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La mort atroce de Nikolaï Oustinov, scientifique contaminé par un virus dans un laboratoire soviétique secret

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Juste avant la chute de l'URSS, Nikolaï Oustinov, un scientifique à la solde du gouvernement soviétique, a été infecté par un mystérieux virus. Il est décédé deux semaines plus tard. «C'était une mort atroce, a confié Kanatjan Alibekov, un de ses collègues, dans un documentaire publié en 1998. Il a agonisé. Il saignait de partout: du nez, des yeux, de la bouche, des oreilles.» Retour sur cette mort étrange, qui, près de quarante ans plus tard, suscite encore des interrogations.

Le docteur Nikolaï Ustinov travaillait à Koltsovo, en Sibérie, au Centre national de recherche en virologie et biotechnologie. Il y menait des recherches sur le virus mortel de Marburg, dont les symptômes ressemblent à ceux de la maladie d'Ebola. Son objectif n'était pas de trouver un remède, mais de mieux comprendre la maladie pour en faire une arme biologique, dans un contexte de guerre froide entre l'URSS et les États-Unis.

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Mais comment le scientifique a-t-il pu se faire contaminer par ce virus, qui se transmet habituellement lors d'un échange de fluides corporels avec une personne infectée ou en cas de contact avec une chauve-souris frugivore d'Égypte? L'origine de son infection remonte à un accident au cours d'une de ses expériences en laboratoire, en 1988, où il injectait le virus à des cochons d'Inde. Mais, près de quarante ans plus tard, deux théories subsistent encore autour de cet incident.

La première mentionne la présence d'un autre scientifique dans le laboratoire, chargé d'injecter le virus à l'aide d'une seringue pendant que Nikolaï Ustinov tenait le cochon d'Inde. La main de son collègue aurait glissé et accidentellement piqué le doigt de Nikolaï Ustinov. L'autre hypothèse soutient que le scientifique aurait commis cette erreur seul, en injectant accidentellement le produit dans son doigt au lieu de piquer le cobaye.

Le premier cobaye humain

Lorsqu'il comprend qu'il est infecté, le scientifique se sait condamné. Le virus étant contagieux, il est placé en quarantaine. Yevgenia, son épouse, ne pouvait le voir qu'à travers une vitre. Ils privilégiaient les contacts téléphoniques. Lorsqu'elle venait le voir à l'hôpital, son mari était «enveloppé dans des draps jusqu'au menton» pour dissimuler les ravages du virus sur son corps.

Nikolaï Ustinov est alors devenu, malgré lui, le premier cobaye humain de l'URSS. Son infection a permis aux chercheurs d'accroître leurs connaissances autour du virus. Pour les aider, le scientifique a consigné dans un carnet les changements qu'il ressentait, des premiers symptômes aux violentes douleurs. Ses collègues ont retrouvé le précieux cahier à côté de son lit de mort, maculé de sang.

Une arme biologique sous forme de poudre 

Après son décès, une équipe de médecins légistes a procédé à l'autopsie de son corps. Ils ont prélevé son sang, sa rate et son foie pour les examiner plus longuement. Ils ont alors découvert que le virus avait muté en un germe plus virulent dans son corps. Cette nouvelle souche a été baptisée «Variante U», pour rendre hommage au chercheur qui avait fait don de son corps à la science.

Les recherches autour de cette «Variante U» ont continué pendant plusieurs mois après la mort de Nikolaï Ustinov. Les scientifiques ont produit une poudre contenant le virus, qui, inhalée, aurait pu infecter les ennemis de l'URSS.

Cette arme biologique n'a finalement jamais été déployée. En 1992, le président russe Boris Eltsine a appelé à «l'arrêt des recherches sur les armes biologiques offensives, au démantèlement des chaînes technologiques expérimentales destinées à la production d'agents biologiques et à la fermeture des installations d'essais d'armes biologiques». Reste une interrogation: le gouvernement russe a t-il conservé cette poudre ou s'en est-il débarrassé? Selon Annie Jacobsen, autrice du livre Biological War, le poison serait toujours entreposé dans les laboratoires de Koltsovo.

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