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Sept Winnipégois sur dix soutiennent l’opération ciblée de dix jours, qui a été menée contre la consommation et le trafic de drogue à ciel ouvert, selon un sondage mené par Probe Research pour le compte de CBC/Radio-Canada. Malgré les répercussions sur leurs entreprises, les commerçants des quartiers concernés dénoncent des solutions de court terme. Des spécialistes estiment, eux aussi, que cette approche n’est pas efficace.
Méthodologie :
Le sondage de Probe Research/Abacus pour CBC/Radio-Canada a été mené en ligne entre le 4 et le 17 août 2026, et a duré, en moyenne, 15 minutes. L’échantillon représentatif de la population générale est composé de 687 adultes winnipégois. Puisque le sondage a été mené auprès d’un panel en ligne, on ne peut pas lui attribuer de marge d’erreur. À titre indicatif seulement, un échantillon probabiliste de cette taille aurait eu une marge d’erreur de 3,74 % points de pourcentage, 19 fois sur 20.
Chaque jour, Ryan Gobeil, le responsable des ventes et du service client de la boutique de jeux Eliminator RC, dans le quartier de Point Douglas, nettoie les abords de son commerce pour retirer les déchets abandonnés. Selon lui, une partie de ces détritus est abandonnée par des itinérants ou des personnes aux prises avec des problèmes de dépendance.
Ce n'est pas rare de voir quelqu'un sortir une pipe à méthamphétamine et se mettre à fumer de sous nos yeux. On trouve aussi des seringues par terre, raconte-t-il.

Le magasin Eliminator RC a ouvert en 2003 et se trouve à son emplacement actuel depuis 2010.
Photo : Gavin Axelrod/CBC
L’atelier de débosselage Point Douglas Auto Body, situé dans le même quartier, connaît les mêmes problèmes.
Il y a tout le temps des gens qui ont l’air de zombies qui marchent dans notre stationnement. Ils regardent à l’intérieur des voitures, rapporte Bruce Begal, un ami du propriétaire.
Des véhicules stationnés à l’extérieur de l’atelier font régulièrement l’objet de dégradations, ce qui engendre des coûts supplémentaires pour l’établissement, qui doit effectuer les réparations à ses frais. Si les portières ne sont pas verrouillées, les vols sont fréquents.

Le magasin Eliminator RC laisse ses portes verrouillées pour garantir la sécurité de ses clients.
Photo : Gavin Axelrod/CBC
Bruce Begal estime que tous les commerces du quartier font face à des frais imprévus causés par le vandalisme. Il y a toujours quelque chose à racheter, même si ça n'a l'air de rien. Par exemple, il faut acheter une nouvelle vitre pour la porte. Ensuite, il faut demander à quelqu’un de l'installer, et tout ça, c'est nous qui payons de notre poche, précise-t-il.
Selon lui, une autre entreprise du quartier a payé 5000 $ pour faire installer des clôtures.
Les répercussions se font également sentir sur la clientèle, qui n’ose pas toujours s’aventurer dans le quartier, selon les commerçants.
Les gens ne viennent pas ici juste pour faire un tour en voiture, entrer, flâner et jeter un œil, à moins d'avoir une raison de se rendre dans ce quartier, car ils ne veulent pas avoir à gérer tout ça. Ils ne veulent pas avoir affaire aux sans-abri, pense Ryan Gobeil.

«Je pense que les gens ont généralement l'impression que le centre-ville n'est pas sûr», affirme Mitch Rouire.
Photo : Gavin Axelrod/CBC
Au centre-ville, Mitch Rouire, le directeur général du restaurant-arcade Select Start, observe, lui aussi, une certaine inquiétude chez les clients. Ceux-ci posent souvent des questions sur la sécurité du quartier avant de réserver ou de se rendre sur les lieux.
Je pense qu'il y a des gens qui évitent carrément le centre-ville, ça ne fait aucun doute.
Selon le restaurateur, ces craintes ne seraient, toutefois, pas réellement fondées.
En général, on est vraiment en sécurité dans le centre-ville. Tant que vous restez attentif à ce qui se passe autour de vous et que vous prenez les précautions habituelles pour assurer votre sécurité, c'est un quartier plutôt sûr, croit-il.
Une amélioration de courte durée
Tous ont remarqué une amélioration temporaire des problèmes en lien avec la vente et la consommation de drogue dans l’espace public, suite aux opérations de répression menées par la police au cours des derniers mois.
C'est une bonne chose qu'ils comptent sévir là-dessus, parce que ça commençait à devenir un peu lassant de devoir les appeler sans arrêt à chaque fois que des gens se piquaient de la drogue sur le pas de notre porte ou fumaient juste devant notre magasin, reconnaît Ryan Gobeil, d'Eliminator RC.
On remarque vraiment la différence au bout de ces 10 jours. Il y avait nettement moins de gens qui traînaient dans le quartier.
Michael Weinrath, professeur émérite au département de justice criminelle de l’Université de Winnipeg, n'est pas surpris par les résultats du sondage mené par Probe Research pour le compte de CBC/Radio-Canada.
Bien que la criminalité ait globalement diminué, pas de manière significative, mais légèrement, ces deux dernières années, le vol à l’étalage, et plus particulièrement le vol à l’étalage avec violence, reste un problème et son taux reste très élevé, observe-t-il.

Tandeep Sidhu est professeur adjoint au département de sociologie et de criminologie à l’Université du Manitoba.
Photo : Gavin Axelrod/CBC
De son côté, Tandeep Sidhu, professeur adjoint au département de sociologie et de criminologie à l’Université du Manitoba, explique ces résultats par trois facteurs, soit les messages qui circulent sur les réseaux sociaux, les discours politiques, et la frustration face à l'inaction des pouvoirs publics.
C'est sans doute une conséquence de la frustration envers la mairie et de l'incapacité à résoudre efficacement ce problème. Et, en réalité, les personnes qui vivent dans la rue ou celles qui consomment de la drogue deviennent les boucs émissaires de cette colère, explique-t-il.
Tandeep Sidhu affirme que la répression policière apparaît souvent comme la solution la plus évidente, bien qu’elle soit simpliste, ce qui explique le soutien de la population.
Les gens ont tendance à avoir une pensée plus concrète et à se concentrer sur l’action, sur ce qui peut être fait aujourd’hui, ajoute Michael Weinrath.
Des solutions à long terme
Tous les commerçants interrogés font, toutefois, le même constat. Selon eux, une fois que la campagne électorale prendra fin, la situation redeviendra exactement à ce qu’elle était auparavant.
Si les commerçants interrogés n'étaient pas opposés à ce que la police pérennise sa présence accrue, ils pointent tous du doigt le manque de solution sur le long terme. Aucun d’entre eux ne croit que la répression puisse réellement régler les problèmes liés à l’itinérance et à la toxicomanie à Winnipeg.
Le problème majeur pour nous, c'est que, aussi efficaces que puissent être les mesures de répression, si elles ne s'accompagnent pas de services sociaux et d'accompagnement pour soutenir ces efforts, elles ne mènent en réalité à rien, constate Mitch Rouire.
Il faut que quelque chose se passe, qu'il s'agisse de programmes de proximité ou de trouver un logement aux gens.
Il s’agit d’un problème médical, et les difficultés que nous observons sont le résultat d’un sous-financement considérable du système de santé et d’une réponse de facto qui semble toujours faire appel à la police en tant que premier intervenant face aux problèmes de santé mentale et de toxicomanie, soutient Tandeep Sidhu.
Avec des informations de Gavin Axelrod


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