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Selon le professeur titulaire à l’Université de Saint-Boniface Faïçal Zellama, la reconnaissance des diplômes est l’une des barrières majeures à l’épanouissement des nouveaux arrivants au Manitoba. Cette question a été mise en lumière lors du forum de la communauté accueillante francophone de la Rivière-Seine.
Quarante pour cent des immigrants sont déqualifiés ou sous-employés au Canada, estime Faïçal Zellama.
L’enseignante et doctorante Inès Kacem a fait les frais de cette réalité. Arrivée en 2022 au Manitoba par le programme de travailleurs qualifiés, elle déchante quand la province refuse de reconnaître ses diplômes, un baccalauréat en sciences physiques et une maîtrise en génie énergétique obtenus en Tunisie.
J’ai été admise au Canada sur la base de mes études et de mon expérience, explique-t-elle, soulignant le paradoxe de ne pas voir ses diplômes reconnus au niveau provincial.

Inès Kacem est maintenant enseignante dans la Division scolaire Prairie Rose.
Photo : Radio-Canada / Juliette Straet
Inès Kacem doit alors retourner sur les bancs de l’école. Après deux ans, elle obtient finalement le droit d’enseigner au Manitoba. Toutefois, ses 20 ans d’expérience en enseignement en Tunisie et en Asie ne seront jamais reconnus.
Maintenant, c’est comme si je venais de commencer ma carrière.
Et cela a des conséquences bien réelles pour cette mère célibataire. J’ai deux enfants, ça m’affecte au niveau financier, mais aussi au niveau de la santé, du moral, j’ai fait des dépressions, raconte-t-elle.
Avec ce qu’il s’est passé, je ne conseille plus aux gens de venir au Manitoba.
Inès Kacem n’est pas la seule à se heurter à ces démarches. C'est l'une des grandes barrières à laquelle fait face la majorité, pour ne pas dire la totalité des personnes immigrantes qui viennent s'établir au Manitoba, confirme Salwa Meddri, la gestionnaire du Réseau en immigration francophone du Manitoba (RIF).
Un gaspillage de ressources, dit Faïçal Zellama
Selon Faïçal Zellama, professeur titulaire à l’USB, les adultes qui sont résidents permanents ne devraient pas se retrouver sur les bancs de l'Université. Et pourtant, il en voit tous les jours.

Le professeur titulaire Faïçal Zellama explique les différentes barrières qui se dressent dans le parcours des immigrants qui arrivent au Manitoba.
Photo : Radio-Canada / Juliette Straet
Le processus de reconnaissance des diplômes étrangers ne mène pas à l’emploi, selon Faïçal Zellama. Il dénonce les préjugés de certains employeurs : dans les cas où les immigrants obtiennent cette reconnaissance, ils restent détenteurs d’un diplôme étranger aux yeux de l’employeur.
Les immigrants privilégient donc l’obtention d'un diplôme canadien, quand ils ont même le choix. Or, c’est un gaspillage de ressources et de l’argent du contribuable, selon Faïçal Zellama.
L’éducation, c’est l’argent du contribuable et la mission des universités est de développer les compétences des jeunes, pas des adultes. Leur place est sur le marché du travail, souligne-t-il.
Les ordres professionnels mis en cause
Il y a des défis énormes avec les ordres professionnels qui régissent la délivrance des certificats et des permis d'exercer, déplore Salwa Meddri, la gestionnaire du RIF.
Ces ordres s’occupent des professions réglementées, comme les architectes, les ingénieurs, les avocats, les médecins et les infirmières. Salwa Meddri assure être en discussion avec Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, des intervenants communautaires et des organismes pour améliorer ces processus de reconnaissance.
Nous avons essayé d'avoir des dialogues, mais, malheureusement, la posture reste la même, explique-t-elle, mentionnant notamment l’Ordre des infirmières et infirmiers autorisés du Manitoba.

Salwa Meddri note qu'un grand nombre d'immigrants sollicitent des ressources pour se reconvertir professionnellement.
Photo : Radio-Canada / Juliette Straet
Nous avons contacté le bureau de la ministre provinciale de l’Immigration vendredi après-midi, qui n’a pas été en mesure de nous répondre dans les délais impartis.
Les associations professionnelles et les ordres professionnels doivent trouver une formule simple d'adaptation professionnelle, ajoute Faïçal Zellama.
Inès Kacem souhaite aussi que les processus changent. J’aimerais que le ministère regarde nos cas de plus près, plutôt que de se référer uniquement à la loi, explique-t-elle.


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