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Une COP s'est tenue en Mongolie ces jours-ci. Presque dans l'indifférence générale.
Land is humanity’s most vital infrastructure — underpinning food security, water, livelihoods and stability. When land fails, insecurity rises.
As world leaders gather to accelerate action on desertification, land degradation and drought at #COP17Mongolia, get all the latest… pic.twitter.com/OcFh4xQIQh
Pendant plus de 10 jours, la COP17 sur la lutte contre la désertification a rassemblé les représentants du monde avec un objectif : « Restaurer les terres, restaurer l'espoir »
Le saviez-vous ?
On connaît bien désormais les COP qui se tiennent au mois de novembre chaque année avec le climat pour thème central. On connaît moins les autres. Parce que non, le terme COP ne désigne pas exclusivement des rencontres au sommet au cours desquels il est question d’émissions de gaz à effet de serre. C’est en réalité un terme générique, l’abréviation de « Conférence des Parties », qui désigne une réunion internationale rassemblant les pays signataires d’une convention de l’Organisation des Nations unies pour fixer des objectifs mondiaux. Il existe ainsi une COP sur le climat, mais aussi une COP sur la biodiversité et une autre COP sur la désertification.
« Depuis la France, la désertification, on a l'impression que ça ne nous concerne pas vraiment. Mais attendez de voir ! » commente pour nous Marc-André Selosse. Et si vous avez suivi les premiers épisodes de cette série Terres sous tension, vous avez déjà une idée de ce qui motive cet avertissement de celui qui est biologiste au Museum national d'histoire naturelle (MNHN) de Paris.
Désertification : et si cela nous concernait déjà, en France ?
Autour de Carcassonne, les viticulteurs assistent, impuissants, au dessèchement de leurs vignes. La désertification remonte. Et des tensions commencent à apparaître autour de la ressource en eau. « Je ne le cautionne pas, mais la Coordination rurale qui appelle à désobéir aux arrêtés préfectoraux, ça montre qu'il y a vraiment un problème. Pour les agriculteurs, c'est une année de travail qui est en train de sécher. Et avec les sols, c'est la société tout entière qui se craquelle. »
Communiqué ???? | La loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricole a été promulguée le 18 août 2026 par le Président de la République, après sa validation par le Conseil constitutionnel, et publiée au Journal officiel le 19 août 2026 ⤵️ https://t.co/Klsvm7qzhF
— Ministère Agriculture et Souveraineté alimentaire (@Agri_Gouv) August 19, 2026Loi d’urgence agricole, forêts sacrifiées, IA : la science mise de côté
Le Gouvernement a semblé se saisir de la question. Il a planché plusieurs mois sur une loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Elle a définitivement été adoptée en juillet dernier. En matière de gestion de l'eau, voici ce qu'elle fixe : doubler les volumes de stockage d'ici 2035. « Ce n'est pas le problème. Des bassines, dans certains endroits, il en faut. Mais ce qu'il faut surtout, c'est régénérer nos sols et adapter les cultures à la chaleur. Plus largement c'est comprendre que la science n'est pas là pour faire beau ou pour faire plaisir. Elle est là pour éclairer nos choix, sans prendre parti. Cette loi, c'est une peu comme la preuve que ce n'est pas d'actualité aujourd'hui en France », regrette Marc-André Selosse.
En Europe non plus. Alors que le vrai problème n'est pas seulement celui de la sécheresse, mais bien celui du changement climatique, les crédits carbone ont été assouplis pour « rendre notre économie plus compétitive ». L'interdiction de vendre un bois issu de forêts non durables, un bois qui détruit les puits de carbone, a été reportée.
« Aux États-Unis, on envisage de rouvrir des centrales à charbon pour alimenter l'intelligence artificielle. Pour quoi ? Pour que les gens puissent demander à ChatGPT de créer une vidéo de Donald Trump en jupette rose ? Ça n'a aucun sens », s'emporte le biologiste.
Le compte à rebours est lancé
« Nous sommes très clairement en train d'aller au-delà du point où nous avons des solutions et c'est ça qui m'inquiète. »
Pourtant, « les scientifiques font leur boulot. » Avec Inrae, nous disposons, en France, de l'un des plus prestigieux instituts de recherche sur l'agriculture au monde. Les chercheurs expérimentent sur des fermes, « ils mouillent leurs chemises » pour montrer, par exemple, comment diminuer de 20 % l'usage des pesticides sans perdre en production. Mais les politiques ne suivent pas.
On croyait ces engrais indispensables : la France pourrait s’en passer pendant des décennies
Les engrais phosphatés sont-ils encore indispensables à notre agriculture ? La question devient cruciale. Massivement utilisés depuis le XXe siècle pour accroître la production, ils sont aujourd’hui pointés du doigt pour leur contribution à la pollution au cadmium. Des recherches récentes suggèrent pourtant qu’en France, les sols pourraient contenir suffisamment de phosphore pour s’en passer pendant plusieurs décennies. Qu'en sera-t-il ensuite ?... Lire la suite
« Il y a 6 mois, je vous aurais dit que l'agriculture est une solution et que des agriculteurs entreprennent des choses intéressantes. Mais le changement climatique est en train d'aller à une vitesse qui fait que même cet outil-là commence à faire figure d'outil de pacotille. Le seul espoir que je vois, c'est dans les scientifiques qui font le travail que je fais, dans les journalistes qui font le travail que vous faites et dans les citoyens qui pourraient les écouter. Mon seul espoir c'est que tout change parce qu'on recommence à discuter et à regarder les vrais problèmes et leurs solutions, issues de la science, dans les yeux. »
Consommer, voter, enseigner : nos derniers leviers
Nos armes dans cette bataille : notre manière de consommer et... les élections qui approchent. « Il ne faudra pas lâcher nos politiques sur ces questions. Ma voix ira à celui ou celle qui sera capable d'entendre la science. »
En attendant, Marc-André Selosse poursuit un combat en tant que président de la Fédération BioGée. « Comprendre ce qui nous arrive et les solutions qui s'offrent à nous pour développer une capacité à rebondir, ça ne redeviendra possible que si nous enseignons les sciences du vivant et de l'environnement à nos enfants. Plus d'une heure par semaine au collège et de manière obligatoire au lycée. »
Futura a 25 ans : Là où le savoir forge l’opinion
Il y a vingt-cinq ans, à dix-huit ans, je lançais Futura avec un ordinateur et dix heures d'Internet par mois. Aujourd'hui, vous êtes plus de 15 millions chaque mois à suivre l'actualité scientifique et à poser un regard plus éclairé sur le monde. Le pari un peu fou du départ n'a pas pris une ride.... Lire la suite
Restaurer les terres, c'est aussi restaurer l'espoir. À condition d'écouter enfin la science. Et de transmettre, dès l'école et jusque dans les médias, son goût si particulier. Celui de s'émerveiller d'un rien, de tout. Celui de comprendre ensuite. Pour enfin agir et mieux protéger notre monde. C'est aussi, chaque jour, le travail de rédactions comme Futura : faire vivre la science et la rendre accessible, pour qu'elle redevienne notre boussole.
Notre série Terres sous tension :
- Sécheresse : Marc-André Selosse raconte l’incroyable bataille qui se joue dans chaque gramme de terre
- Faut-il arrêter de labourer pour sauver nos sols ? L’éclairage sans détour de Marc-André Selosse
- « Nous sommes pilotés par des ignorants » : la colère de Marc-André Selosse face aux incendies et la loi agricole
- « Le vrai problème, c’est le changement climatique. Si nous ne l’arrêtons pas, tout ce que nous ferons à côté restera vain »


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