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L’industrie du cannabis est désormais l’exploitation agricole qui génère le plus de revenus dans la province, dépassant celles des produits laitiers et de la pomme de terre. Toutefois, la précarité et les préjugés qui persistent autour de ce secteur maintiennent plusieurs producteurs sous le seuil de rentabilité.
La province compte aujourd’hui 17 producteurs de cannabis, le plus important d'entre eux étant Organigram.
Jonatan Montpetit, directeur principal de la science des plantes chez Organigram, explique que, malgré un chiffre d’affaires record au dernier trimestre, l'entreprise n’est toujours pas rentable.
Le Canada, c’est rendu un marché qui est beaucoup plus mature, que les consommateurs, ils connaissent un peu plus ce qu’ils veulent. Et on voit que la croissance, elle va vraiment venir au niveau international, a-t-il expliqué au micro de l’émission Sens Large, mardi.
L’Australie et l’Allemagne figurent déjà parmi les pays acheteurs, et l’entreprise vise désormais le marché britannique.

Depuis la légalisation en octobre 2018, l’industrie du cannabis a ajouté 43 milliards $ au produit intérieur brut du Canada, et le Nouveau-Brunswick perçoit 13,5 millions $ en recettes provenant de l’accise. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sarah Déry
Cependant, l’internationalisation des ventes ne constitue pas une solution miracle, d’après lui. Le marché international demeure toujours timide face à l'industrie.
Vu le nombre de faillites [d'entreprises de cannabis] qu’il y a eu auparavant, ils restent un peu prudents pour ne pas trop s’avancer, soutient-il.
Des enjeux structurels, au détriment de la rentabilité
Au Canada, des défis structurels comme la taxe d’accise demeurent un obstacle majeur à la rentabilité, selon M. Montpetit.
C’est un défi assez sérieux, souligne-t-il, expliquant que la taxe avait été initialement conçue en fonction d’un prix de vente estimé à 10 $ le gramme.
Toutefois, le prix courant actuel a chuté pour s’établir à environ le tiers de ce montant.

Jonatan Montpetit, directeur principal de la science des plantes chez Organigram, explique que l'entreprise continue de miser sur l'innovation pour demeurer compétitive. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
En 2018, la taxe d’accise était soit de 10 % ou 1 $ — le plus haut des deux. Maintenant, on voit que le produit est rendu à 3 $ le gramme, ce qui fait en sorte que la taxe d’accise équivaut vraiment à 30 % en ce moment, explique M. Montpetit.
Les producteurs locaux plus chanceux?
Alex Lebreton est à la tête d’un bien plus petit producteur de cannabis au Nouveau-Brunswick; l'entreprise Enigma Farms, à Memramcook.
Mais, malgré la plus petite taille de son entreprise face à de gros joueurs, celle-ci se distingue, car elle est aujourd’hui rentable.
Y’a du monde qui pense que je suis fou, mais c’est une passion qu’on aime bien.
Selon le propriétaire, avoir une entreprise de cannabis se distingue sur bien des niveaux par rapport à d'autres types d'entreprises.

Alex Lebreton est l'un des propriétaires de l'entreprise Enigma Farms, à Memramcook. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Frédéric Cammarano
Même, juste ouvrir un compte bancaire avec toutes les licences de [Santé Canada] puis [Revenu Canada], c'est extrêmement difficile, explique-t-il.
Il ajoute que les banques américaines ne touchent même pas aux entreprises canadiennes, puisque le cannabis n'a pas été légalisé par le gouvernement des États-Unis.

Lorsque ce badge est apposé sur la porte d'un établissement néo-brunswickois, cela veut dire qu'il est certifié par Cannabis NB. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté : Cannabis NB
Enigma bénéficie du programme FarmGate de Cannabis NB, qui permet à l'entreprise de vendre ses propres produits sur place, à ses installations.
Le marché noir
Au Nouveau-Brunswick, près de la moitié des ventes de cannabis proviennent toujours du marché noir.
Selon la directrice des communications chez Cannabis NB, Marie-Andrée Bolduc, depuis la légalisation du cannabis en 2018, les habitudes des consommateurs sont en mutation.
La société d’État veut suivre ces tendances afin d’être en mesure de contrer la pression du marché noir.

Depuis 2021, Cannabis NB a accru l'accès des consommateurs à du cannabis légal. Mais l'achat légal reste toujours populaire dans les succursales. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Gilles Landry
On a des gens que ça fait très longtemps qu’ils consomment, qui sont un peu plus âgés, qui maintenant se redirigent vers un marché plus réglementé, régularisé, explique la directrice des communications.
Mme Bolduc souligne que des produits de commodité, comme les joints préroulés ou les comestibles, demeurent favoris.
Un plan stratégique en matière d’efforts pour contrer le marché noir du cannabis sera publié au début de l’année 2027.


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