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Des membres de la communauté afro-néo-écossaise dénoncent la persistance du profilage racial malgré l'interdiction des contrôles de routine depuis 2019. La police régionale d'Halifax et la Gendarmerie royale du Canada (GRC) de la Nouvelle-Écosse s'étaient pourtant engagées à lutter contre le racisme systémique.
Malgré plusieurs relances par courriel, la police régionale d’Halifax a refusé de communiquer les statistiques relatives aux interpellations de civils en fonction de l'ethnicité.
Elle a récemment affirmé que les données sur les contrôles de routine n'existent plus, étant donné que cette pratique policière est interdite depuis 2019 dans la province.
Même si les règles changent, la cicatrice demeure : la simple vue d'un uniforme suffirait à déclencher une vive anxiété chez de nombreux Afro-Néo-Écossais.
Après avoir passé 32 ans dans une prison fédérale, l’Afro-Néo-Écossais Renford Farrier dénonce le racisme systémique dans le système judiciaire à l’égard des personnes noires.
Quand vous êtes Noir et que la police vous arrête, vous n’avez pas de droits. Vous espérez juste que tout se passe bien, et vous priez Dieu de vous en sortir.
Il a été reconnu coupable de meurtre au deuxième degré en 1992, alors qu'il avait 20 ans.
Dès sa libération en 2023, il a rejoint la Société John Howard et est devenu coprésident de la East Coast Prison and Justice Society, deux organismes qui viennent en aide aux personnes aux prises avec la justice.
Je sentais que mon expérience vécue et concrète de la vie carcérale, pas seulement comme détenu, mais en y étant si longtemps, leur permettrait de comprendre comment le personnel se comporte avec nous, affirme l'homme de 54 ans.

Après avoir passé 32 ans en prison, Rendford Farrier a déclaré qu'il n'avait rien contre la police, mais qu'elle devrait changer ses méthodes d'intervention.
Photo : Gracieuseté : Rendford Farrier
Les données qui n'existent plus
La Nouvelle-Écosse a banni les contrôles de routine à la suite de la parution du rapport Wortley en 2019, révélant que les citoyens noirs de la région d'Halifax étaient six fois plus arrêtés par la police que leurs concitoyens blancs.
La même année, la police d'Halifax a présenté des excuses publiques. Un bilan des progrès réalisés à la suite des recommandations du criminologue Scot Wortley a été diffusé par les services de police d’Halifax en avril 2025.
Il évoque clairement la nécessité de partager les données des contrôles de police régulièrement avec le public.
En début d'année, un porte-parole de la police d'Halifax, le sergent Martin Cromwell, a expliqué qu'il est préférable de restreindre l'accès aux données historiques de contrôle de routine.
Cela permet de garantir que les décisions prises par la police au niveau des patrouilles ne sont pas influencées par les informations issues de contrôles routiers antérieurs, qui peuvent être subjectives, a-t-il déclaré.

Dennis Daley, chef de la GRC en Nouvelle-Écosse, présente le 7 septembre 2024 à North Preston des excuses pour les contrôles policiers de routine ayant ciblé disproportionnellement les Noirs. (Photo d'archives)
Photo : CBC / Jeorge Sadi
La GRC s'est excusée quatre ans après les révélations et s'est fixé comme objectif d'établir la confiance et des relations positives avec la communauté noire de la Nouvelle-Écosse.
Tout comme la police d'Halifax, la GRC assure n'avoir aucune données sur les arrestations de civils en fonction de leur ethnicité. Les statistiques dont elle dispose se limitent actuellement aux interactions liées aux affaires relevant du Code criminel et aux contrôles de bien-être.
Comme le projet pilote n'a pas encore été complètement mis en œuvre dans tous les systèmes ou pour tous les types d'interactions policières, on n'a pas de données à fournir pour l'instant, écrit la conseillère principale en communications de la GRC en Nouvelle-Écosse, Allison Gerrard.
Le poids des mots
La professeure de l'Université de Toronto au département d'études historiques et culturelles, Robyn Maynard, critique vivement ce qu'elle estime être un manque de transparence.
Cacher les nombres, c'est une manière de nier la réalité du racisme qui est permis dans notre société et particulièrement dans les communautés noires vis-à-vis de la police, insiste-t-elle. Ce n’est pas parce qu’on ne dit plus "contrôle de routine" que ça n’existe plus, ajoute Renford Farrier.
Pour la professeure adjointe en sciences politiques et études culturelles à l'Université Mount Saint Vincent à Halifax, El Jones, le changement de terminologie utilisé par la police est anecdotique.
Même là où il y a une interdiction formelle, les effets persistent. Pour les personnes noires, la différence entre contrôle de rue et contrôle routier importe peu : l’expérience de la surveillance demeure, assure-t-elle.
[Les policiers] faisaient des contrôles de rue à l’époque et ils en font toujours maintenant. Ils ne les appellent simplement plus ainsi. Maintenant, on appelle cela : "arrête-toi et on verra bien ce qui va se passer.
Romantisation du policier noir
Outre le bannissement des contrôles de routine, les autorités policières soulignent la représentativité de leurs effectifs, affirmant fièrement que la diversité y est plus marquée que dans l’ensemble de la Nouvelle-Écosse.
Selon Robyn Maynard, il faut arrêter de romantiser le recrutement de policiers noirs. Elle soutient que ce recrutement a parfois pour but de faciliter la surveillance des communautés noires et que des policiers noirs peuvent se montrer plus menaçants que leurs homologues blancs.

El Jones est d'avis que les policiers noirs subissent du racisme au sein des forces de l'ordre.
Photo : Gracieuseté : El Jones
Pour El Jones, le problème trouve des racines culturelles et idéologiques
Des agents noirs subissent eux-mêmes du racisme au sein du corps policier. Et certaines études montrent qu’ils peuvent exercer plus de violence pour prouver leur loyauté au corps policier, indique-t-elle.
Des communautés surveillées
Selon El Jones, des quartiers noirs comme North Preston sont parmi les plus surveillés d’Halifax.
On y installe des points de contrôle à l’entrée et à la sortie de la communauté, alors même que la communauté manque de services de base, comme des trottoirs, une épicerie ou un transport adéquat, s'indigne-t-elle.
Si vous contrôlez davantage les personnes noires, vous trouverez plus d’infractions, ce qui alimente ensuite les données justifiant encore plus de surveillance. C’est un cycle sans fin.
Les deux professeures se disent révoltées de voir les budgets policiers augmenter chaque année, tandis que les services sociaux sont réduits.
Pourtant, ce sont les bibliothèques, les centres communautaires, les logements abordables et les garderies qui préviennent réellement la violence, fait remarquer El Jones.


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