NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
C'est une histoire incroyable que nous offre Vanessa de Senarclens dans La bibliothèque retrouvée, passionnante enquête retraçant le destin d'un trésor unique : la riche collection de 16 000 livres, manuscrits, cartes, médailles et portraits dont le rayonnement dépassa largement le château de Plathe (en Poméranie, à 200 km au nord-est de Berlin) qui l'a vue naître.
Lorsqu'elle recueille le meuble catalogue à tiroirs hérité de sa belle-famille, l'historienne est loin d'imaginer où ce geste de sauvegarde va la mener. Emporté dans la précipitation de la fuite, le 3 mars 1945, alors que l'Armée rouge était entrée en Poméranie, il constitue en effet le seul vestige d'une impressionnante bibliothèque privée dont le contenu allait être dispersé entre la Russie, la Pologne et l'Allemagne. Un patrimoine hors du commun qui comprenait, entre autres, un volume clandestin de Voltaire, un Aristote préfacé par Érasme et une collection des premières éditions de la Bible.
Un phare dans la nuit
Pour Ferdinand don Bismark-Osten, le beau-père de l'auteure, la perte du château de Plathe, parce que "conséquence inéluctable de la faillite allemande", constitue un deuil impossible. C'est Karl, le père de Ferdinand, qui avait agrandi le château en 1910 pour offrir à l'œuvre de sa vie un espace "fait de galeries organisées en niveaux reliées par de petits escaliers en bois sombre". Grâce à ses efforts, la réputation de la bibliothèque, dont il a poursuivi l'enrichissement (avec des textes des Lumières et sur l'histoire de la Poméranie) a dépassé les frontières de la province: "C'est un phare dans la nuit". Il pensait en avoir assuré la pérennité, espérant que les générations suivantes en prendraient soin.
"J'ai le sentiment que ces vestiges issus de la bibliothèque disparue ont quelque chose à nous dire et que leur histoire mérite d'être racontée. On ne peut vivre comme des vaches qui regardent passer les trains dans la myopie du présent. Le passé nous hante, qu'on le veuille ou non."
Cette bibliothèque avait été créée par un aïeul au milieu du XVIIIe siècle, à l'heure où la Prusse s'éveillait à la philosophie, à la poésie, aux beaux-arts. "Il se pourrait qu'à l'origine de la bibliothèque de Plathe, il y ait eu ce culte secret du livre comme d'un objet désirable mais interdit, la clé d'un monde à soi où respirer." Dans un second temps, elle deviendra aussi un centre pour le savoir régional. Vanessa de Senarclens en est convaincue : ce projet de bibliothèque est en partie lié à "l'idée de renouer avec un passé ravagé par la guerre et de combler ses lacunes", dans "la conscience de la fragilité des projets humains". Au XVIIe siècle, la province de Poméranie avait été mise à feu et à sang, et en danger de disparition au XVIIIe siècle.
Pillage politique
Son fondateur, Friedrich Whilhelm von der Osten, avait un profil de savant : c'est ce que permettent de conclure les nombreuses notes griffonnées qu'il a laissées dans ses livres, traces "d'un dialogue silencieux avec le texte et, aussi, un peu, avec soi-même". Lors de la Guerre de Sept Ans (1757-1763), la bibliothèque avait été une première fois mise en péril. Mais Friedrich Whilhelm était parvenu à la conserver intacte. Il a toujours bénéficié du soutien de Charlotte Henriette, son épouse, qui aimait quant à elle "la littérature française contemporaine, les romans à scandale dont les héroïnes sont des marquises futées qui attirent de beaux jeunes hommes dans leurs boudoirs comme sur les champs de bataille. Elles triomphent de leur naïveté, tout en leur parlant de vertu".
Un ex-soldat de l'Armée Rouge indemnisé à 100 %, après un accident du travail… en Belgique"Quand tout s'effondre, quand la faim, le froid et la peur dominent, qu'advient-il des livres ? Qui s'y intéresse ?" Entre béances de l'histoire, sources manquantes et découvertes improbables (grâce à la numérisation du catalogue et à la création d'un site dédié), l'obstination de Vanessa de Senarclens finit par payer : elle reconstitue le destin de la bibliothèque, dont 13 000 titres sont aujourd'hui conservés en Pologne. Mêlant histoire intime et trajectoire collective, son récit donne à ce patrimoine miraculeusement sauvé un éclat puissant. Il rappelle aussi que la pratique du pillage constituait pour Staline une "réparation de guerre", dont la visée était politique : "Les trophées devaient appauvrir l'Allemagne coupable, l'amputer de sa culture et de ses ressources intellectuelles". Le butin extrait à l'Allemagne est estimé à dix millions de livres.
→ Vanessa de Senarclens | La bibliothèque retrouvée | Zoé | 255 pp., 20 €, numérique 22 €
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.


5 month_ago
35


























.jpg)






French (CA)