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La police de Saanich, sur l'île de Vancouver, a observé pendant plus d’un mois, sans intervenir, les faits et gestes du voyeur Yin Yeung Derek Chan alors qu’il enfreignait les conditions de sa liberté sous caution.
Selon des documents judiciaires, un procureur de la Couronne a affirmé que le voyeur était sous surveillance policière pendant qu’il traquait ses victimes dans des lieux fréquentés, comme une salle de sport Fitness World ou un magasin d’occasion Value Village, où Chan avait déjà filmé des centaines de femmes et de jeunes filles.
Le voyeur de 39 ans, qui a filmé au moins 652 femmes et jeunes filles dans la région de Victoria entre 2017 et 2023 — dans ce que les autorités qualifient de plus grande affaire de voyeurisme jamais signalée au Canada — a été condamné à quatre ans et demi de prison en mai dernier, après avoir été reconnu coupable de voyeurisme et de possession de pornographie juvénile.
Nouvel éclairage
Les arguments présentés au tribunal, auxquels CBC/Radio-Canada a eu accès, apportent un éclairage sur l’enquête menée par le service de police de Saanich.
Ces documents, ainsi que les déclarations des victimes et les entretiens menés avec elles, soulèvent des questions quant aux raisons pour lesquelles la police n’est pas intervenue plus tôt pour mettre fin aux agissements de Chan.
La police de Saanich n’a pas répondu aux questions aux fins de cet article, mais a indiqué dans une déclaration écrite que les décisions prises par le service s’inscrivaient dans une approche tenant compte des traumatismes subis par les victimes, afin d’éviter toute action susceptible de contribuer à une victimisation supplémentaire.
Des commerces non avertis
Les commerces que Chan a fréquentés alors qu’il enfreignait les conditions de sa liberté sous caution affirment n’avoir jamais été contactés par la police.

Selon le procureur Paul Cheeseman, Chan était bien connu au sein de la communauté du voyeurisme en ligne pour avoir publié des vidéos qui étaient téléchargées et republiées par d'autres utilisateurs. (Photo d'archives)
Photo : Fournie par Greater Victoria Crime Stoppers
Au domicile de Chan, la police a découvert des milliers d’images et plus de 100 heures de vidéos montrant des femmes et des enfants avant son arrestation, en avril 2024. Chan avait été libéré sous caution ce même mois, à condition de ne pas utiliser de téléphone portable en dehors de son domicile.
Malgré cette condition, la police de Saanich l'a observé en train utiliser plusieurs téléphones portables en public à au moins trois reprises au cours du mois qui a précédé sa nouvelle arrestation, le 30 janvier 2025.
La majorité des victimes de Chan avant sa première arrestation — plus de 400 femmes et enfants — ont été filmées à leur insu alors qu’elles se trouvaient chez Value Village, selon les déclarations faites au tribunal par le procureur de la Couronne Paul Cheeseman.
« C’est précisément là qu’il a commis ses infractions, dans ces salles de sport et chez Value Village. Les circonstances de cette violation étaient donc qu’il était à la recherche de nouvelles victimes », a déclaré Paul Cheeseman.

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C’est la plus grande affaire de voyeurisme jamais rapportée au Canada : 652 femmes et filles filmées à leur insu… et la police a observé certains des agissements du voyeur sans intervenir.
Photo : Radio-Canada
Plusieurs non-respects de ses conditions de liberté
Pendant des années avant son arrestation de 2024, Chan a trouvé le moyen de contourner les décisions de justice visant à empêcher de nouveaux actes de voyeurisme.
Le voyeur a notamment filmé en secret des femmes alors qu’il était en liberté sous caution à la suite d’une arrestation pour voyeurisme en 2019.
Chan a purgé 60 jours de prison pour cette infraction en 2022. Au cours de cette même année, Chan a tourné plus d’une vidéo tous les deux jours, enfreignant ainsi les conditions de sa liberté conditionnelle et manquant à son obligation de suivre une thérapie ordonnée par le tribunal.
Ashley Dryburgh, directrice générale du Centre d’aide aux victimes d’agressions sexuelles de Victoria, qui vient en aide aux victimes des crimes de Chan, estime que la police n’en a pas fait assez pour alerter et protéger la communauté contre les risques de récidive.
Je suis profondément déçue d’apprendre que l’auteur des faits était en liberté sous caution et que la police disposait apparemment de preuves indiquant qu’il continuait à commettre des crimes et à enfreindre les conditions de sa liberté sous caution, et qu’il a fallu un mois pour le réarrêter.
Le chef adjoint de la police de Saanich, Damian Kowalewich, affirme, dans une déclaration écrite, que le service partageait des informations avec le public dans la mesure du possible, tout en tentant de protéger la vie privée des victimes et d’éviter de leur causer un préjudice supplémentaire.
Tout au long de l’enquête, nos priorités ont été d’identifier les victimes, de soutenir les personnes touchées, de protéger leur vie privée, de faire rendre des comptes à l’auteur des faits et de prendre des mesures raisonnables pour réduire le risque de victimisation supplémentaire.
La police a le devoir de prévenir tout préjudice si elle estime que le public est en danger, estime Ron MacDonald, ancien directeur civil en chef du Bureau des enquêtes indépendantes de la Colombie-Britannique (IIO).
On pourrait certainement faire valoir qu’il aurait dû être arrêté dès qu’il a été aperçu à l’extérieur du domicile avec un téléphone portable, car il s’agissait là d’une violation manifeste de son ordonnance judiciaire, soutient M. MacDonald, qui ajoute que, sans les détails complets fournis par la police, il est difficile de savoir pourquoi celle-ci n’a pas pris cette mesure.
Avec des informations d'Emily Fagan (nouvelle fenêtre)


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