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La France a un vaisseau royal englouti avec plus de 900 hommes en une matinée : le jour où l’on a remonté son premier canon, il avait passé trois siècles et demi au fond

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Un canon de bronze frappé aux armes royales, resté invisible depuis trois siècles et demi, a refait surface au large de Toulon début juillet 2026. L’objet appartenait à La Lune, vaisseau amiral de Louis XIV qui a sombré le 6 novembre 1664 en emportant avec lui plus de 900 hommes en quelques minutes à peine. Cette pièce d’artillerie, désormais posée sur le pont d’un navire d’exploration, referme un chapitre resté secret pendant des générations : celui d’un désastre militaire que le Roi-Soleil aurait préféré voir disparaître avec l’équipage.

À retenir

  • Un désastre militaire que Louis XIV aurait préféré voir disparaître à tout jamais
  • Comment près de mille personnes ont pu se retrouver entassées sur un navire de 43 mètres
  • La découverte accidentelle d’une épave quasi-intacte qui repose depuis 362 ans

Sommaire

  1. Un vaisseau construit pour la gloire, sacrifié pour la honte
  2. Une tempête, et neuf cents vies englouties en un instant
  3. Trois siècles d’oubli, puis une découverte presque accidentelle
  4. Juillet 2026 : sortir un canon de trois siècles et demi sous l’eau

Un vaisseau construit pour la gloire, sacrifié pour la honte

La Lune est un navire de la marine de guerre de Louis XIII lancé en 1641 à Indret. Loin d’être un simple transporteur de troupes, ce bâtiment a une carrière militaire respectable derrière lui : il participe à la bataille d’Orbetello le 14 juin 1646, à celle de Castellammare les 21 et 22 décembre 1647, et à celle du Pertuis d’Antioche le 8 août 1652. Un vétéran des mers, donc, quand survient l’épisode qui va le condamner.

Tout commence par une ambition démesurée. Louis XIV veut en finir avec les razzias des corsaires barbaresques qui harcèlent le commerce européen en Méditerranée. Il lance alors une expédition destinée à un projet fou : établir une place forte à Djidjelli, sur les côtes de l’actuelle Algérie. En juillet 1664, une flotte d’une vingtaine de vaisseaux quitte Toulon. Mauvais calcul. L’entreprise tourne rapidement au désastre face à la résistance des Berbères, soutenus par les Turcs. Pris à revers, les soldats français n’ont plus qu’une option : fuir par la mer, en urgence, sur les navires disponibles.

La Lune embarque alors dix compagnies du 1er Régiment de Picardie, soit près de 800 hommes qui viennent s’ajouter à l’équipage, le tout sur un navire d’à peine 43 mètres de long. Un chiffre qui donne le vertige : imaginez entasser près d’un millier de personnes sur une coque à peine plus longue qu’un immeuble de quinze étages couché sur le flanc. L’archéologue Michel L’Hour, qui codirige aujourd’hui les fouilles, résume la situation sans détour : « Le naufrage de La Lune est l’épilogue d’une expédition qui s’est transformée en catastrophe », raconte-t-il. « Les soldats reviennent épuisés, beaucoup sont malades, certains blessés. » Le bateau, déjà fatigué par des années de service, n’est clairement plus en état de porter une telle charge humaine.

Une tempête, et neuf cents vies englouties en un instant

Le retour vers Toulon se déroule sans encombre, ce qui rend la suite d’autant plus cruelle. À son retour à Toulon, le Commandeur de Verdille, capitaine de vaisseau, se voit refuser l’accès à la rade, les navires susceptibles d’apporter la peste étant mis en quarantaine par l’Intendant de la Marine. Direction les îles d’Hyères, donc, pour un navire déjà à bout de souffle. Les charpentiers royaux inspectent la coque qui prend l’eau de toutes parts et la déclarent pourtant… apte à naviguer. Une décision qui va coûter cher.

Appareillée le 6 novembre 1664, au petit matin, La Lune est la proie d’une violente tempête qui balaye les côtes provençales. Elle coule en un instant emportant avec elle plus de 900 personnes, marins et passagers, ainsi que tous leurs équipements. Les rares survivants racontent une scène glaçante : le navire s’est disloqué et a coulé « comme du marbre », en quelques secondes, sans laisser aucune chance à ceux qui étaient à bord. Sur les quelque 900 âmes présentes ce matin-là, une poignée à peine réchappe du naufrage. Louis XIV, soucieux de son image, aurait tout fait pour étouffer l’affaire : un désastre militaire suivi d’une tragédie humaine, ce n’est pas le genre d’histoire qu’un monarque absolu souhaite voir circuler dans les salons de Versailles.

Trois siècles d’oubli, puis une découverte presque accidentelle

L’épave aurait pu rester engloutie pour toujours. C’est le hasard d’un essai technique qui va la ramener à la lumière. Le 15 mai 1993, lors d’une plongée d’essai, Paul-Henri Nargeolet, à bord du sous-marin Nautile de l’Ifremer, découvre une épave par 90 mètres de fond, au large de la presqu’île de Giens. Un détail que peu de gens connaissent : ce même Nargeolet deviendra, des années plus tard, l’un des plus grands spécialistes mondiaux du Titanic, avant de disparaître tragiquement en 2023 lors de l’implosion du submersible Titan. Deux épaves légendaires, un seul homme pour les révéler au monde.

Quasi-intact, le vieux navire gît, enfoui, très légèrement incliné sur bâbord, à quelques milles des côtes. Depuis, le site est devenu une véritable capsule temporelle. Depuis 2012, au fil de plusieurs campagnes archéologiques, la richesse du mobilier archéologique conservé sur l’épave peu à peu se dévoile : céramiques décorées, vaisselle en verre, nombreuses pièces d’artillerie, dont des canons et plusieurs armes ainsi que la cloche du navire et une ancre. Les fouilles sont aujourd’hui codirigées par Olivia Hulot, du Drassm, et par Michel L’Hour, de l’Académie de marine.

Juillet 2026 : sortir un canon de trois siècles et demi sous l’eau

La dernière campagne, menée du 6 au 10 juillet 2026, a marqué une étape décisive. Cette fois, impossible de se contenter des robots sous-marins habituels. Olivia Hulot explique que la remontée de ces objets constituait l’un des objectifs principaux de cette semaine d’exploration : « Il aurait été impossible de les remonter simplement avec les ROV, ils n’ont pas la puissance ni l’amplitude pour d’aussi gros objets. Il fallait vraiment l’intervention de plongeurs experts, épaulés par nos moyens robotiques, pour réaliser un tel exploit. » Les plongeurs du CEPHISMER, l’unité d’élite de la Marine nationale spécialisée dans les interventions en grande profondeur, ont donc uni leurs compétences à celles des scientifiques du Drassm à bord des navires Achéron et Alfred Merlin.

Le résultat de cette semaine de travail conjoint : un imposant canon en bronze décoré des armes royales a été remonté à la surface, 362 ans après le naufrage. À ses côtés, une énorme jarre à eau presque intacte a également retrouvé l’air libre. Ces opérations s’inscrivent dans les célébrations du quatrième centenaire de la création de la Marine française par le cardinal de Richelieu, l’occasion pour les archéologues de rendre enfin justice à un pan d’histoire longtemps resté dans l’ombre des grandes batailles navales officielles.

Le canon repose désormais dans les ateliers de conservation, où débute un long travail de dessalement qui peut prendre plusieurs années avant qu’il ne soit exposé au public. D’autres campagnes sont déjà prévues sur le site, tant l’épave, encore largement enfouie sous les sédiments, semble loin d’avoir livré tous ses secrets sur la vie quotidienne des marins du Grand Siècle.

Sources : premar-mediterranee.gouv.fr | meretmarine.com

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