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La France a coulé 77 de ses propres navires dans la rade de Toulon le 27 novembre 1942 : quand les blindés allemands sont entrés, il ne restait presque rien à prendre

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Douze morts, vingt-six blessés, et une flotte entière qui s’enfonce dans la vase en moins d’une heure. Le 27 novembre 1942, à l’aube, la marine française détruit de ses propres mains ce qu’elle possède de plus précieux : ses navires de guerre. Quand les blindés de la Wehrmacht atteignent enfin les quais de Toulon, il ne reste que des coques éventrées, des incendies et une mer noircie par le fioul.

À retenir

  • Pourquoi l’Amirauté française a-t-elle ordonné l’auto-destruction de sa propre flotte ?
  • Comment cinq sous-marins ont réussi l’impossible : s’échapper du piège de Toulon sous le feu ennemi
  • Un débat qui divise encore les historiens : le sacrifice était-il vraiment inévitable ?

Sommaire

  1. Un piège qui se referme lentement depuis novembre
  2. La nuit où tout bascule
  3. 77 navires au fond de l’eau, un quart de siècle de puissance navale anéanti
  4. Les fugitifs de la rade : cinq sous-marins contre l’Histoire

Un piège qui se referme lentement depuis novembre

Tout commence seize jours plus tôt. Ce sabordage est ordonné par l’Amirauté du régime de Vichy, en réaction à l’invasion de la zone libre par l’armée allemande le 11 novembre 1942, et plus particulièrement à l’opération Lila visant à permettre au Troisième Reich de prendre le contrôle des navires stationnés dans la base navale de Toulon. Depuis l’armistice de 1940, la France de Vichy avait pourtant obtenu de conserver sa flotte de guerre, à condition de rester strictement neutre. Un compromis fragile, qui s’effondre dès que les Alliés débarquent en Afrique du Nord.

À Toulon mouillent alors 38 bâtiments de combat, soit le quart de la flotte française, ainsi que 135 navires neutralisés par l’armistice. Une force considérable, encerclée dans ce que les historiens appellent le « camp retranché » : isolée, sans grands moyens de manœuvre, mais bien vivante. L’amiral de Laborde en a le commandement, tandis que l’amiral Marquis dirige la préfecture maritime. Les Allemands, eux, négocient dans l’ombre depuis des mois un plan pour s’emparer de ces navires intacts et les rediriger vers la Tunisie.

La nuit où tout bascule

Dans la soirée du 26 novembre, l’étau se resserre brutalement. Laborde apprend que le fort Lamalque vient d’être investi par les chars allemands et que l’amiral Marquis est prisonnier. À 4h30 du matin, la situation devient irréversible : des unités militaires de blindés et d’infanterie allemandes envahissent le port. Ironie du sort, elles y entrent presque sans obstacle, car les autorités allemandes avaient obtenu le départ des formations de l’Armée le 14 novembre et de celles de l’Aéronavale le 21.

Mais Toulon n’est pas une avenue rectiligne. Les unités de la 7ème Panzerdivision ont bien du mal à repérer leur chemin dans le labyrinthe de l’arsenal, où elles ne parviennent que vers cinq heures et demie, et les appontements où se trouvent les navires de guerre français ne sont atteints que vers six heures. Ce retard, minuscule sur le papier, change tout. Laborde donne l’ordre fatidique : l’ordre de sabordage, selon des consignes arrêtées en décembre 1940 et de nombreuses fois répétées depuis lors. En quelques minutes, les navires de guerre explosent, brûlent, s’enfoncent, se couchent ou chavirent.

Le bilan humain reste étonnamment contenu au regard de l’ampleur du désastre matériel : douze tués et vingt-six blessés parmi les marins français. Un chiffre presque dérisoire face à l’ampleur de ce qui vient de disparaître sous les flots.

77 navires au fond de l’eau, un quart de siècle de puissance navale anéanti

Les décomptes varient légèrement selon les sources, signe que même les historiens peinent à fixer un chiffre définitif tant l’événement fut chaotique. La version la plus couramment retenue évoque 77 bâtiments détruits par les Français, tandis que les Allemands ne parviennent à capturer que 39 petits navires sans grande valeur militaire. D’autres relevés parlent de 85, voire 90 unités englouties, en comptant les navires auxiliaires et les petites embarcations. Ce qui ne fait aucun doute, en revanche, c’est la composition de cette hécatombe navale : 90 navires dont 3 cuirassés, 7 croiseurs, 16 contre-torpilleurs sont détruits par leurs équipages en quelques minutes.

Le tonnage global donne le vertige. Selon les archives de la Marine, la flotte visée par l’opération allemande représentait plus de 230 000 tonnes, l’équivalent de dizaines de porte-conteneurs modernes rassemblés dans une seule rade. Le résultat final ne laisse guère de place au doute : la flotte française stationnée dans le port militaire de Toulon est détruite à 90 %, seules quelques unités réussissant à appareiller et à échapper tant au sabordage qu’à la capture par les forces de l’Axe. Pour Berlin, qui rêvait de récupérer intacts des cuirassés et des croiseurs modernes, c’est un fiasco stratégique cuisant. L’Axe subit donc un échec relatif dans cette opération pourtant minutieusement préparée depuis des mois.

Les fugitifs de la rade : cinq sous-marins contre l’Histoire

Tous les équipages n’obéissent pas à l’ordre de sabordage. Au même moment, dans la confusion générale, cinq commandants de sous-marins prennent un pari fou : forcer le passage plutôt que couler leur navire. Les sous-marins Casabianca, Vénus, Marsouin, Iris et Le Glorieux parviennent à franchir les passes du port militaire, à la sortie de la rade, au prix des pires difficultés : champs de mines magnétiques, bombardements et tirs allemands, filet métallique fermant la passe. Une manœuvre suicidaire sur le papier, réussie en pleine nuit sous le feu ennemi.

Leurs destins divergent ensuite radicalement. Le Casabianca et le Marsouin ralliront Alger, le Glorieux ralliera Oran, l’Iris ira trouver refuge à Barcelone, tandis que la Vénus préférera se saborder en grande rade. Le Casabianca, sous le commandement du capitaine de corvette Jean L’Herminier, deviendra l’un des symboles les plus célèbres de cette nuit tragique : construit en 1931, ce sous-marin de 1 500 tonnes rejoindra les forces alliées et poursuivra le combat depuis l’Afrique du Nord. Un seul bâtiment de surface s’en tire également : le Leonor Fresnel, un petit baliseur, ralliera Alger après s’être échappé des Salins d’Hyères.

Reste une question que les historiens continuent de débattre, plus de huit décennies plus tard : fallait-il vraiment tout sacrifier, ou ces navires auraient-ils pu, comme le réclamait alors l’amiral Darlan, rallier directement les Alliés pour peser dans la bataille de Méditerranée ? Le vice-amiral Lacroix, lui, avait choisi de temporiser cette nuit-là, refusant d’exécuter l’ordre sans confirmation écrite. Un détail minuscule qui rappelle qu’au cœur du chaos, chaque officier a dû, en quelques minutes, trancher seul entre deux fidélités devenues inconciliables.

Sources : rdv-histoire.com | jaimeleshistoiresdelhistoire.eklablog.com

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