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À 101 ans, Thérèse Guillot est la doyenne de Poligny. Chez elle, dans la maison où elle a choisi de finir sa vie, les souvenirs d'un siècle défilent avec une étonnante vivacité.
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Par Augustin Thiefaine Publié le 19 sept. 2026 à 10h16
La première chose que Thérèse Guillot demande lorsqu’on arrive chez elle, c’est de parler fort. À 101 ans, la doyenne de Poligny n’entend plus très bien. Aveugle depuis quelque temps, elle est aussi plus fatiguée et ne peut désormais plus se déplacer seule. Allongée dans son lit, elle reçoit pourtant toujours chez elle, dans cette maison où elle a choisi de finir sa vie. À ses côtés, Anne Broeckaert, sa principale aidante parmi ses proches. Son père était le cousin germain de Thérèse. Thérèse n’a pas eu d’enfants et, avec les années, son cercle familial s’est considérablement réduit. Anne est aujourd’hui l’une des rares proches encore présentes auprès d’elle. Elle l’accompagne au quotidien, aux côtés des professionnels qui interviennent à domicile. Il faut donc parler fort, parfois répéter. Mais la conversation s’installe et les souvenirs reviennent avec précision. Un nom, une rue, un voyage, une époque : Thérèse raconte.
Elle est née à Poligny le 13 septembre 1925, rue de l’Hôpital, chez ses grands-parents maternels, les Grelet, des vignerons originaires du quartier historique de Charcigny. Petite fille, Thérèse paraît fragile. Elle est menue, mange peu et son entourage la croit volontiers vulnérable. Elle traversera pourtant les décennies. Son père, Albert Guillot, dessinateur de projets à la SNCF, emmène ensuite la famille à Lons-le-Saunier, puis à Grenoble et enfin à Lyon.
Une vie choisie
Après ses études, Thérèse réussit le concours qui lui permet de devenir professeure de mathématiques. Elle suit une formation à Toulouse, puis enseigne dans plusieurs collèges lyonnais. Elle ne s’est jamais mariée. Elle l’évoque sans regret. « Je n’ai pas cherché », dit-elle simplement. Elle a longtemps vécu avec sa mère, devenue veuve, tout en travaillant et en conservant une indépendance à laquelle elle reste attachée.
Dans les années 1970, elle fait construire à Poligny une maison où elle pense vivre après sa retraite, en 1985. Mais ce n’est qu’en 2008 qu’elle quitte définitivement Lyon pour revenir dans le Jura.
La guerre et les jours heureux
Parmi les souvenirs qui ont résisté au temps, ceux de la Seconde Guerre mondiale occupent une place particulière. Enfant à Lyon, Thérèse connaît les alertes, les descentes à la cave, parfois en pleine nuit, et les bombardements. Elle se souvient aussi des jours heureux. Du Martinet, cette propriété polinoise où elle retrouvait ses cousins. Des randonnées en Suisse avec le Club Alpin de Lyon et des voyages entrepris plus tard au volant de sa voiture : Paris, Strasbourg, la Belgique, Bruxelles, Gand, Bruges, Ostende. La mer du Nord l’a moins séduite. Trop grise, trop froide. Thérèse préfère la Méditerranée, « chaude et bleue ».
Ce qui compte encore
Les 101 ans de Thérèse ne sont pas une trajectoire linéaire ou miraculeusement préservée. Elle a aussi traversé la maladie, notamment un cancer du sein. Aujourd’hui, ce qui rythme ses journées, ce sont les visites, les conversations et la présence de ceux qui viennent la voir. Lorsqu’on lui demande ce qu’on attend encore à 101 ans, elle répond d’abord : « On n’attend plus rien. » Elle précise : « En fait, aujourd’hui, c’est ma foi. » Et surtout, il y a les autres : « On attend que les gens viennent et vous fassent une causette. »
Et le lendemain ? Elle y pense, forcément, mais préfère ne pas trop s’y attarder. « On y pense. Mais on n’aime pas trop y penser. Autrement, on vivrait plus. » Croyante depuis toujours, Thérèse garde sous son oreiller un chapelet offert par l’évêque. Face à ce qui vient, elle conserve pourtant une part d’inconnu : « Je suis croyante mais enfin malgré tout, on sait jamais comment ça va se passer. » Et lorsqu’on lui parle de ses 101 ans, il n’y a ni fierté particulière ni recette miracle. Plutôt de l’étonnement. Après tout ce temps, Thérèse Guillot se demande encore comment elle a bien pu arriver jusque-là. Celle qui compte encore le temps qui passe et qui disait, il y a encore peu : « J’ai 100 ans, 2 mois et 5 jours », n’a pas vu le temps passer.
Nina Level (CLP)
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