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Le «CIA World Factbook» n’est plus partagé par l’agence de renseignement

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Après plus de six décennies d’existence, le « CIA World Factbook », un manuel de référence et de cartographie, n’est plus partagé par l’agence américaine de renseignement.

Ses auteurs — parmi les meilleurs collecteurs de renseignements au monde, qui ont fourni des milliers de leurs propres photos — ont maintenu cette base de données soigneusement constituée à jour et en ligne pour un usage public gratuit. Les raisons invoquées étaient géopolitiques et philosophiques.

« Nous partageons ces faits avec les peuples de tous les pays, convaincus que la connaissance de la vérité est le fondement du fonctionnement des sociétés libres », expliquait la CIA elle-même dans ses pages.

Le 4 février, le gouvernement Trump a brusquement mis fin à ce compte rendu largement accepté de l’humanité et de ses drapeaux, pays, coutumes, armées et frontières. La CIA a présenté cette décision comme un progrès pour une agence dont la mission fondamentale a changé.

« Restez curieux », a conseillé la CIA dans son « adieu affectueux » au « Factbook ». Elle aurait pu ajouter : bonne chance pour distinguer la vérité dans le monde sauvage et souvent inexact d’Internet et de l’intelligence artificielle.

Des décennies avant que « Google » ne devienne un verbe courant, il y avait le « Factbook ».

Son histoire remonte à l’attaque surprise japonaise sur Pearl Harbor en 1941, un échec des services de renseignement américains qui a inspiré une approche plus coordonnée pour collecter et organiser les informations sur les ennemis des États-Unis. C’est ainsi qu’est né le Joint Army Navy Intelligence Studies, le premier programme interministériel de renseignement de base du pays.

Mais, dès 1946, les experts en sécurité nationale s’accordaient à dire que « la conduite de la paix implique tous les pays, toutes les activités humaines — et pas seulement l’ennemi et sa production de guerre », selon les mots de l’un d’entre eux, George S. Pettee.

La tâche de collecter des renseignements de base sur d’autres pays a été confiée à la CIA, nouvellement créée en 1947, selon le site web de l’agence.

La guerre froide a mis en évidence le besoin permanent d’une source unique de renseignements de base — et a ouvert la voie à ce qui est devenu en 1971 le « Factbook » non classifié. Il a été publié quatre ans plus tard.

En plus d’être utile aux étudiants, il exerçait une influence géopolitique. Le « Factbook » mettait en avant les capacités américaines de renseignement face à l’ancienne Union soviétique et à d’autres ennemis. Y figurer pouvait conférer une légitimité à un pays ou à un parti d’opposition. Il était ironique qu’une agence fondée sur la nécessité de connaître et de garder des secrets partage autant de données — appelées « renseignements de base » — avec le public.

Le « Factbook » a probablement aussi contribué à redorer l’image publique de la CIA et à ce qu’elle se démarque des autres agences de renseignement ternies par les enquêtes du Congrès. En 1975, le sénateur américain Frank Church, un démocrate de l’Idaho, a convoqué une commission qui a tenu plus de 100 audiences publiques, dont beaucoup ont été télévisées, dans le cadre du contrôle le plus important des agences de renseignement depuis la Seconde Guerre mondiale.

En 1976, la commission Church a fait état d’abus généralisés commis par la CIA, par l’agence fédérale responsable de la collecte des impôts et de l’application des lois fiscales, par l’Agence nationale de sécurité et par la police fédérale américaine (FBI), notamment la révélation des « Family Jewels » de la CIA. Il s’agissait d’un compte rendu interne des activités illégales de la CIA, telles que l’espionnage d’activistes américains et un complot d’assassinat contre Fidel Castro à Cuba.

C’est également en 1975 que ce qui allait devenir le « CIA World Factbook » a été publié, s’imposant comme un outil de recherche fiable souvent recommandé dans le cadre de projets scolaires. Il n’a jamais été confirmé que la mauvaise presse a inspiré la large publication du « Factbook », mais le fait de le faire à peu près à la même époque correspondait au besoin de la CIA de redorer son image.

En 1981, la CIA a rebaptisé la publication « The World Factbook », et en 1997, elle a fait son apparition en ligne. La CIA l’a décrite comme représentant « l’aboutissement extraordinaire des efforts de certains des esprits analytiques les plus brillants de notre pays ».

Le choc de sa disparition à l’ère Trump

La nouvelle de la fin du « Factbook » a choqué bien plus que les étudiants et chercheurs américains. Elle a été reprise par les médias à l’étranger. L’histoire s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, les utilisateurs de Reddit se renvoyant mutuellement vers des « Factbooks » archivés et s’empressant de mettre en place et d’identifier d’autres sources d’information impartiale.

Isabel Altamirano, professeure adjointe et bibliothécaire spécialisée en chimie à l’université d’Auburn, en Alabama, a déclaré que les informations étaient toujours disponibles, mais qu’« elles seraient plus difficiles à trouver ».

Les bibliothèques universitaires, par exemple, proposent des ressources similaires aux étudiants.

« C’était tellement facile, car tout était regroupé au même endroit », a-t-elle affirmé en entrevue, précisant que lorsqu’elle a vu la nouvelle, elle s’est empressée de supprimer le « Factbook » de la liste des ressources destinées à ses étudiants dans un cours de communication d’entreprise.

Selon un analyste, le « Factbook » n’a peut-être jamais été impartial, puisqu’il était compilé par une agence gouvernementale ayant des agendas secrets et des méthodes obscures.

« Les compilateurs ne sont pas neutres, et on ne peut pas s’attendre à ce qu’ils le soient », a déclaré Binoy Kampmark, professeur d’études mondiales, urbaines et sociales au Royal Melbourne Institute of Technology, en Australie. À son avis, pleurer sa disparition serait « déplacé ».

Il ajoute que le « Factbook » mériterait d’être conservé en tant que document historique. Sa dernière publication, datée du 4 février, est déjà obsolète, selon une version archivée. Par exemple, sous la rubrique « Iran », le chef du gouvernement du pays est toujours répertorié comme étant le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, tué le 1er mars lors de frappes américaines et israéliennes.

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