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Malgré les promesses de transition énergétique, les engagements des États et les avertissements répétés des scientifiques, le constat de Jean Lemire est sans appel : la lutte mondiale contre les dérèglements du climat est un « échec », déplore-t-il en entrevue au Devoir. L’émissaire climatique du Québec cite comme exemple les bouleversements des pôles de la planète, qu’il a eu l’occasion de parcourir à bord du voilier Sedna IV, qu’il vient de vendre.
Le trois-mâts, qui s’est fait connaître du grand public lors des missions arctique et antarctique de M. Lemire et de son équipe, a quitté définitivement le Vieux-Port de Montréal la semaine dernière. Une occasion, pour le cinéaste aujourd’hui diplomate du climat et des enjeux nordiques, de revenir avec Le Devoir sur la décennie qui s’est écoulée depuis le dernier grand périple du voilier.
Il y a maintenant un peu plus de 10 ans, le cinéaste terminait le projet de série documentaire 1000 jours pour la planète, qui dressait un état des lieux de la biodiversité et des principales menaces environnementales, dont celle du réchauffement imputable à l’activité humaine. À la même époque, la communauté internationale signait l’Accord de Paris, portée par un élan d’ambition mondiale en faveur de la lutte contre le réchauffement.
Devenu Émissaire aux changements climatiques et aux enjeux nordiques du gouvernement du Québec en 2017, Jean Lemire espérait que cette entente sans précédent pourrait nous permettre de limiter les dérèglements du climat à un seuil viable. Il déplore aujourd’hui le fait que ce n’est pas le cas. « Il y a eu l’Accord de Paris et il y a eu plusieurs engagements qui ont été pris. Malgré ça, on se dirige quand même vers un réchauffement de plus 3 °C », prévient-il.
Une telle hausse moyenne des températures rendrait le monde « méconnaissable », selon les analyses du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Cela entraînerait un recul de la qualité et de l’espérance de vie, des conflits pour l’accès aux ressources essentielles à la vie, une hausse des inégalités, etc.
« Échec » face à la crise
M. Lemire ajoute que ce réchauffement est plus rapide dans les régions nordiques, notamment en Arctique et en Antarctique. « C’est le cœur de la machine climatique mondiale qui dérape », laisse-t-il tomber, en évoquant des écosystèmes qui ont été irrémédiablement bouleversés par la crise du climat. À la veille de la Journée mondiale des océans, qui est célébrée le lundi 8 juin, il cite comme exemple les impacts de la fonte des glaces dans les océans situés aux pôles, qui frappent de plein fouet la biodiversité.
Selon lui, il s’agit d’un échec évident. « Normalement, nous aurions dû réussir à faire de la lutte contre le réchauffement climatique la priorité de toutes les priorités. Mais on a échoué. Et là où moi j’ai échoué, c’est que je n’ai pas réussi à amener l’urgence d’agir, malgré toutes les missions qu’on a faites, malgré les livres, malgré les films, les conférences, etc. »
Résultat : « Nous sommes vraiment menacés. On me dit que je suis catastrophiste quand j’utilise ce langage-là. Mais ce que la science nous montre en ce moment, c’est qu’on est vraiment dans une situation catastrophique. »
Or, Jean Lemire constate dans son rôle diplomatique que l’urgence est rapidement mise de côté par certains dès que surviennent des crises économiques, comme celle de l’énergie à l’heure actuelle. « Les menaces économiques viennent tuer les engagements en environnement. Et ça, c’est extrêmement triste. Alors que l’environnement fait partie intégrante de l’économie. Aussitôt qu’on a un prétexte, on passe à autre chose. Quand je parle d’échec, c’est aussi ça. »
Le puissant « lobby » des énergies fossiles profite d’ailleurs de ce genre de contexte pour tout faire pour maintenir sa place dans nos vies au quotidien, souligne M. Lemire. Et même si ces énergies sont le principal moteur du réchauffement, les entreprises se réfugient derrière des promesses de « compensation » ou de « captage » du carbone qui n’ont jamais fait leurs preuves.
Le diplomate, qui constate à quel point ce discours est présent dans différents forums, y voit souvent une forme d’« écoblanchiment », qui ne fait que « retarder » les gestes concrets qui doivent nous conduire vers la carboneutralité d’ici 2050.
Tout en prenant soin de ne pas critiquer directement les gouvernements du Québec et du Canada, Jean Lemire estime qu’il est essentiel, plus que jamais, d’écouter les constats de la science et de les intégrer dans les décisions. Il y va aussi, selon lui, de l’avenir de nos économies.
Il estime d’ailleurs que le ministère de l’Environnement devrait être exclu des joutes partisanes. « Il faudrait que ce ministère comprenne des représentants de tous les partis et qu’il discute avec le scientifique en chef et des experts pour prendre des décisions fondées sur la science qui ne soient pas remises en question à chaque changement de gouvernement. »
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