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La Turquie a une épave de l’Âge du bronze coulée vers 1320 av. J.-C. : ses 10 tonnes de cuivre ne sont jamais arrivées chez ceux qui les attendaient

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Vers 1320 avant notre ère, un navire de commerce a coulé au large de la Turquie avec toute sa cargaison. À bord, environ 10 tonnes de cuivre et 1 tonne d’étain, de quoi lancer une belle production de bronze. Ce métal n’a jamais été livré, et l’identité de ceux qui l’attendaient reste une question ouverte.

À retenir

  • Le navire transportait environ 10 tonnes de cuivre et 1 tonne d’étain.
  • Les fouilles se sont étendues sur onze campagnes entre 1984 et 1994.
  • Le site se trouve entre 44 et 52 mètres de profondeur, sur une pente d’environ 45°.
  • La cargaison comprenait aussi du verre, de l’ambre, de l’ivoire et un scarabée au nom de Néfertiti.

Sommaire

  1. Un pêcheur d’éponges et des « biscuits de métal à oreilles »
  2. Une pente à 45° et 20 minutes par plongée
  3. Dix tonnes de cuivre, une tonne d’étain : la recette du bronze
  4. Une commande qui n’a jamais été livrée

Tout commence en 1982, près du cap d’Uluburun, au large de Kaş. Mehmet Çakır, plongeur local, y cherche des éponges et remarque des objets étranges. Il les dessine, et ses croquis montrent ce qu’il décrit comme des « biscuits de métal à oreilles », que son capitaine identifie comme des lingots de cuivre en forme de peau de bœuf.

Un simple dessin a déclenché onze campagnes de fouilles.

Conduit par l’Institute of Nautical Archaeology sous la direction de George Bass puis de Cemal Pulak, le chantier a occupé des archéologues américains et turcs lors de onze campagnes consécutives de trois à quatre mois, entre 1984 et 1994. Le compteur final affiche 22 413 plongées sur un seul site. Les équipes ont passé 6 613 heures sous l’eau, soit l’équivalent de plus de 9 mois sans interruption. Au bout du compte, environ 17 tonnes d’objets anciens ont été remontées.

Une pente à 45° et 20 minutes par plongée

Le gisement n’avait rien d’un site confortable. Les vestiges se trouvaient entre 44 et 52 mètres de profondeur, avec des éléments dispersés jusqu’à 61 mètres, sur une pente de près de 45° où le moindre glissement de matériel pouvait abîmer des artefacts. La cargaison s’était répandue sur environ 250 m², après la disparition de l’essentiel de la coque.

La profondeur a joué dans les deux sens. Elle a préservé l’épave du pillage, mais chaque plongeur ne pouvait faire que deux plongées de vingt minutes maximum par jour.

Chaque pièce remontée suivait ensuite un parcours précis. Elle était dessalée et inventoriée dans un laboratoire de surface installé dans une base temporaire à Kaş. L’équipe réunissait des archéologues, mais aussi des conservateurs, des illustrateurs et des spécialistes de métallurgie et de céramique. Sous l’eau, certains lingots abîmés ont même été consolidés sur place, avec un époxy durcissant en immersion et du plâtre.

Dix tonnes de cuivre, une tonne d’étain : la recette du bronze

Le cœur de la cargaison, ce sont plus de 10 tonnes de cuivre en lingots dits « oxhide », d’environ 24 kg chacun, au nombre de 354. Ils proviennent vraisemblablement des mines chypriotes. Ces lingots en peau de bœuf, avec leurs quatre « oreilles », se manipulaient et s’arrimaient plus facilement que des blocs informes.

Venait ensuite l’étain. Le navire transportait du cuivre et de l’étain dans le rapport habituel de 10 pour 1 pour produire du bronze. D’après l’article de Science Post, cette épave est la plus grosse réserve de métal du monde antique jamais retrouvée intacte.

Le reste du chargement ressemble à un inventaire du monde connu. On y a trouvé 175 lingots de verre en forme de disque, colorés au cobalt, au turquoise et à une teinte lavande unique, environ une tonne de résine de pistachier dans des jarres cananéennes, mais aussi des défenses d’éléphant brutes, des coquilles d’œuf d’autruche et des perles en faïence. Parmi les pièces de prestige figure un scarabée en or portant le nom de Néfertiti. L’ensemble relie au moins sept cultures méditerranéennes.

Une commande qui n’a jamais été livrée

Le navire mesurait environ 15 mètres et pouvait porter plus de 20 tonnes. Certains auteurs y voient une cargaison destinée à une commande royale, une hypothèse plutôt qu’un fait établi. Personne ne peut nommer avec certitude le port d’arrivée, ni le souverain ou l’atelier qui comptait sur ce métal.

Une chose est sûre : le bateau n’est jamais arrivé.

La date du naufrage repose sur des analyses poussées. L’INA la fixe à 1320 av. J.-C., avec une marge de 15 ans, et cite une étude de 2009 consacrée à l’âge absolu de l’épave. De son côté, la plupart de ces marchandises n’étaient connues que par des textes anciens ou des peintures de tombes égyptiennes avant cette découverte.

Aujourd’hui, les objets peuvent être vus au Musée d’archéologie sous-marine de Bodrum, et la même source précise que la conservation, l’échantillonnage et l’étude se poursuivent. L’épave appartient à la République de Turquie, et son étude est confiée à l’Institute of Nautical Archaeology.

Sources : nauticalarch.org | lesitedelhistoire.blogspot.com

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