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Le Devoir vous invite sur les chemins de traverse de la vie universitaire. Une proposition à la fois savante et intime, à cueillir tout l’été comme une carte postale. Aujourd’hui, on se penche sur les façons de favoriser le dialogue et le vivre-ensemble en alimentant la démocratie.
<?xml encoding="utf-8" ?><?xml encoding="utf-8" ?>La démocratie ne se résume pas à voter. Elle repose aussi, et peut-être surtout, sur notre capacité à comprendre, à discuter et à confronter des idées dans un espace commun. À l’approche des élections québécoises prévues le 5 octobre 2026, cette capacité prend une importance particulière.
La prochaine campagne donnera lieu à des débats nécessaires sur le coût de la vie, la crise du logement, l’accès aux soins de santé, l’éducation, l’immigration, la langue, la laïcité, l’environnement et l’avenir politique du Québec. Ces questions sont complexes. Pourtant, les campagnes électorales tendent souvent à les réduire à des slogans, à des affrontements entre chefs ou à de courtes séquences conçues pour circuler sur les réseaux sociaux.
Les Québécois ne semblent pas avoir perdu toute confiance envers les élections. Un sondage réalisé pour Élections Québec en juillet 2025 montre que 81 % des répondants disent avoir pleinement ou assez confiance dans l’organisme pour assurer l’intégrité et la neutralité du processus électoral. Entre 75 % et 81 % expriment également leur confiance envers les différents aspects du processus, notamment le décompte des votes, le personnel électoral et la liste électorale.
Cette confiance est précieuse. Elle indique que les fondations administratives de notre démocratie demeurent solides. Cependant, le portrait change lorsqu’on s’intéresse aux institutions et au dialogue public. Dans le même sondage, seulement 48 % des répondants disaient faire pleinement ou assez confiance à l’Assemblée nationale et aux élus, et 44 % en ce qui concerne le gouvernement. Plusieurs citoyens font donc confiance aux règles de l’élection sans nécessairement faire confiance aux acteurs politiques.
Amplification
Un sondage réalisé en septembre 2025 pour l’Institut de la confiance dans les organisations renforce ce constat. Quelque 65 % des répondants affirmaient que leur confiance envers le gouvernement québécois avait diminué au cours des dix années précédentes. La confiance envers l’information s’était détériorée pour 68 % d’entre eux. De plus, 52 % estimaient que la tolérance à l’égard de la diversité des opinions avait reculé, tandis que 48 % constataient une détérioration du respect et de la courtoisie entre citoyens.
Notre environnement informationnel amplifie ces difficultés. L’enquête NETendances 2025 révèle que 57 % des internautes québécois disent être exposés à de fausses nouvelles au moins une fois par semaine et que 82 % considèrent que les réseaux sociaux sont susceptibles d’en contenir souvent. Chez les 18 à 34 ans, 74 % utilisent les réseaux sociaux pour s’informer, contre 59 % pour les médias traditionnels.
La polarisation ne signifie pas simplement que les citoyens sont en désaccord. Le désaccord est normal, et même souhaitable, en démocratie. Il devient problématique lorsque les adversaires politiques ne sont plus considérés comme des personnes avec lesquelles il est possible de discuter, mais comme des individus ignorants, mal intentionnés ou dangereux. Dans ce climat, changer d’idée apparaît comme une faiblesse, écouter, comme une capitulation, et chercher un compromis, comme une trahison.
Recréer les conditions du dialogue
C’est dans cet esprit qu’est né Lire la démocratie, un club de lecture ouvert à toutes et à tous. Son principe est simple : partir de livres accessibles portant sur des enjeux contemporains afin de nourrir une conversation collective. Il s’agit de créer un espace où les participantes et participants pourront réfléchir, confronter leurs points de vue et mieux comprendre les dynamiques qui façonnent notre société.
Le premier ouvrage au programme de ce club, qui fera l’objet d’une activité le 15 septembre prochain, est Citoyen·ne. Un essai et un lexique pour la pensée critique, de Normand Baillargeon et Camille Santerre-Baillargeon. À l’ère de la polarisation, de la radicalisation et des chambres d’écho, ce livre rappelle que la citoyenneté exige davantage que l’expression spontanée d’une opinion. Elle suppose aussi la capacité de reconnaître un sophisme, de comprendre nos biais cognitifs, d’évaluer un argument et de distinguer les faits des impressions.
Son lexique d’une cinquantaine de notions sociopolitiques — parmi lesquelles la liberté d’expression, la désobéissance civile et le féminisme — offre un vocabulaire commun pour discuter de concepts fréquemment invoqués, mais rarement définis. À l’approche de la campagne électorale, ces outils pourront aider les citoyens à examiner les discours partisans, les publicités et les publications numériques avec davantage de recul. Le livre ne nous dit pas quoi penser : il nous invite à mieux comprendre comment nous pensons.
Le deuxième ouvrage qui sera lu, Obsession : élections ! Comment l’électoralisme affaiblit nos démocraties, d’Alexandre Duval, servira pour sa part de grille de lecture directe de la campagne québécoise. Duval montre comment l’obsession de la victoire peut enfermer les partis et les élus dans une logique de calcul permanent. Les citoyens risquent alors d’être considérés comme des clientèles électorales à séduire plutôt que comme des acteurs de la démocratie.
Lire pour observer
Cette lecture permettra d’observer la campagne autrement. Quels groupes les partis chercheront-ils à mobiliser ? Quels enjeux seront mis de l’avant, simplifiés ou laissés de côté ? Les plateformes électorales proposeront-elles de véritables visions de société ou surtout des engagements destinés à produire des gains rapides dans les sondages ? Quelle place les médias accorderont-ils aux politiques publiques, comparativement aux stratégies, aux erreurs et aux performances des chefs ?
Ces deux ouvrages sont complémentaires. Le premier fournit des outils pour évaluer les arguments ; le second invite à examiner les mécanismes qui structurent l’offre politique. Ensemble, ils permettent de passer de la consommation de l’actualité à une participation plus consciente à la vie démocratique.
L’éducation a ici un rôle à jouer, non pas en imposant des réponses, mais en rendant les savoirs accessibles et en créant des ponts entre la recherche et la société. C’est également au cœur de la mission de notre Chaire : mieux comprendre ce qui nous divise, tout en préservant les conditions qui nous permettent de continuer à faire société.
Le 5 octobre 2026, nous choisirons un gouvernement. Mais la qualité de notre démocratie dépendra aussi de ce qui aura précédé le vote : la qualité de l’information, la manière dont les partis auront débattu et notre disposition collective à écouter. Lire ensemble et discuter ensemble sont des gestes modestes. Dans une démocratie fragilisée par la méfiance, la désinformation et la polarisation, ils deviennent pourtant essentiels.


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