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La France a guillotiné en public pour la dernière fois un matin de juin 1939 : ce qu’a fait la foule ce jour-là a tout arrêté

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Attention, cet article évoque des faits criminels et une exécution capitale susceptibles de heurter la sensibilité de certains lecteurs.

Il y a des matins d’été qui basculent dans l’Histoire sans prévenir. Celui-ci commence comme tant d’autres, dans une France encore marquée par les eaux troubles de l’entre-deux-guerres, quelques mois à peine avant que le monde ne s’embrase à nouveau. Personne, ou presque, ne se doute encore que ce qui va se produire devant les grilles d’une prison va provoquer un tel séisme moral que les autorités décideront, dans la foulée, de mettre fin à une pratique vieille de plusieurs siècles. Ce jour-là, la France s’apprête à guillotiner en public pour la toute dernière fois. Et ce n’est pas tant le geste du bourreau qui va choquer les esprits, mais bien le comportement de ceux venus y assister.

Un tueur en série qui fascine autant qu’il terrifie

Avant de devenir le symbole malgré lui de la fin des exécutions publiques, Eugène Weidmann était surtout connu sous un surnom qui en dit long sur le trouble qu’il inspirait : le tueur au regard de velours. Ce ressortissant allemand, au charme trompeur, va semer la terreur en France entre juillet et novembre 1937, une période où Paris vit au rythme de l’Exposition universelle et attire son lot de visiteurs fortunés venus du monde entier. C’est précisément ce contexte que Weidmann et ses complices exploitent, en repérant des personnes aisées, souvent étrangères, pour les enlever et exiger des rançons.

Parmi ses victimes figure Jean de Koven, une jeune danseuse américaine, étranglée en juillet 1937. Cinq autres personnes suivront, tuées entre septembre et novembre de la même année, chacune abattue d’une balle dans la nuque. La traque policière finit par mener les enquêteurs jusqu’à une maison isolée à La Voulzie, où l’horreur se révèle au grand jour : le corps de Jean de Koven est retrouvé enterré sous le perron, tandis qu’une autre victime, Frommer, gît dans la cave. La macabre découverte scelle le sort de Weidmann, dont le procès s’ouvre peu après et se conclut, le 27 mars 1939, par une condamnation à mort. Ni les appels, ni une éventuelle grâce présidentielle ne viendront changer ce verdict.

Versailles, un matin de juin 1939 : la foule se presse avant l’aube

L’exécution est fixée à Versailles, place Louis Barthou, devant l’entrée de la prison. Un lieu qui n’est pas choisi au hasard dans l’imaginaire collectif : dix-sept ans plus tôt, c’est au même endroit qu’avait été exécuté Landru, autre figure criminelle qui avait marqué les esprits. Le bourreau désigné pour cette tâche s’appelle Jules-Henri Desfourneaux, héritier d’une tradition qui s’apprête, sans le savoir encore, à vivre ses dernières heures.

Traditionnellement, ces exécutions se déroulaient au lever du soleil, dans une forme de discrétion relative, l’obscurité limitant naturellement l’affluence. Mais ce matin-là, un incident logistique change complètement la donne : suite à une erreur d’organisation, l’exécution a lieu bien après le lever du jour, en plein soleil. Résultat, une foule compacte, prévenue ou simplement curieuse, s’est massée sur place, et les forces de l’ordre peinent visiblement à contenir cette marée humaine venue assister au spectacle. Ce grand soleil inattendu offre paradoxalement aux photographes de presse des clichés d’une netteté remarquable, et permet même à une caméra de filmer la scène dans son intégralité, un fait rarissime pour l’époque.

La scène insoutenable qui pousse Albert Lebrun à trancher

Ce que la presse va décrire dans les jours suivants dépasse largement le simple récit d’une exécution. Le journal Ce Soir parle sans détour d’une atmosphère amorale sinon immorale régnant dans cette foule. Des badauds se bousculent, certains grimpent sur des véhicules ou des rebords pour mieux voir, d’autres tremperaient même des mouchoirs dans le sang selon des récits de l’époque, dans une croyance superstitieuse tenace. L’ambiance est plus proche de la fête foraine que du recueillement que l’on pourrait attendre face à une mise à mort.

Fait troublant, parmi cette foule se trouve un jeune touriste alors inconnu du grand public, mais qui deviendra plus tard une véritable légende du cinéma international : Christopher Lee. L’acteur, qui incarnera notamment le comte Dracula dans de nombreux films, gardera de cette scène un souvenir marquant, presque fondateur, tant l’atmosphère qui y régnait l’avait profondément troublé. Cette convergence entre un futur monstre de fiction et une véritable exécution bien réelle ajoute une dimension presque cinématographique à cet épisode, comme si l’Histoire elle-même préparait déjà le scénario d’un tournant.

Face à l’ampleur du scandale, relayé dans la presse nationale et même internationale, le gouvernement d’Édouard Daladier ne peut plus fermer les yeux. Les images de cette foule déchaînée, presque festive devant l’échafaud, deviennent rapidement insupportables pour l’image de la République. C’est dans ce climat que la décision est prise, au sommet de l’État, d’abolir purement et simplement les exécutions capitales en public.

La fin d’une époque : ce que la mort de Weidmann a changé pour toujours

Sans le vouloir, Eugène Weidmann entre ainsi dans l’Histoire pour une raison bien différente de ses crimes : il devient le dernier condamné à mort exécuté publiquement en France. Après cet épisode, les exécutions capitales continueront d’avoir lieu jusqu’à l’abolition de la peine de mort en 1981, mais elles se dérouleront désormais à l’abri des regards, dans l’enceinte des prisons, loin de toute foule et de tout spectacle populaire.

Cette bascule marque en réalité bien plus qu’un simple ajustement administratif. Elle traduit un changement profond dans le rapport de la société française à la mort donnée par la justice, et dans la manière dont l’État conçoit désormais son autorité : non plus comme un acte à exhiber pour dissuader, mais comme une décision à exécuter dans la sobriété, presque dans le silence. L’image de cette foule à Versailles, avide de sensations fortes, aura suffi à faire vaciller une tradition séculaire.

Ce basculement, aussi soudain qu’inattendu, rappelle à quel point l’Histoire tient parfois à un simple incident logistique et à la réaction collective qu’il provoque. En repensant à ce matin de juin 1939, on mesure combien le regard porté sur la justice et sur la mort a évolué en quelques décennies à peine. Reste une question qui continue de résonner : sommes-nous vraiment si différents, aujourd’hui, de cette foule fascinée par le spectacle du malheur d’autrui ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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