Un immeuble de quatre étages, construit en 1967 à deux cents mètres du rivage, est devenu la propriété de la communauté de communes Médoc Atlantique, qui l’a racheté pour le raser. Entre 2014 et 2017, les suivis réalisés ont mesuré un recul moyen du pied de dune de 5,2 mètres par an à la Négade et de 4,9 mètres par an entre les Sables d’Argent et la plage des Naïades, à Soulac-sur-Mer, dans le Médoc girondin. La mer n’a pas grimpé jusqu’à ces façades : c’est le sable qui a disparu sous elles.
En janvier 2014, un arrêté municipal a imposé l’évacuation de l’immeuble, l’immeuble n’étant désormais qu’à une dizaine de mètres de la mer. Face au risque d’effondrement, ses 75 copropriétaires ont été contraints d’évacuer les lieux.
La démolition, elle, n’a débuté qu’au mois de février 2023, neuf ans plus tard.
Le rachat n’a rien eu d’un simple accord privé. En France, l’indemnisation du préjudice lié à l’expropriation de biens soumis au risque de l’érosion dunaire n’est pas possible, ce risque étant considéré comme « prévisible, certain, progressif et irrémédiable ». Une loi de finances rectificative a permis, en 2020, d’ouvrir aux copropriétaires du Signal un droit à indemnisation par l’État à hauteur de 70 % de la valeur vénale d’origine de leurs biens, pour une enveloppe de sept millions d’euros. La démolition, quant à elle, a coûté 300 000 euros à la communauté de communes.
À retenir
- Un immeuble de quatre étages à Soulac-sur-Mer a été racheté par la communauté de communes pour être démoli face à l’érosion côtière.
- Le recul du pied de dune atteint 5,2 mètres par an à la Négade et 4,9 mètres par an entre les Sables d’Argent et la plage des Naïades.
- 371 communes françaises sont classées pour adapter leur urbanisme aux risques d’érosion littorale, dont 31 en Aquitaine.
Sommaire
Le sable qui glisse, pas l’eau qui monte
Le recul du trait de côte n’est pas d’abord une histoire de niveau marin qui grimpe : c’est un problème de transport de sédiments. Ce recul résulte d’un bilan sédimentaire déficitaire : la mer emporte plus de sable ou de roche qu’elle n’en dépose. Sur une côte sableuse, la houle déplace en permanence le sable le long du rivage ; quand cet apport est coupé plus haut par un port, un épi ou un enrochement, la plage située en aval s’amincit. La dune ne recule pas en continu : elle s’effondre par paquets, essentiellement pendant les tempêtes d’hiver.
Au petit matin après un coup de vent, la dune présente parfois une paroi verticale fraîchement taillée. Le long du littoral girondin, il n’est pas rare de voir resurgir sur l’estran des blockhaus construits en retrait pendant la Seconde Guerre mondiale, aujourd’hui à portée des vagues.
Le parking le plus proche de la plage ferme, puis rouvre un peu plus loin.
Cartographier le recul pour ne plus construire dans son sillage
La loi Climat et résilience du 22 août 2021 a créé un régime juridique spécifique pour ces communes. Elle prévoit l’établissement par décret d’une liste des communes dont l’action en matière d’urbanisme et la politique d’aménagement doivent être adaptées aux phénomènes hydrosédimentaires entraînant l’érosion du littoral. Les communes listées doivent réaliser une cartographie d’évolution du trait de côte à court terme, entre 0 et 30 ans, et à long terme, entre 30 et 100 ans.
Cette cartographie sert de socle à des mesures concrètes sur les biens déjà construits, jusqu’à l’inconstructibilité de certaines parcelles. Les communes concernées disposent d’un droit de préemption pour l’achat de biens dans les zones particulièrement exposées. Dans ces secteurs, les vendeurs ont désormais l’obligation d’informer les futurs acquéreurs ou locataires du risque de recul du trait de côte. Pour un acheteur qui consulte le document d’urbanisme avant de signer, la valeur du bien s’en trouve immédiatement révisée à la baisse.
Le dispositif s’est élargi au fil des décrets. Au décret du 13 février 2026, 371 communes figurent sur cette liste, contre 126 lors du décret initial du 29 avril 2022.
Le Médoc, la Bretagne et la Normandie concentrent la majorité des communes classées.
Sur ces 371 communes, 31 se trouvent en Aquitaine, 41 en Bretagne et 16 en Normandie, le reste se répartissant entre l’arc méditerranéen et les outre-mer. Au niveau national, 20 % du trait de côte est aujourd’hui en recul, soit, selon une autre estimation officielle, 900 kilomètres de littoral français en recul. Pour la seule Nouvelle-Aquitaine, le GIP Littoral évalue à 5 800 logements et 600 activités économiques menacés, pour une valeur totale estimée à 2,4 milliards d’euros.
Des vitesses très inégales selon la nature du littoral
Sur la façade sableuse aquitaine, le recul moyen du trait de côte est compris entre 1 et 3 mètres par an, avec un maximum de 6 mètres par an. Les données les plus récentes affinent ce chiffre par département : 2,5 mètres par an en Gironde et 1,7 mètre par an dans les Landes.
Sur l’île d’Oléron, le BRGM évalue le recul moyen à environ 20 mètres par an à la pointe de Gatseau.
Sur les côtes rocheuses, le rythme est tout autre. Le taux d’évolution moyen y est aujourd’hui de 25 centimètres par an, mais les projections de recul sur les secteurs rocheux atteignent environ 10 mètres à l’horizon 2025 et 27 mètres à l’horizon 2050, en incluant un mouvement de terrain majeur.
À l’inverse, certaines dunes avancent au lieu de reculer.
C’est le cas de la dune du Pilat, où l’avancée dunaire est estimée en moyenne entre 1 et 2 mètres par an, et peut atteindre localement 3 à 4 mètres par an, voire plus. Un même littoral peut donc perdre du ter
Sources : observatoire-cote-aquitaine.fr | hauts-de-france.developpement-durable.gouv.fr | assemblee-nationale.fr


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