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La rivière Chaudière porte toujours les séquelles de la tragédie de Lac-Mégantic

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Un rapport du ministère de l’Environnement, publié lundi, conclut que des concentrations d’hydrocarbures issus de la tragédie de Lac-Mégantic sont toujours « préoccupantes » dans six zones de la rivière Chaudière. Plusieurs indicateurs montrent toutefois que la situation s’est généralement grandement améliorée dans les dernières années, ce qui réjouit l’organisme de bassin versant du secteur.

Le vice-président de l’Association chasse et pêche de Lac-Mégantic, Pierre Grenier, n’est pas surpris des conclusions du rapport du ministère de l’Environnement qui brosse un portrait de la santé environnementale de la rivière Chaudière, dix ans après la tragédie.

En 2013, un déraillement de train a causé le déversement d’environ 100 000 litres de pétrole brut dans la rivière. On savait depuis le début qu’on aurait des séquelles de cela, souligne Pierre Grenier, qui dit avoir été à même de constater les changements environnementaux et la baisse de la qualité de pêche.

Un homme debout en bordure d'une rivière.

Le vice-président de l’Association chasse et pêche de Lac-Mégantic, Pierre Grenier

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Le rapport du ministère, publié lundi, conclut qu’il y a toujours six zones où on observe des accumulations préoccupantes d’hydrocarbures dans les sédiments fins. Des concentrations supérieures à la valeur de référence d’effets aigus ont d’ailleurs été mesurées dans deux zones d’accumulation situées dans les quatre premiers kilomètres [de la rivière], peut-on lire.

Le ministère a aussi constaté qu’il y a un taux élevé d’érosion des nageoires des poissons. Les experts du ministère jugent que la cause pourrait être la contamination aux hydrocarbures combinée à d’autres changements environnementaux, telle la variation de débits [d’eau].

Des signaux positifs

Même si les séquelles de la tragédie sont toujours bien visibles dans la rivière, plusieurs indicateurs sont positifs.

Dans les secteurs rocheux de la rivière, les concentrations en hydrocarbures ont radicalement chuté. Les concentrations supérieures à la valeur de référence associée à des effets néfastes à long terme sur la vie aquatique sont passées de 52 % en 2013 à 8 % en 2023, écrivent les experts dans leur rapport. L’état des communautés de macroinvertébrés benthiques – des petits organismes vivants – s’est aussi amélioré, et le taux de malformation des poissons a diminué.

On est très satisfait de la résilience du milieu, souligne la directrice générale du Comité de bassin versant de la rivière Chaudière (COBARIC), Véronique Brochu. Pour nous, c'est quand même de bonnes nouvelles. On a été chanceux que, dans ce déversement, ça ait été des hydrocarbures légers.

On a de moins en moins de teneurs qui sont élevées [en hydrocarbures] également. Donc, pour le moment, c'est vraiment positif.

Mme Brochu croit qu’il faut continuer les efforts pour améliorer la qualité de l’eau de la rivière et empêcher que les sédiments contenant des hydrocarbures soient brassés par des activités humaines, ce qui pourrait relâcher les hydrocarbures.

Le ministère indique que la situation actuelle ne nécessite pas de restrictions sur la pêche sportive dans la rivière Chaudière.

Vue aérienne du plan d'eau.

L’eau du lac Mégantic se déverse dans la rivière Chaudière.

Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

Un déplacement des hydrocarbures jusqu’à Saint-Georges?

Une augmentation des concentrations d’hydrocarbures depuis 2016 dans le bassin du barrage Sartigan à Saint-Georges – à environ 80 kilomètres de Lac-Mégantic – a été observée.

Cela suggère un déplacement de la contamination vers l’aval et une accumulation de celle-ci dans le bassin, notent les experts dans leur rapport.

La mairesse de Saint-Georges, Manon Bougie, qui a été informée par Radio-Canada de ces observations, s'est dite surprise par ce constat. C’est à ce même endroit que la Ville puise son eau potable.

On est quand même à 85 kilomètres en aval d'où ça s'est passé. S’il y a eu un déplacement, peut-être que ça va se poursuivre, donc il faut garder un œil là-dessus. C'est important.

Elle assure que les tests de la Ville démontrent que la qualité de l’eau distribuée aux citoyens n’a pas été compromise. Je dis à la population de ne pas s’inquiéter. Il n’y a pas d’hydrocarbures dans l’eau. C’est sûr qu’on va suivre cela parce que, s’il y a une petite augmentation dans les sédiments, nous, on va demander des suivis.

Un appel à poursuivre les études

À Lac-Mégantic, la mairesse Julie Morin croit qu’un suivi est essentiel. Ça démontre qu'il est important que le ministère continue de suivre la situation parce qu’on voit que ce n’est pas à 100 % rétabli. C’est rare aussi qu'il y ait des études sur plusieurs années [après des désastres environnementaux]. Donc, si ça peut servir la science aussi, bien tant mieux, affirme-t-elle.

Julie Morin devant le centre-ville de Lac-Mégantic.

La mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

J'encourage le ministère à suivre la situation de près. Au-delà de ça, on veut s'assurer qu’un accident de train comme celui-là n’aura plus jamais lieu. Cela a des impacts non seulement humains et économiques, mais aussi environnementaux.

Un point de vue partagé par la directrice générale du COBARIC. Il faut prévoir des sommes pour 2033 afin d'avoir un autre sondage. Je pense que c'est important pour la population, souligne Véronique Brochu.

Du côté de l’Association chasse et pêche de Lac-Mégantic, on souhaiterait que le ministère aille plus loin et mette en place des projets pour aider la rivière à se rétablir plus rapidement. On aimerait essayer d’améliorer les frayères pour les poissons. On aimerait qu’ils commencent des travaux pour améliorer notre sort. Il ne se fait rien depuis 2013, souligne Pierre Grenier.

Certaines mesures ont toutefois été mises en place dans les dernières années, notamment pour améliorer la qualité de l’eau du lac Mégantic qui se déverse dans la rivière Chaudière. Un bassin de rétention a notamment été construit à Nantes pour ralentir l’entrée de sédiments dans le lac.

Un bassin de rétention et le lac Mégantic derrière.

Un bassin de rétention a été construit à Nantes.

Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

Un suivi du ministère

Le ministère de l’Environnement a décliné notre demande d’entrevue. Par courriel, Québec précise qu’un suivi sera effectué au barrage Sartigan en raison de la présence de la prise d’eau potable de Saint-Georges.

La zone d’accumulation de sédiments fins dans le bassin devrait être échantillonnée à moyen terme, précise-t-on.

En ce qui concerne les autres zones d’accumulation, aucun suivi à court terme n’est prévu, étant donné que leur rétablissement se poursuit.

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