cerveau. Ils ont comparé ces données avec d'autres scans réalisés sur les rares spécimens en plus ou moins bon état connus, ainsi qu'avec d'autres données similaires récoltées à propos d'autres types de volatiles.
Des recherches archéologiques qui ont permis de mettre en lumière certaines capacités du dodo. Notamment, son sens de l'odorat particulièrement développé, ainsi qu'un sens tactile très pointu, passant essentiellement par son bec particulièrement sensible face aux matières qu'il pouvait toucher.
Plus surprenant encore : l'activité du dodo ne se limitait pas à la journée, car il pouvait se servir de ses sens aiguisés pour continuer à se déplacer et à se nourrir à l'aube et au crépuscule, lorsque la nuit était proche.
Une start-up lève 150 millions de dollars pour « ressusciter » le dodo !
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En résumé, son comportement et sa vision du monde ne correspondaient pas à celle des pigeons par exemple, et il devait se reposer essentiellement sur son odorat et son sens du toucher pour trouver de la nourriture, et ce pendant de longues périodes avant le lever, et après le coucher du Soleil.
Modélisation de l'activité cérébrale d'un dodo. © Zoological Journal
Tout cela révèle un mode de vie plus complexe que l'apparente passivité traditionnellement associée à l'animal. Malgré tout, les auteurs reconnaissent manquer de nombreuses données pour bel et bien comprendre l'animal dans son entièreté.
Même pour les espèces vivantes, analyser leur comportement peut se révéler délicat. Alors, lorsqu'il ne reste plus que des os, le défi est autrement plus grand. Quoi qu'il en soit, comme souvent, la réalité est bien plus complexe et intéressante que les clichés qui collent pourtant à l'histoire de cet oiseau.


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