Sur les hauteurs de Sare, dans les Pyrénées-Atlantiques, des poteaux métalliques et deux tours de pierre bordent les sentiers. Ce sont les vestiges d’une chasse qui ne ressemble à aucune autre. Sare et Etchalar, côté navarrais, tendent leurs pantières, des filets dressés en travers d’un col, au moins depuis les XIVe ou XVe siècles, d’après Michel Leremboure dans une étude publiée par Eusko Ikaskuntza en 2003. Ce qui fait plonger les palombes dedans n’est ni un appât ni un fusil, mais un rabat orchestré depuis les crêtes.
Le mot clé est « rabat ».
À retenir
- Des filets barrent le col de Sare depuis le XIVe ou XVe siècle.
- Un rabat orchestré depuis les crêtes fait descendre les palombes vers les filets.
- Des palettes blanches et des chiffons imitent des prédateurs pour les pousser vers le sol.
- La Commission européenne a saisi la Cour de justice de l’UE contre la France en février 2025.
Sommaire
Des tours de pierre, des poteaux et une frontière au milieu des filets
Le circuit des palombières, proposé par l’office de tourisme des Pyrénées-Atlantiques, mène le randonneur devant ces installations. Les deux tours de pierre servaient de postes aux rabatteurs, les poteaux métalliques portaient les filets. Six filets obliques, dressés sur une dizaine de mètres de hauteur, barrent un petit espace du col de Sare, d’après un reportage de Sud Ouest.
Etchalar a une particularité. Ses pantières se trouvent sur le col de Jauzmendi, à 1 km au-dessus de celles de Sare, et les filetiers s’installent derrière la borne frontière n° 44. Mais toute l’organisation de la chasse d’Etchalar se déroule sur le territoire de Sare, dans le cadre d’une facerie, un accord transfrontalier entre deux municipalités. Un compte rendu de presse locale décrit le lancement d’une saison au col de Lizarrieta (440 m), avec signature de l’accord par les deux maires.
Ici, la chasse ne se pratique pas en solitaire. Selon Michel Leremboure, la Société de chasse à la palombe de Sare partage les prises entre les chasseurs en fin de journée. Le circuit de randonnée de l’office de tourisme indique une saison courant du 29 septembre au 11 novembre sur les palombières de Sare (ces dates viennent du guide, pas d’un texte réglementaire).
Une palette blanche, un chiffon, et l’ombre d’un épervier
Le rabat fonctionne en relais. Au col de Lepeder, aux Aldudes, un reportage de France Bleu décrit des chasseurs qui lancent des palettes blanches, puis d’autres qui agitent des chiffons blancs, les xatar, pour diriger les oiseaux vers le filet. Les palombes arrivent par le nord après avoir traversé des forêts où des chasseurs postés au fusil les effraient, ce qui les pousse vers le col.
Des gestes, des cris, du tissu blanc.
Reste à savoir pourquoi les oiseaux s’abaissent. Les descriptions de chasseurs et de guides parlent d’une illusion : du haut d’une tour de pierre ou d’un pylône, le dernier rabatteur lance une palette peinte en blanc, le karrotea, qui serait le reflet d’une attaque d’épervier. Les palombes piqueraient alors vers le sol, et certaines s’engouffreraient dans les filets en vol rasant. Le xatar, lui, reproduirait le son des ailes de l’épervier ou de l’autour, deux prédateurs de la palombe. La légende veut même qu’un berger lançant des pierres blanches sur un vol, dont les oiseaux se croyaient attaqués, ait donné l’idée des pantières à un moine de Roncevaux. Ces explications viennent de la tradition locale et de la presse, et je n’ai pas trouvé d’étude ornithologique pour les confirmer.
Cinq départements, une procédure européenne
Les filets sont autorisés dans cinq départements : le Gers, le Lot-et-Garonne, la Gironde, les Pyrénées-Atlantiques et les Landes. Un arrêté de 2007 autorisait dans les Pyrénées-Atlantiques la capture des colombidés aux filets horizontaux (pantes) et verticaux (pantières), pour les seuls dispositifs antérieurs à 1939, avec les moyens de rabat traditionnels que sont le xatar et les palettes. Ce texte a pu être remplacé depuis : la version en vigueur se vérifie sur Légifrance avant de le citer comme actuel.
Le 12 février 2025, la Commission européenne a annoncé saisir la Cour de justice de l’Union européenne contre la France au titre de la directive Oiseaux. Selon elle, les informations fournies par la France n’ont pas permis de conclure que les conditions de dérogation étaient remplies en termes de sélectivité et d’absence de solutions alternatives.
Aucun arrêt n’apparaît dans les sources consultées.
Du côté des chasseurs, la Fédération nationale conteste cette lecture. Elle avance que les effectifs nicheurs de palombes en France ont augmenté de 137 % (2024) et que la population européenne se situe entre 18,9 et 25,9 millions d’oiseaux. La Commission, elle, juge la méthode non sélective, un point qui oppose les deux camps sans que la Cour ait tranché.
Ce que le ciel du col laisse passer
Les cols pyrénéens ressemblent à des goulots d’étranglement pour les migrateurs. En 2020, les trois cols suivis par les observateurs (Lindus et Organbidexka) ont compté 159 684 pigeons ramiers et colombins en octobre et novembre, selon Noticias de Navarra. Le pic est tombé le 29 octobre, avec 49 301 oiseaux en une seule journée, à peu près la capacité du Parc des Princes. Le seul col d’Organbidexka en a vu passer 31 183 sur la période.
Ces comptages datent de 2020 et mesurent les oiseaux qui passent, pas ceux qui sont capturés : aucune des sources consultées ne publie de chiffre de prises pour Sare.
Sources : francebleu.fr | chasseurdefrance.com


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