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Le premier ministre Mark Carney a assuré qu’un nouvel oléoduc sur la Côte Ouest rendra les Canadiens plus riches, quels qu’en soient ses coûts et ses impacts sur les émissions du pays, au moment de classer officiellement ce projet comme dans « l’intérêt national » du Canada jeudi.
« Les contribuables canadiens vont faire une tonne d’argent avec ce pipeline », a promis sans détour le premier ministre à partir d’une installation industrielle des sables bitumineux qui bordent la rivière Arthabaska, près de Fort McMurray en Alberta.
Le gouvernement fédéral a ressorti sa meilleure poésie pour nommer l’ouvrage « Pacific Link » (« Lien Pacifique »). Il laisse miroiter un bond de quelque 20 milliards dans le calcul du PIB canadien, et 100 milliards en revenus additionnels pour l’État jusqu’en 2060, notamment grâce à l’impôt des 140 000 travailleurs anticipés.
Grâce à sa désignation d’« intérêt national », voilà que tous les permis requis pour réaliser l’oléoduc sont réputés accordés, dans l’attente d’un document qui doit en préciser les conditions, attendu d’ici à septembre 2027.
Conformément à la Loi visant à bâtir le Canada (C-5), adoptée sous bâillon en juin 2025, les projets ainsi désignés peuvent bénéficier de passe-droits à différentes lois fédérales, comme des règles environnementales. Mark Carney a plusieurs fois annoncé que ce projet ferait partie de cette liste spéciale des grands projets.
Son gouvernement juge ainsi qu’un nouveau pipeline était dans « l’intérêt » du pays, notamment parce qu’il « générerait d’importants avantages économiques tangibles grâce à la construction de l’oléoduc, à la croissance connexe de la production en amont, à un meilleur accès aux marchés mondiaux et à la réduction des effets négatifs des écarts de prix [du baril de pétrole]. »
Facture encore inconnue
Personne ne sait combien il en coûtera pour le trésor public de réaliser cet oléoduc de 1250 kilomètres, puisqu’une évaluation des coûts doit être menée dans la prochaine année. Chose certaine, ce sont les gouvernements fédéral et albertain qui injecteront autour de 90 % des 4 milliards requis pour cette phase préliminaire, sans compter les coûts engendrés pour les possibles poursuites, ont précisé des fonctionnaires aux journalistes jeudi.
En plus du long tuyau, le projet préapprouvé inclut la construction de 11 stations de pompage, un terminal de chargement maritime en mer capable d’accueillir de grands navires, des travaux d’interconnexion au réseau, « et, potentiellement, la production d’électricité ».
Les grands investisseurs privés n’ont jusqu’ici exprimé aucun intérêt pour construire cette infrastructure, hormis une participation minoritaire de 10 % de l’entreprise Pembina Pipeline Corporation.
Le pipeline a le « potentiel de faire progresser les intérêts des peuples autochtones », prétend Ottawa, avec pour preuve l’option de conférer au moins 10 % de la propriété du projet aux Premiers peuples.
Le gouvernement assure avoir déjà bien consulté les Autochtones, même si le vrai processus doit se dérouler pour la suite. « Toutes les décisions ne sont pas encore prises », a évoqué Mark Carney.
La décision de faire couler davantage de pétrole dans le couloir qui héberge déjà le pipeline Trans Mountain, elle, est prise. On s’attend à compléter la construction à l’horizon de 2032-3033.
Une certitude
Le premier ministre Carney espère ériger ce pipeline, qui n’a jamais été promis en campagne électorale, comme un exemple aux yeux des investisseurs du monde entier que le Canada est capable de bâtir de tels projets. Le cadre réglementaire en place, largement adopté par le gouvernement précédent de Justin Trudeau, ne leur offrait pas suffisamment de « certitude ».
« Dans un monde plus volatil, dangereux et divisé, la vitesse, la certitude et la prévisibilité sont des avantages compétitifs », a scandé le chef libéral dans son discours. Il était jeudi aux côtés de la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, qui est en pleine campagne référendaire dans sa province. Les électeurs albertains devront décider le 19 octobre prochain s’ils souhaitent un autre référendum sur le départ de leur province de la fédération canadienne.
Le premier ministre a surtout insisté sur le besoin de diversifier les exportations pétrolières du Canada, captives des États-Unis. Le gouvernement Trump a toutefois déjà applaudi l’idée d’un nouvel oléoduc, par la voix de son ambassadeur à Ottawa.
Ce chantier devait aller de pair avec la construction d’un vaste complexe de stockage de carbone des sables bitumineux, selon une entente avec le gouvernement de l’Alberta. Aucun calendrier n’a encore été dévoilé pour cet autre projet. L’entente avec l’Alberta avait provoqué le départ du cabinet de l’ex-ministre de l’Environnement Steven Guilbeault.
Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique (NPD) ont joint leur voix aux groupes écologistes, tels que Greenpeace ou Équiterre, pour dénoncer la désignation « d’intérêt national » du projet Pacific Link, qu’ils jugent ni écologique ni économique.
Le chef conservateur a salué le projet, mais critiqué le gouvernement pour ne pas l’avoir lancé plus tôt. « Nous soutenons la construction d’un nouveau pipeline vers le Pacifique et félicitons la première ministre Smith d’avoir défendu ce projet », a lancé Pierre Poilievre sur ses réseaux sociaux.
Mardi, le premier ministre Carney était en Colombie-Britannique pour célébrer l’avancement d’encore un autre projet de ressources fossiles, cette fois la seconde phase du projet de LNG Canada. Il s’agit de doubler la capacité d’un gazoduc de 670 kilomètres menant au village de Kitimat, un projet également référé au Bureau des grands projets en septembre 2025.
Mark Carney a jusqu’ici esquivé les questions relatives au bilan d’émissions de gaz à effet de serre du pays. Le premier ministre a aussi annoncé qu’il renforcerait la protection des animaux marins de la côte Pacifique.


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