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La France a 10,4 millions de maisons posées sur un sol qui bouge : ce qui fissure leurs murs n’est ni le gel ni le temps

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Un mur qui se lézarde, une porte qui ne ferme plus, un carrelage qui se soulève légèrement près d’une fenêtre : ces petits désagréments touchent des millions de foyers français, et beaucoup de propriétaires les attribuent, à tort, à l’âge de leur habitation ou à un hiver rigoureux. La réalité est pourtant bien différente et beaucoup plus vaste : le sol lui-même, sous les fondations, respire au fil des saisons, se gonfle puis se rétracte, entraînant avec lui les murs qu’il est censé soutenir. Ce phénomène, longtemps méconnu du grand public, concerne aujourd’hui plus de dix millions de maisons individuelles sur le territoire, et son ampleur ne cesse de croître à mesure que les étés se réchauffent.

À retenir

  • Le phénomène de retrait-gonflement des argiles, causé par l'alternance humidité-sécheresse du sol, fissure les murs et non le gel ou l'usure
  • Le Sud-Ouest et le Bassin parisien sont les régions les plus exposées, notamment les maisons anciennes aux fondations peu profondes
  • Les réparations peuvent coûter plusieurs dizaines de milliers d'euros, pour un coût national annuel de plusieurs centaines de millions d'euros

Un sol qui gonfle l’hiver et se rétracte l’été

Tout se joue dans la composition du terrain. Certains sols, riches en argile, ont la particularité d’absorber l’eau comme une éponge lorsque les pluies sont abondantes, puis de la restituer progressivement lorsque la chaleur s’installe. Ce cycle, appelé retrait-gonflement des argiles, provoque des variations de volume parfois spectaculaires dans les couches superficielles du sol. En hiver, l’argile gorgée d’eau prend du volume et pousse légèrement les fondations vers le haut. En été, à l’inverse, l’assèchement du sol le fait se contracter, créant des vides sous les fondations et un affaissement localisé de la structure.

C’est ce mouvement de va-et-vient, invisible à l’œil nu mais bien réel, qui génère les fissures caractéristiques observées sur les façades : des lignes obliques, souvent situées aux angles des ouvertures, qui s’élargissent puis semblent parfois se refermer selon la saison. Contrairement à une idée reçue, ce n’est donc ni le gel, qui agit surtout en surface, ni la simple usure du temps, qui explique ces désordres, mais bien ce dialogue permanent entre l’eau, l’argile et le bâti.

Le Sud-Ouest et le Bassin parisien en première ligne

Toutes les régions ne sont pas égales face à ce risque. La carte du retrait-gonflement des argiles dessine des zones nettement plus exposées, où la nature géologique du sous-sol favorise ce phénomène. Le Sud-Ouest, avec ses sols argileux étendus autour de Toulouse et de sa périphérie, figure parmi les secteurs les plus touchés du pays. Le Bassin parisien, avec son urbanisation dense et ses terrains également riches en argile, concentre lui aussi un nombre considérable d’habitations vulnérables.

Dans ces territoires, les maisons individuelles construites sur des fondations peu profondes, souvent édifiées avant que la réglementation n’impose des études de sol préalables, sont particulièrement exposées. Un pavillon des années soixante-dix ou quatre-vingt, bâti sans étude géotechnique, peut ainsi présenter des désordres bien plus marqués qu’une construction récente, pourtant plus âgée en apparence. La proximité d’arbres de grande taille aggrave encore la situation, car leurs racines assèchent le sol sur plusieurs mètres et amplifient localement le phénomène de retrait.

Des fissures qui coûtent plus cher qu’un dégât des eaux

Il serait tentant de considérer ces fissures comme un simple désagrément esthétique, à corriger avec un peu d’enduit et de peinture. La réalité est bien plus préoccupante. Lorsque le mouvement du sol se poursuit sur plusieurs saisons, les fondations peuvent se déformer durablement, entraînant des désordres structurels qui nécessitent des travaux de reprise en sous-œuvre, parfois très coûteux. Les réparations peuvent alors dépasser largement le montant d’un sinistre classique lié à un dégât des eaux, atteignant plusieurs dizaines de milliers d’euros pour les cas les plus sévères.

À l’échelle nationale, ce phénomène représente une charge financière considérable pour les assurances et, indirectement, pour les propriétaires. On estime que le coût annuel lié aux sinistres de sécheresse-réhydratation des sols se chiffre à plusieurs centaines de millions d’euros, un montant qui tend à progresser avec la multiplication des étés chauds et secs. Les dossiers d’indemnisation, souvent complexes à instruire car les dégâts apparaissent progressivement, allongent également les délais de traitement pour les familles concernées, qui doivent parfois patienter de longs mois avant d’entamer les travaux nécessaires.

Sécheresse, argile et béton : ce qui nous attend

Alors que l’on referme tout juste un été marqué par des périodes de sécheresse prolongée dans plusieurs départements, la question du retrait-gonflement des argiles devient de plus en plus centrale dans les débats sur l’adaptation du bâti au changement climatique. Les épisodes de chaleur intense et les déficits de précipitations, de plus en plus fréquents, accentuent l’amplitude des cycles de contraction et de dilatation des sols argileux, exposant un nombre croissant d’habitations à ce risque, y compris dans des zones jusque-là considérées comme peu vulnérables.

Face à cette réalité, les nouvelles constructions intègrent désormais plus systématiquement des études géotechniques et des fondations adaptées à la nature du sol, notamment dans les zones classées à risque. Pour les bâtiments existants, des solutions existent également, comme l’installation de systèmes d’irrigation périphérique visant à maintenir un taux d’humidité stable autour des fondations, ou encore l’éloignement raisonné des arbres par rapport aux habitations. Ces mesures, encore trop peu répandues, pourraient pourtant limiter considérablement l’ampleur des sinistres à venir.

Derrière chaque fissure discrète qui apparaît sur une façade se cache donc une mécanique bien plus vaste, celle d’un sol vivant qui réagit aux caprices du climat. Comprendre ce phénomène, c’est aussi anticiper les années à venir, où la multiplication des étés secs pourrait transformer ce qui était autrefois une curiosité géologique en un véritable enjeu national pour l’habitat. Reste à savoir si les politiques de prévention sauront s’adapter aussi vite que le sol sous nos pieds.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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