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Après de nombreuses semaines d'attente, la période d'utilisation de la strychnine, un poison contre le spermophile de Richardson, est officiellement ouverte en Alberta et en Saskatchewan à compter de mercredi.
Bien que son usage par les agriculteurs dans ces deux provinces ait été autorisé par Ottawa depuis mars, la strychnine n’était pas disponible à la vente, à cause d’un problème de chaîne d’approvisionnement auquel Agromax, le seul fabricant agréé au Canada, était confronté.
La période d’application printanière de ce poison, qui était initialement prévue du 1er mars au 15 juin, a dû ainsi être retardée.
Le produit est enfin entre les mains des municipalités admissibles de l’Alberta et de la Saskatchewan.

La strychnine est administrée à l’entrée des galeries des spermophiles pour les appâter.
Photo : Radio-Canada / Amir Said/CBC
Qu’est-ce que la strychnine?
La strychnine est un rodenticide, soit un pesticide servant à repousser les rongeurs indésirables, à les appâter ou à les tuer, selon une définition de l’Office québécois de la langue française.
En avril dernier, lors d’une entrevue à l’émission La croisée, Guillaume Lhermie, professeur en santé des animaux d’élevage à l’Université de Calgary, avait précisé qu’il s’agissait d’un neurotoxique assez violent, surtout quand il est utilisé à forte dose. La strychnine entraîne alors des spasmes musculaires, puis la mort de l’animal qui l’a ingérée.
Elle est administrée à l’entrée des galeries des spermophiles, soit les passages qu’elles ont creusés sous la terre. Dans la plupart des cas, ces rongeurs meurent sous terre, seuls quelques-uns meurent en surface.
Leurs cadavres peuvent présenter un risque d’empoisonnement secondaire pour la faune sauvage, lorsque d’autres animaux, notamment des rapaces, s’en nourrissent, devenant ainsi des victimes collatérales.
Une offre limitée et des doutes
Dans de nombreux cas, la demande dépasse l’offre au point que, en Alberta, les comtés de Wheatland et de Flagstaff ont recours à des tirages au sort pour déterminer quels agriculteurs peuvent en acheter.
Toutefois, dans d’autres municipalités, on estime qu’il est trop tard pour recourir à la strychnine, car elle ne serait pas efficace en cette période de l’année.
Le district municipal de Wainwright, dans le centre-est de la province, a, par exemple, annoncé qu’il ne la mettrait pas à la disposition des fermiers cette année.
Shelby Oracheski, responsable agricole de Wainwright, évoque des raisons liées au stade avancé de la saison ainsi que la disponibilité extrêmement limitée du produit.
Le meilleur moment pour utiliser ce type de produits, c’est avant le débourrement printanier. Dès que d’autres sources de nourriture deviennent disponibles, l’appât perd beaucoup de son attrait.
De plus, la période d’application s’étendant de juillet à septembre correspond au moment où de nombreux spermophiles entrent en estivation, soit dans un état d'engourdissement provoqué par les journées chaudes d'été.
Shelby Oracheski a indiqué que 71 agriculteurs de Wainwright avaient suivi la formation requise pour pouvoir acheter et utiliser de la strychnine. Ils la conserveront sans doute jusqu’à l’année prochaine afin de l’utiliser aux périodes opportunes.
Des préoccupations environnementales
La strychnine était la solution de prédilection pour lutter contre les spermophiles dans les exploitations agricoles de l’Alberta et de la Saskatchewan avant que le gouvernement fédéral ne commence à en interdire progressivement l’utilisation en 2020.
Le poison a ensuite été purement et simplement interdit en 2024, en raison des risques environnementaux, notamment de risques risque pour les espèces menacées, comme le renard véloce et la chouette des terriers.
Ruiping Luo, spécialiste de la conservation à l'Alberta Wilderness Association, avertit que quand un animal ingère ce poisson, cela peut en affecter d’autres animaux, notamment les prédateurs, à travers la chaîne alimentaire.
Ruiping Luo indique, par ailleurs, que les décès accidentels de chiens constituent une conséquence majeure de l'utilisation de la strychnine.
Elle estime que la décision d’Ottawa d’en autoriser de nouveau l’usage, à la suite de pressions, avait été prise sans beaucoup de preuves scientifiques et tout en connaissant les risques qu'elle présente.
L'autorisation est en vigueur jusqu’en novembre 2027, mais seulement à des périodes précises de l’année, et avec des exigences strictes et des protocoles environnementaux.
Selon le gouvernement de l'Alberta, le pullulement de spermophiles dans la province représente chaque année un risque de plus de 800 millions de dollars pour les cultures de foin et les pâturages.

Les renards véloces et les chouettes des terriers, qui sont considérés comme des espèces menacées dans les Prairies canadiennes, peuvent être des victimes collatérales de la strychnine.
Photo : Santisouk Phommachakr
Existe-t-il des solutions autres que la strychnine?
À cette question, Guillaume Lhermie avait répondu par l’affirmative, citant notamment des anticoagulants et même l’existence de solutions de remplacement biologiques.
Il avait toutefois fait savoir que l’avantage de la strychnine est que ses effets sont immédiats. De plus, le fait qu’elle soit inodore fait qu’elle ne réveille pas de soupçon chez les spermophiles, qui se ruent facilement dessus pour l’ingérer.
Comme solutions de remplacement, le gouvernement de l’Alberta propose divers pesticides autorisés et la fumigation, ainsi que la promotion de la présence de prédateurs, comprenant la construction de nichoirs pour des rapaces tels que les éperviers et les faucons.
Une autre solution proposée aux agriculteurs consisterait à favoriser la croissance d’une végétation haute, car les spermophiles préfèrent les champs ouverts à un couvert végétal dense.
Avec des informations d'Amir Said


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