Géographe et penseur anarchiste, Elisée Reclus a voyagé en Sicile au printemps 1865. L’Etna est en éruption. L’île, en pleine mutation politique et sociale depuis son annexion au Royaume d’Italie, à la suite du débarquement de Garibaldi cinq ans plus tôt. Dans ce texte, paru pour la première fois dans la revue Le Tour du monde en 1866, le voyageur est aussi attentif, en bon précurseur de la géographie sociale, aux explosions du volcan qu’aux soubresauts de l’histoire.
«Qu’il serait facile d’être heureux à Palerme! s’écrie-t-on en voyant cette ville charmante.» Et pourtant «il en est bien peu [de cités] dans notre Europe qui semblent avoir plus de progrès à réaliser pour prendre part au grand mouvement de la civilisation contemporaine». Reclus s’étonne de voir à quel point les femmes sont peu visibles dans l’espace public. Il n’est pas tendre avec l’ignorante oisiveté dans laquelle se tiennent les rentiers, occupés à tuer le temps dans les cercles le long de la Via Toledo sans lire ne fût-ce qu’une ligne de journal. Il constate l’emprise de la «maffia (sic), dont les membres s’engagent solidairement à vivre de tromperies, de fraudes et de vols de toute espèce».


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