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La vigilance de la C.-B. a permis de détecter le « très rare » H5N1, dit Bonnie Henry

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La médecin-hygiéniste de la Colombie-Britannique, Dre Bonnie Henry, bien connue du public depuis la pandémie de COVID-19, a dû gérer la découverte du premier cas humain de grippe aviaire H5N1 acquis au Canada fin 2024.

Alors que des courriels révèlent les premiers jours de recherche de cas et de coordination, la Dre Bonnie Henry revient sur les outils de la Colombie-Britannique, qui ont permis, à ses yeux, de détecter ce « cas rare ».

Cette entrevue réalisée en anglais a été éditée par souci de clarté et de concision, NDLR.

En novembre 2024, quelles étaient les procédures en place pour réagir face à un cas de H5N1 chez un humain?

Nous étions à l'affût de cette situation. Le virus H5N1 provoquait des maladies chez les volailles, affectant particulièrement l'industrie avicole. Nous nous étions préparés à l'éventualité d'une transmission à l'homme, mais la notification d'un cas chez une jeune qui, à notre connaissance, ne vivait pas dans un élevage de volailles était plutôt inhabituelle.

Nous avions mis en place un processus permettant d'informer très rapidement les personnes concernées. Cela s'est produit assez tard un vendredi soir, lorsque les résultats du test atypique, ou non typable, sont arrivés.

Il s'agissait d'un test de grippe A. Le résultat était positif pour la grippe A, mais il ne s'agissait ni du H3 ni du H1, les souches responsables de la maladie chez l'humain. C'était donc un résultat inhabituel. Cela a déclenché une réaction, nous avons décidé de procéder à des tests supplémentaires et d'informer la population.

Micrographie du virus de la grippe aviaire H5N1.

Micrographie électronique à transmission colorisée de particules du virus de la grippe aviaire H5N1 (rose), cultivées dans des cellules épithéliales Madin-Darby Canine Kidney.

Photo : CDC et NIAID/Flickr

Comment fonctionnent nos tests?

La grippe est une maladie que nous surveillons de très près depuis toujours. En Colombie-Britannique, nous avions mis en place un processus permettant à notre laboratoire de santé publique d'effectuer des tests plus poussés, tandis que tous les autres laboratoires, communautaires et hospitaliers, pouvaient réaliser des tests rapides de dépistage de la grippe A.

Dans nos communautés, nous effectuons des tests multiplex.

Lorsqu'une personne se présente avec des symptômes pour lesquels on hésite entre la grippe et la COVID-19, un prélèvement nasal est effectué pour détecter cinq virus : la grippe A, la grippe B, la COVID-19, la parainfluenza et le VRS. Notre protocole prévoit que tout résultat positif à la grippe A, mais non typable (ni H3 ni H1), est automatiquement envoyé au laboratoire de santé publique du BCCDC.

Nous avons donc un système qui nous permet de détecter tout élément inhabituel, notamment en lien avec la grippe, et c'est ce qui a permis de le déceler cette fois-ci.

[En attendant la confirmation de Winnipeg], nous avions confiance dans les résultats de nos tests et dans la gravité des symptômes présentés par la jeune patiente. Cela a déclenché une réaction générale. Absolument.

Le taux de mortalité du H5N1 fluctue, mais peut atteindre 50 %. Qu'est-ce que cela vous inspire?

La situation varie selon les régions du monde. En Asie, notamment au Vietnam, en Malaisie, en Indonésie et dans d'autres régions de Chine, où des épidémies ont été observées, ce sont souvent les jeunes qui sont touchés. Or, nous savons que les enfants développent des formes plus graves de la maladie. Si l'on compile toutes les données, le taux de létalité atteint 50 % chez les enfants dans certaines régions d'Asie du Sud-Est où l'accès aux soins de pointe est limité.

Alors oui, nous nous attendons à voir davantage de cas graves chez les enfants et, bien sûr, nous faisons tout notre possible pour les soutenir. Chez les adultes, ce taux est bien inférieur.

Quels atouts avait la Colombie-Britannique?

Nous avons pu séquencer l'intégralité du génome de ce virus et déterminer sa parenté : était-il plus proche d'un virus observé chez les volailles ou de certains virus identifiés lors de la surveillance que nous avions menée sur des oiseaux sauvages?

Savoir qu'il était en réalité beaucoup plus proche de certains virus d'oiseaux sauvages que nous avions testés a été très utile pour moi, en tant que médecin de santé publique, au moment de prendre certaines décisions. Cela peut paraître anodin, mais, face à une maladie aussi grave, extrêmement mortelle pour les oiseaux et qui touche une personne jeune, l'inquiétude était grande.

Un technicien de laboratoire avec un masque.

Un technicien de laboratoire travaille à séquencer le génome du virus SRAS-CoV-2 afin de déterminer la présence d'un variant au laboratoire du Centre de contrôle des maladies de la C.-B., en 2021, à Vancouver.

Photo : Ben Nelms / CBC

L’adolescente a été renvoyée une première fois de l'hôpital chez elle. A-t-on changé l’évaluation de certains symptômes pour détecter le prochain cas plus rapidement?

C'est délicat. C'est un événement très rare. Nous en avons eu un.

Nous avons effectué de nombreux tests sur toutes les personnes ayant été en contact avec cette jeune personne et aucune autre n'était malade. Nous avons également réalisé des tests approfondis sur sa famille au fil du temps, notamment des tests sérologiques permettant de détecter la présence d'anticorps dans le sang.

Nous savons également que la plupart des adultes [aux États-Unis] qui ont contracté ce virus ont guéri et se portent plutôt bien. En revanche, les enfants présentaient des formes beaucoup plus graves de la maladie, et nous le constations à nouveau.

Le fait d'avoir détecté cet événement rare nous indique que notre système de surveillance des personnes atteintes de maladies respiratoires, en particulier celles dont l'état est suffisamment grave pour qu'elles consultent un médecin, fonctionne. Cela nous a permis de détecter cet événement très rare.

Le 12 novembre 2024, la médecin hygiéniste en chef Bonnie Henry faisait le point sur un cas présumé d'infection au H5.

Le 12 novembre 2024, la médecin hygiéniste en chef Bonnie Henry faisait le point sur un cas présumé d'infection au H5.

Photo : YouTube CPAC

Est-ce que ce cas a changé notre méthode de traçage des cas?

Pas vraiment.

Notre priorité est d'identifier les personnes les plus à risque. Il s'agit généralement des membres de la famille vivant avec la personne malade, des personnes ayant passé beaucoup de temps ensemble, donc des amis proches. Nous avons pu retrouver ces personnes. Si aucun cas de maladie n'est trouvé parmi les contacts étroits, le risque de trouver quelqu'un dans un cercle plus large est moindre.

Nous avons effectivement rencontré des difficultés pour contacter certaines personnes.

Par exemple, les professionnels de santé présents aux urgences lors de sa première admission, lors de la seconde, et à l'hôpital pour enfants où elle a été transférée. Nous avons finalement réussi à retrouver tout le monde.

À vous écouter, il semble que le système ait parfaitement fonctionné. Avez-vous rencontré des difficultés?

Oui, je pense que cela a très bien fonctionné. Plusieurs éléments nous ont été d'une grande aide : les protocoles de dépistage en place, le fait de disposer d'un laboratoire capable d'effectuer ces tests avancés, et notre bon système de communication.

Cette jeune personne était très malade et nous n'avons pas pu lui parler directement pendant plusieurs semaines. Je suis vraiment reconnaissante qu'elle ait reçu des soins aussi exceptionnels et qu'elle ait survécu.

Or, [cette expérience] nous a rappelé que ces choses prennent beaucoup de temps. Pour beaucoup de gens, c'est épuisant. Cela nous rappelle sans cesse à quel point nos effectifs sont limités, notamment en santé publique, mais aussi parmi nos collègues de la santé animale.

L'intérieur d'un stade avec un toit.

Le stade BC Place de Vancouver accueillera 7 matchs de la Coupe du monde de soccer de la FIFA 2026.

Photo : La Presse canadienne / DARRYL DYCK

Ce qui m'inquiète, c'est le soutien apporté aux laboratoires de santé publique lorsque certaines choses n’arrivent pas pendant un certain temps. Dans le contexte budgétaire actuel, nous sommes contraints de réduire certains programmes qui constituent notre filet de sécurité. Les tests que nous effectuions, ainsi que le séquençage génomique des oiseaux sauvages et de la volaille, ont été réduits en raison des coupes budgétaires.

Voilà ce qui me préoccupe. Aurons-nous la même réaction [la prochaine fois]?

De grands événements approchent, comme la Coupe du monde de la FIFA l'été prochain, et nous devons nous assurer de pouvoir détecter tout problème ou rassurer la population en cas d'épidémie.

Qu’allez-vous retenir de ce cas?

Ce qui m’a le plus marqué, c'est la soif de détails que les gens avaient à propos de cette jeune et la difficulté de la situation pour elle et sa famille. Mon travail consiste en partie à protéger sa vie privée, ce qui peut parfois s'avérer très difficile.

C'est un point crucial qui permet aux gens d'avoir confiance : la prochaine fois qu'un problème survient, ils pourront nous parler en toute confidentialité, sachant que leur dossier médical restera confidentiel et que nous pourrons continuer à faire notre travail, protéger la population et identifier les personnes à risque, en toute sécurité.

Le premier ministre John Horgan s'installe au lutrin et Bonnie Henry avance devant lui. Les deux portent un masque.

En août 2020, le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, disait que plus de ressources sont nécessaires pour faire le traçage des cas durant une pandémie. (Photo d'archives)

Photo : CBC/Mike McArthur

Ces dernières années ont été longues et nous n’avons plus envie de parler de la COVID-19. Nous voulons faire comme si elle n'avait jamais existé. Mais la réalité est que ces virus sont toujours là, partout où nous allons : nous nous déplaçons, nous interagissons avec les animaux et l'environnement, les oiseaux migrent, qu'on le veuille ou non.

Cette année, la situation a été moins grave, mais il y aura un autre virus. Cela va se reproduire.

En matière de santé publique, nous devons trouver un juste équilibre : ne pas en faire trop, tout en veillant à ce que les gens puissent vaquer à leurs occupations, voyager et faire ce qu’ils ont à faire, et en insistant sur l’importance de la prévention.

J’aimerais simplement rappeler à chacun l'importance de ces systèmes de surveillance, parfois insoupçonnés, qui nous aident à détecter ces maladies. Chaque année, nous pouvons tous faire des gestes simples, comme nous assurer d'être à jour dans nos vaccinations. Cela nous protège, protège nos enfants et notre communauté.

Et puis, il y a toutes ces mesures apprises pendant la pandémie : s'isoler en cas de maladie, se couvrir la bouche et le nez en toussant, se laver les mains régulièrement, vérifier la ventilation, surtout dans les lieux publics. Ce sont les meilleures mesures à prendre.

Ainsi, face à des événements exceptionnels, nous pourrons réagir efficacement.

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